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African Business

L’entrée contrariée de Camtel dans la téléphonie mobile

L’opérateur historique de téléphonie fixe Camtel devait faire son entrée, ce 13 janvier, dans la téléphonie mobile au Cameroun. Le gouvernement repousse l’échéance sine die, considérant que l’entreprise ne remplit pas son cahier des charges.

Par Paule Fax

Un « bleu » bien pâle. Le bras de fer entre le gouvernement camerounais et l’opérateur Cameroon Telecommunications n’en finit pas. Fort de son agrément, d’une réunion de travail, le 16 décembre 2020, avec les autorités compétentes, Camtel avait engagé, au début de l’année, une vaste campagne promotionnelle pour son offre mobile, baptisée « Blue », qui devait entrer en activité ce 13 janvier.

À la dernière minute, le ministère des Postes et télécommunication a décidé de bloquer le processus, ses porte-parole usant de propos fort peu diplomatiques pour qualifier l’attitude du quatrième opérateur public du pays.

S’il souhaite l’arrivée d’un nouvel opérateur, le gouvernement tient à éviter une guerre des prix dans la téléphonie fixe et la téléphonie mobile, qui pourrait avoir pour conséquence le retrait d’un ou plusieurs opérateurs. 

Déjà, le 21 décembre 2020, le ministère avait pointé des « insuffisantes réglementaires » flagrantes qui empêchaient le déroulement du calendrier prévu. Il en est de même cette fois, selon la tutelle légale, qui redoute une opération ratée, ne pouvant attribuer son feu vert à une entreprise « sans business plan ».

La ministre Minette Libom Li Likeng fait état d’un courrier qu’elle a reçu, le 7 janvier 2021, l’invitant à présider une cérémonie de lancement de « Blue ». Ce, « sans rendre compte de la levée des réserves formulées au cours de la réunion du 16 décembre 2020 », indique-t-elle dans sa réponse. Les garanties n’étant pas au rendez-vous, cela « ne permet pas d’assurer une entrée réussie de l’opérateur historique dans le segment de la téléphonie mobile et de rassurer les acteurs du secteur ».

Si l’arrivée de Camtel était « tant attendue », reconnaît la ministre, les concurrents, les consommateurs et l’État ont besoin de garanties quant à « la neutralité, la transparence, la non-discrimination et l’objectivité de Camtel à gérer les segments de monopole de fait (fixe, transport de données) ». L’opérateur est loin de se conformer au cahier des charges, qu’il connaît pourtant de longue date.

En effet, c’est le 4 mars 2020 que l’État a attribué à Camtel trois concessions d’exploitation des réseaux mobiles, d’exploitation des communications électroniques fixes, et d’exploitation d’un réseau de transport des communications électroniques. Attribution accompagnée d’une série d’obligations que l’opérateur ne remplit pas pleinement, donc, selon le ministère.

Inquiétudes pour le climat social

Par exemple, le cahier des charges prévoit la création de trois filiales distinctes et identifiées, aux attributions opérationnelles bien précises. Au lieu de cela, la directrice générale, Judith Yah Sunday, a préféré « une task-force de 170 personnes sans aucune précision sur ses missions les aspects liés à la gestion de cette unité », explique un représentant du ministère au magazine Investir au Cameroun. Le ministre cite également des irrégularités organisationnelles « de nature à compromettre le climat social au sein de l’entreprise ».

Le marché mobile au Cameroun représente quelque 20 millions d’abonnés. Le premier opérateur est MTN, suivi par Orange, puis par Nexttel, la filiale de Viettel. S’il souhaite l’arrivée d’un nouvel opérateur, le gouvernement tient à éviter une guerre des prix dans la téléphonie fixe et la téléphonie mobile. Guerre des prix qui pourrait avoir pour conséquence le retrait d’un ou plusieurs opérateurs. 

En effet, au Cameroun, les trois opérateurs accuseraient de lourdes pertes, estimées à 96 milliards de F.CFA en 2018 et plus de 36 milliards en 2019. Ils considèrent que le compte n’y est pas, en matière de retour positif sur investissements. Regroupés en association, ils dénoncent également la mauvaise prestation des fournisseurs d’infrastructures. Or, le premier concessionnaire et gestionnaire de la fibre optique satellitaire et sous-marine n’est autre que… Camtel.

« Le souci du secteur aujourd’hui c’est de pouvoir avoir une infrastructure de qualité et optimale. Les infrastructures que nous achetons nous coûtent très cher », explique Frédéric Debord, directeur général d’Orange Cameroun. « Nous mettons des moyens importants sur les investissements, mais nos chiffres d’affaires ne font que décroître », regrette de son côté Oumar Haman, directeur général de Viettel. Qui redoute que l’arrivée d’un nouvel opérateur, réputé « agressif », n’exerce une pression concurrentielle impossible à suivre.

Comme pour les démentir, Blue a publié, le 9 janvier, sa grille tarifaire, laquelle ne marque pas une différence forte avec ses concurrents, notamment en matière de consommation de données. Offre pour le moment sans objet, puisque les cartes SIM restent dans les tiroirs…

PF

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