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Tracer une nouvelle voie pour le financement des ODD

Tracer une nouvelle voie pour le financement des ODD
  • Publiémai 6, 2024

Akinwumi Adesina dresse les réalisations de la Banque africaine de développement et les besoins de l’Afrique pour atteindre les Objectifs de développement durable.

 

Le Groupe de la Banque africaine de développement est un partenaire stratégique du Groupe de la Banque islamique de développement et notre cofinancement s’élève à 2,4 milliards de dollars, dépassant l’objectif de 2 milliards $ que nous nous étions fixé. Avec le Fonds international de développement agricole, nous avons pu développer les zones spéciales de transformation agro-industrielle au Nigeria, au Sénégal et dans d’autres pays, pour un montant de 520 millions $. Avec l’Agence française de développement, le travail conjoint de 614 millions $ a permis d’élargir le financement du fonds pour les entreprises numériques et créatives (I-Dice) au Nigeria.

L’architecture mondiale de financement de la lutte contre le changement climatique doit faire l’objet de réformes fondamentales afin de garantir une meilleure coordination, une harmonisation, une simplification des procédures et un accès plus large au financement des pays en développement pour l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets.

La Banque africaine de développement et la Banque islamique de développement partagent une passion et une volonté communes pour les ODD. À la Banque africaine de développement, une analyse indépendante de notre programme High 5 (Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie ; Nourrir l’Afrique ; Industrialiser l’Afrique ; Intégrer l’Afrique ; et Améliorer la qualité de vie des Africains) réalisée par le Programme des Nations unies pour le développement montre que si l’Afrique réalise ces High 5, elle atteindra près de 90 % des objectifs de développement durable.

Les objectifs de développement durable représentent notre accord collectif mondial sur le fait que le monde mérite d’être meilleur, non pas pour quelques-uns, mais pour tous. L’objectif est de veiller à ce que personne ne soit laissé-pour-compte. Bien que de nombreux progrès aient été accomplis pour faire avancer les objectifs de développement durable, la réalité est que le monde est loin d’être ce que nous voulons qu’il soit aujourd’hui.

Akinwumi Adesina lors des cérémonies des 50 ans de la Banque islamique de développement, du 27 au 30 avril 2024.
Akinwumi Adesina, s’est exprimé lors des cérémonies des 50 ans de la Banque islamique de développement, du 27 au 30 avril 2024.

 

La sonnette d’alarme tirée par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, selon laquelle le monde n’est pas sur la bonne voie en ce qui concerne les objectifs de développement durable, appelle une action collective de notre part.

Le secrétaire général des Nations unies a toutes les raisons d’être inquiet, et nous aussi.

Notre monde est de plus en plus inégal, notamment parce que les inégalités de revenus se creusent à l’intérieur des pays et que les vulnérabilités augmentent en raison d’une série de chocs multiples qui touchent surtout les pauvres. Alors qu’à l’échelle mondiale, la pauvreté avait connu un déclin significatif depuis le début des années 2000, ces gains ont été effacés car le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a augmenté ces derniers temps en raison de la pandémie de Covid, des tendances inflationnistes mondiales élevées, des tensions géopolitiques qui ont perturbé les chaînes de valeur mondiales et l’approvisionnement en nourriture et en énergie, ainsi que de l’augmentation des coûts du service de la dette alors que les pays développés s’engagent dans des politiques monétaires rigoureuses pour réduire l’inflation.

 

Cinq domaines de réflexion

Alors que les pays en développement sont confrontés à un rétrécissement de leur marge de manœuvre budgétaire en raison de ces multiples chocs, le déficit de financement annuel pour atteindre les ODD est passé de 2 500 milliards $ à 4 000 milliards $.

Le défi consiste donc à tracer une nouvelle voie pour augmenter le financement des ODD. J’aimerais aborder cinq domaines dans le cadre de notre réflexion sur ce sujet.

Premièrement, le plus grand défi à relever pour atteindre les ODD est le changement climatique, qui provoque la dévastation des économies, avec des sécheresses, des inondations et des cyclones. Au niveau mondial, les dommages causés par le changement climatique s’élèvent à près de 180 milliards $ par an. L’Afrique à elle seule perd 7 à 15 milliards $ par an à cause du changement climatique, et cette perte atteindra 50 milliards de dollars d’ici 2050. L’Afrique aura besoin de 277 milliards $ par an pour faire face au changement climatique, mais elle ne reçoit que 30 milliards $ par an.

Pour augmenter le financement de la lutte contre le changement climatique à l’échelle mondiale, les pays ont besoin de subventions et non de prêts, et les banques multilatérales de développement ont un rôle essentiel à jouer. C’est pourquoi la Banque africaine de développement s’est fixé pour objectif de mobiliser 25 milliards $ pour l’adaptation climatique de l’Afrique d’ici à 2025. L’année dernière, nous avons également consacré 55 % du total de nos sorties de fonds au financement du climat.

