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African Business Analyse et Opinion

Tirer le meilleur parti de la ZLECAf

Tirer le meilleur parti de la ZLECAf
  • Publiéjuillet 5, 2022

En attirant mieux les investissements étrangers, la Zone de libre-échange continentale africaine offre une occasion unique de stimuler la croissance davantage que prévu, de réduire la pauvreté et de diminuer la dépendance de l’Afrique à l’égard des cycles des produits de base, souligne un rapport.

 

 

Par Laurent Soucaille

Les auteurs du nouveau rapport publié par la Banque mondiale et le secrétariat de la ZLECAf confirment leur scénario de base, émis en 2020. À savoir que le commerce intrarégional, à lui seul, a le potentiel d’augmenter les revenus de l’Afrique de 7 % à horizon 2035 et de sortir 40 millions de personnes de l’extrême pauvreté.

La réduction des barrières non tarifaires sur les biens et les services et l’amélioration des mesures de facilitation du commerce représenteront environ deux tiers des 450 milliards de dollars de gains potentiels de revenus, en supprimant les longs délais d’attente à la plupart des frontières du continent et en réduisant les coûts de conformité dans le commerce. Voilà qui facilitera l’intégration des entreprises africaines dans les chaînes d’approvisionnement régionales et mondiales.

Aux prévisions de 2020, s’ajoute le paramètre des investissements étrangers. On le sait, les IDE sont traditionnellement faibles en Afrique. La ZLECAf est susceptible d’attirer les investissements transfrontaliers en éliminant les barrières tarifaires et non tarifaires et en remplaçant le patchwork actuel d’accords commerciaux bilatéraux et régionaux par un marché unique et unifié.

« La ZLECAf arrive à un moment critique où la coopération régionale est nécessaire pour faire face aux risques aggravés et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, afin de soutenir une croissance verte, résiliente et inclusive en Afrique », commente Mari Pangestu.

L’ancienne ministre en Indonésie est directrice générale de la Banque mondiale, en charge des politiques de développement et des partenariats.

Selon elle, « il appartient maintenant aux États membres de conjuguer leurs efforts pour faire de la ZLECAf une réalité et bénéficier de ses nombreux avantages, particulièrement de réduire les obstacles au commerce et à l’investissement, de renforcer la concurrence et de veiller à ce que les marchés fonctionnent de manière équitable et efficace grâce à des règles claires et prévisibles ».

L’intégration dans les chaînes de valeur mondiales et régionales constitue « une attraction supplémentaire » pour les IDE et les emplois, les investissements et le savoir-faire qu’ils apportent. L’abaissement des barrières à l’entrée et l’harmonisation des réglementations entre les pays devraient attirer davantage d’investissements transfrontaliers, augmentant encore les gains de revenu réel en Afrique pour atteindre environ 8 % en 2035.

D’où des gains supplémentaires à récolter si les membres élargissent l’accord pour harmoniser les politiques en matière d’investissement, de concurrence, de commerce électronique et de droits de propriété intellectuelle.

 

De nombreux secteurs stimulés

Une intégration plus poussée dans ces domaines permettrait de créer des marchés équitables et efficaces, d’améliorer la compétitivité et d’attirer de nouveaux flux d’IDE en réduisant les risques politiques et réglementaires et en renforçant la confiance des investisseurs. Les IDE pourraient avoir plus que doubler à échéance, poussant la croissance du continent à 9 %, et non plus 7 %.

L’Europe devrait se tailler la part du lion (60 %) de l’augmentation des IDE en Afrique, suivie par l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Les économies les moins intégrées d’Afrique sont celles qui ont le plus à gagner, au regard de leur situation actuelle.

Les exportations de textiles et de vêtements, de produits chimiques, de caoutchouc et de plastique, et d’aliments transformés augmentent le plus, grâce au seul libre-échange continental. En ajoutant les bienfaits des investissements étrangers, d’autres secteurs bénéficient d’une impulsion supplémentaire : les produits manufacturés à forte intensité énergétique, les combustibles fossiles et les services de communication, l’augmentation supplémentaire des exportations est liée à l’augmentation des IDE dans ces secteurs à forte intensité de capital.

L’augmentation des IDE entraîne une plus grande expansion de la production dans les secteurs de la construction, des produits manufacturés à forte intensité énergétique, des services de communication et des services d’assurance. Sans oublier le transport aérien et le tourisme, deux secteurs affectés par la crise sanitaire.

Grâce aux accords commerciaux, les femmes et les travailleurs qualifiés sont susceptibles de bénéficier des gains salariaux les plus importants. Les salaires des travailleuses devraient être supérieurs de 11,2 % en 2035, et ceux des travailleurs pourraient augmenter de 9,8 %. L’impact des IDE devrait être encore plus favorable aux salaires, mais avec des différences régionales, signale le rapport.

 

Intensifier l’effort vers la redistribution sociale

En Afrique centrale, les salaires des femmes augmenteraient plus rapidement que ceux des hommes dans le cadre d’une expansion de l’industrie manufacturière à forte intensité énergétique, qui emploie un pourcentage relativement élevé de travailleuses. En Afrique australe, les salaires des hommes augmentent davantage parce que l’industrie manufacturière et la construction, deux secteurs à prédominance masculine, sont parmi ceux qui devraient connaître la plus forte expansion.

En Afrique centrale, en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest, la croissance des salaires des travailleurs qualifiés devrait être plus élevée que celle des travailleurs non qualifiés.

De même, la pauvreté diminuerait encore davantage à la faveur d’un approfondissement de la ZLECAf et de l’arrivée massive de capitaux étrangers, qui créeraient de nouveaux emplois.

Bien sûr, « il ne sera pas facile de débloquer ces gains potentiels en matière de commerce, d’investissement et d’emploi ». Les négociations doivent être conclues comme prévu, pour en faire un accord commercial approfondi qui va au-delà du commerce des marchandises pour couvrir le commerce des services, l’investissement, la politique de concurrence, les droits de propriété intellectuelle liés au commerce et le commerce électronique. Il est également essentiel de renforcer le rôle du secteur privé africain et de susciter un soutien populaire plus important en faveur du libre-échange, au-delà du leadership des gouvernements.

C’est pourquoi le rapport préconise une série d’actions parallèles pour intensifier le travail accompli. Par exemple, « les effets distributifs et sociaux potentiels doivent être une priorité parallèlement à la maximisation des avantages du commerce ». Les gouvernements doivent associer davantage le secteur privé et rechercher des investissements étrangers ailleurs que dans les domaines traditionnels des ressources naturelles.

 

@AB

 

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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