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African Business

Timide progression des transferts de fonds en 2022

Timide progression des transferts de fonds en 2022
  • Publiédécembre 5, 2022

Cette année, les envois de fonds vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont résisté aux turbulences mondiales, poursuivant, à un rythme moindre, leur rebond de 2021. Un enjeu crucial pour les Africains qui comptent sur l’aide de la diaspora.

 

D’après les premières estimations de la Banque mondiale, le montant total des « remises migratoires » à destination des pays en développement serait de 626 milliards de dollars. Soit une hausse de 5 % en un an, inférieure au rebond de 10,2% enregistré en 2021.

Ces douze derniers mois, la réouverture des pays d’accueil, consécutive au recul de la pandémie de la Covid-19, a favorisé l’emploi de migrants et leur capacité à aider leurs familles restées au pays. En revanche, la hausse des prix a eu un impact négatif sur les revenus réels des migrants. Les variations de change ont réduit la valeur des envois vers l’Afrique, exprimés en dollars. Dans les pays qui ont connu une pénurie de devises et qui pratiquent des taux de change multiples, les transferts de fonds officiellement enregistrés ont diminué, les flux se déplaçant vers des canaux parallèles offrant de meilleurs taux.

« Les gouvernements doivent apprendre à connaître leur diaspora ; cela commence par savoir où elle se trouve, quelles sont ses compétences et ses capacités, et dans quelle mesure elle est prête à s’engager dans le développement de son pays d’origine. »

« Les migrants contribuent à desserrer des marchés du travail tendus dans les pays d’accueil tout en soutenant leurs familles grâce aux transferts de fonds. Des politiques de protection sociale inclusives ont aidé les travailleurs à parer aux aléas des revenus et de l’emploi engendrés par la pandémie de Covid-19 », explique Michal Rutkowski, directeur mondial Protection sociale et emploi à la Banque mondiale. « Parce qu’elles permettent de soutenir les remises migratoires, ces politiques ont des effets positifs à l’échelle planétaire et doivent être maintenues. »

L’Afrique est la région du monde qui devrait être la plus affectée par l’impact de crises concomitantes, liées notamment aux fortes sécheresses et à l’envolée des prix mondiaux des produits de base énergétiques et alimentaires. Les remises migratoires vers l’Afrique subsaharienne auraient toutefois augmenté de 5,2 %, à 53 milliards $, contre 16,4 % l’année dernière.  Nigeria et Kenya enregistrent une sensible progression. La croissance des envois de fonds est estimée à 2,5 % au Moyen-Orient et Afrique du Nord, à 63 milliards $.

 

La titrisation des transferts, propose Adesina

La Banque mondiale analyse également l’évolution des tarifs d’envoi de 200 dollars: ceux-ci demeurent élevés, à 6 % en moyenne au deuxième trimestre 2022 ; 6,3% pour la région Moyen Orient Afrique du Nord, 7,8% pour l’Afrique subsaharienne. Il en coûte plus cher de passer par les banques que par les opérateurs mobiles (3,5 %), mais ces derniers représentent moins de 1 % du volume total des transactions.

 « La diaspora africaine est devenue le plus grand bailleur de fonds de l’Afrique ! Et ce n’est pas de la dette, ce sont des cadeaux ou des dons à 100 %, une nouvelle forme de financement concessionnel qui est la clé de la sécurité des moyens de subsistance pour des millions d’Africains », a déclaré Akinwumi Adesina. Le président de la BAD (Banque africaine de développement) s’exprimait lors d’un séminaire consacré aux transferts de fonds. Réunion qui a permis de rappeler l’importance des envois de fonds à destination de l’Afrique, comparée aux 35 milliards $ de l’Aide publique au développement.

« Parce que le flux de transferts de fonds vers l’Afrique est élevé, en hausse et stable, il offre d’énormes possibilités pour servir de garantie et assurer le financement des économies africaines. Les pays africains devraient titriser les transferts de fonds pour stimuler les investissements, notamment en matière d’infrastructures sur le continent », a ajouté Akinwumi Adesina. Qui a insisté pour que les Africains de la diaspora aient le droit de voter aux élections dans leurs pays respectifs. Il a appelé à créer des ministères dédiés aux membres de la diaspora.

Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, a ouvert un événement de deux jours à Abidjan sur l'utilisation des connaissances et de la richesse de la diaspora africaine.
Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, a ouvert un événement de deux jours à Abidjan sur l’utilisation des connaissances et de la richesse de la diaspora africaine.

« J’implore et j’encourage les gouvernements africains à créer les conditions qui permettent à ceux qui vivent et travaillent à l’étranger de contribuer de manière significative au développement national ou, mieux encore, de ne pas partir du tout », a-t-il déclaré. Dans le seul secteur de la santé, l’Afrique perd 2 milliards $ par environ an, du fait de la fuite des cerveaux.

La présidente adjointe de la Commission de l’Union africaine, Monique Nsanzabaganwa, a rappelé que les chefs d’État africains s’étaient engagés à impliquer la diaspora dès 2012, en créant une base de données des professionnels de la diaspora, un institut africain pour les transferts de fonds et un fonds d’investissement de la diaspora africaine, entre autres initiatives.

Enfin, le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations, Antonio Vitorino, a exhorté les pays africains à adopter une approche proactive vis-à-vis de leurs communautés vivant à l’étranger : « Les gouvernements doivent apprendre à connaître leur diaspora ; cela commence par savoir où elle se trouve, quelles sont ses compétences et ses capacités, et dans quelle mesure elle est prête à s’engager dans le développement de son pays d’origine. »

 

 

@AB 

 

Écrit par
Aude Darc

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