Notre Fonds africain de développement a ouvert un guichet d’action climatique pour répondre aux besoins de financement des pays à faible revenu, avec un financement initial de 429 millions de dollars, qui devrait atteindre 3 milliards et 14 milliards de dollars. La Banque paie également des primes pour que les pays s’assurent contre les chocs climatiques et a lancé le Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique, doté de 25 milliards $, afin d’accélérer les mesures d’adaptation au climat, ainsi que des clauses de dette climatique qui suspendront les paiements de la dette en cas de chocs climatiques extrêmes. Nous adoptons une approche multisectorielle du changement climatique et aidons l’Égypte à lever 1,4 milliard de dollars pour son Nexus sur l’eau, l’alimentation et l’énergie.

 

Vers une Afrique autosuffisante

Deuxièmement, nous devons œuvrer en faveur de la sécurité alimentaire afin d’endiguer les effets de l’inflation des prix des denrées alimentaires. La hausse des prix des denrées alimentaires due aux conflits géopolitiques, aux ruptures d’approvisionnement et aux pratiques commerciales restrictives de certains grands exportateurs de denrées alimentaires constitue un défi majeur pour la sécurité alimentaire mondiale et les efforts déployés pour atteindre l’objectif « faim zéro ». L’année dernière, environ 238 millions de personnes ont souffert de la faim dans le monde en raison de l’inflation des prix des denrées alimentaires. Bien que la protection sociale des personnes vulnérables soit nécessaire, la solution réside dans la production d’une plus grande quantité de nourriture, et ce, d’une manière écologiquement durable.

La secrétaire générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, en discussions avec Akinwumi Adesina
La secrétaire générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, en discussion avec Akinwumi Adesina

C’est pourquoi le Groupe de la Banque africaine de développement a engagé 25 milliards $ pour aider l’Afrique à devenir autosuffisante sur le plan alimentaire d’ici à 2030. Notre programme phare, Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine (TAAT), a déjà permis à 13 millions d’agriculteurs d’obtenir des variétés de blé, de maïs et de riz résistantes au climat.

Un bon exemple est celui des variétés de blé tolérantes à la chaleur que nous avons fournies à l’Éthiopie, ce qui a rendu le pays autosuffisant en blé en quatre ans et lui a permis de devenir un exportateur net de blé.

Pour intensifier les efforts dans toute l’Afrique, la Banque africaine de développement a organisé l’année dernière un sommet « Nourrir l’Afrique » qui a rassemblé 34 chefs d’État et de gouvernement et a permis d’élaborer des pactes nationaux pour l’alimentation et l’agriculture afin de parvenir à la sécurité alimentaire d’ici à 2030. Nous avons levé globalement 72 milliards $ pour soutenir les plans d’action nationaux. La Banque islamique de développement s’est jointe à cet effort et s’est engagée à hauteur de 7 milliards de dollars.

Troisièmement, nous devons garantir un accès universel à l’électricité. Or, plus de 675 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité, dont 80 % en Afrique subsaharienne. La Banque africaine de développement augmente ses financements pour relever ce défi. Notre programme phare, Desert to Power, pour lequel nous sommes partenaires de la Banque islamique de développement, mobilise 20 milliards $ pour développer 10 000 mégawatts de systèmes d’énergie solaire dans onze pays de la zone sahélienne de l’Afrique, ce qui permettra à 250 millions de personnes d’avoir accès à l’électricité.

 

Des financements pour la Santé

Lors des réunions de printemps de la Banque mondiale, nous avons annoncé, avec le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, notre engagement commun à fournir de l’électricité à 300 millions de personnes en Afrique d’ici à 2030.

Pour y parvenir, il sera essentiel de libérer l’énorme potentiel de l’Afrique en matière d’énergies renouvelables, tout en reconnaissant le besoin crucial de gaz naturel pour assurer la stabilité des réseaux, réduire les émissions et garantir l’accès à une énergie de cuisson propre pour près de 900 millions de personnes.

Quatrièmement, un financement plus important est nécessaire pour combler le déficit de financement de la santé en Afrique.

Si 4,5 milliards $ sont investis chaque année dans les infrastructures de santé, ce montant est trop faible par rapport à un besoin de financement annuel de 25 milliards de dollars. Nous devons nous préparer à la prochaine pandémie. Pour ce faire, il faut également améliorer l’accès aux produits pharmaceutiques et aux vaccins, car le continent importe 80 % de tous ses médicaments et 99 % de tous ses vaccins. Le Covid-19 nous a appris une leçon : nous ne pouvons pas confier la sécurité sanitaire de 1,4 milliard d’Africains à la bienveillance d’autrui ou au marché mondial, en raison de la montée évidente du nationalisme et des restrictions commerciales sur les médicaments et les vaccins.

Aux côtés du président de la Banque islamique de développement, Muhammad Al Jasser.
Aux côtés du président de la Banque islamique de développement, Muhammad Al Jasser.

Pour augmenter le financement de la santé en Afrique, la Banque africaine de développement investit 3 milliards de dollars dans des infrastructures de santé de qualité et 3 autres milliards de dollars dans le développement de l’industrie pharmaceutique afin qu’elle produise ses médicaments et ses vaccins sur le continent. À cet égard, la Banque a créé la Fondation africaine pour les technologies pharmaceutiques afin d’améliorer l’accès du continent aux technologies et aux procédés protégés par des droits de propriété intellectuelle.

Enfin, nous ne pourrons guère progresser dans la réalisation des ODD si nous ne nous attaquons pas au fardeau de la dette des pays et si nous ne trouvons pas de nouveaux moyens de mobiliser davantage de financements. Le rapport du G20 sur l’adéquation des fonds propres a montré que les banques multilatérales de développement pourraient lever 1 000 milliards $ supplémentaires grâce à une série d’actions, notamment le capital hybride, le renforcement de leur capital exigible par les agences de risque de crédit, l’augmentation de l’appétit pour le risque, l’optimisation de leurs bilans, entre autres.

 

Des liens avec le FMI

Les banques multilatérales de développement se sont engagées à porter leur capacité de financement à 300-400 milliards $ au cours de la prochaine décennie. Il est nécessaire d’augmenter considérablement les niveaux de financement concessionnel pour mieux soutenir les pays.

Nous déployons une série d’innovations financières. La Banque africaine de développement a émis un capital hybride historique de 750 millions $, le premier parmi les banques multilatérales de développement, qui sera utilisé comme fonds propres pour accélérer les prêts aux pays.

 

La Banque africaine de développement et la Banque interaméricaine de développement ont élaboré un cadre pour le réacheminement des droits de tirage spéciaux vers les banques multilatérales de développement et collaborent avec le FMI pour obtenir l’approbation de son conseil d’administration pour l’utilisation des DTS en tant que capital hybride. Les DTS peuvent être multipliés par 3 ou 4 par la Banque africaine de développement. S’il est approuvé, le réacheminement des DTS permettra aux banques multilatérales de développement de débloquer beaucoup plus de fonds pour les objectifs du Millénaire pour le développement.

Un financement plus important de la part du secteur privé sera nécessaire pour passer de milliards à des milliers de milliards de dollars en faveur des ODD. Pour ce faire, il faudra tirer parti des 128 000 milliards $ d’actifs gérés par les investisseurs institutionnels mondiaux, en recourant plus largement aux garanties, en développant des projets bancables, en réglant les problèmes de change au moyen de swaps de devises et d’instruments de couverture, en recourant davantage au financement en monnaie locale et en développant les marchés de capitaux locaux.

 

Ne pas relâcher l’effort

À l’horizon 2030, nous devons redoubler d’efforts collectifs au niveau mondial pour atteindre les objectifs de développement durable. Quelques mesures essentielles s’imposent.

Tout d’abord, l’appel du secrétaire général des Nations unies en faveur d’un plan de relance de 500 milliards de dollars par an pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement devrait être pleinement soutenu.

Deuxièmement, les pays développés doivent accroître leur soutien en consacrant au moins 0,70 % de leur revenu national brut à l’Aide publique au développement.

Troisièmement, les guichets de financement concessionnel des banques multilatérales de développement doivent bénéficier d’un soutien nettement plus important. Nous sommes dans la période de reconstitution de l’IDA 21, et cela mérite un soutien plus important. Parallèlement, le Fonds africain de développement, dont la 17e reconstitution aura lieu l’année prochaine, devrait également être doublé pour atteindre 25 milliards $.

Nous ne sommes pas en concurrence. Nous nous complétons. Il est temps d’atteindre une plus grande échelle en étant audacieux, plus grand et meilleur.

Quatrièmement, l’architecture mondiale de financement de la lutte contre le changement climatique doit faire l’objet de réformes fondamentales afin de garantir une meilleure coordination, une harmonisation, une simplification des procédures et un accès plus large au financement des pays en développement pour l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets.

Enfin, des actions urgentes sont nécessaires pour résoudre l’énorme fardeau de la dette des pays, en particulier ceux d’Afrique, par une mise en œuvre plus rapide du cadre commun du G20, une résolution plus rapide et ordonnée de la dette, et une restructuration de la dette pour réduire les coûts extrêmement élevés du service de la dette, étant donné que les pays dépensent maintenant plus pour le service de la dette que pour le service à la population afin d’atteindre les objectifs de développement durable.

 

Ensemble, redonnons espoir au monde.

 

Réalisons les objectifs de développement durable pour un monde meilleur pour tous.

@AB

Écrit par
Akinwumi Adesina

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