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La déclaration de Nairobi affiche des solutions audacieuses

La déclaration de Nairobi affiche des solutions audacieuses
  • Publiéoctobre 24, 2023

Publiée par les dirigeants africains en septembre, la déclaration de Nairobi servira de base à la position commune de l’Afrique dans le processus mondial de lutte contre le changement climatique, dans la perspective de la COP28.

 

Le premier sommet africain sur le climat, qui s’est tenu au Kenya, début septembre 2023, s’est conclu par un document audacieux intitulé Déclaration de Nairobi des dirigeants africains sur le changement climatique et appel à l’action. Ce texte propose un « régime fiscal mondial comprenant une taxe carbone sur les combustibles fossiles, le transport maritime et l’aviation, afin de fournir un financement abordable et accessible pour des investissements positifs pour le climat à grande échelle.

La déclaration, qui réitère l’appel lancé aux nations industrialisées pour qu’elles honorent leur promesse de financer le climat à hauteur de 100 milliards de dollars, – énoncée voici quatorze ans ! –, propose également de remanier les banques multilatérales de développement afin qu’elles répondent aux besoins des pays du Sud.

« Nous avons besoin d’engagements politiques audacieux et décisifs pour traduire toutes les décisions de ce sommet en actions tangibles qui profiteront à nos communautés respectives. »

La déclaration, qui a été approuvée par les dirigeants de l’Union africaine, servira désormais de « base à la position commune de l’Afrique dans le processus mondial de lutte contre le changement climatique jusqu’à la 28e session de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP28), qui se tiendra à Dubaï en novembre de cette année, et au-delà ».

L’Alliance panafricaine pour la justice climatique (PACJA), qui avait émis des critiques à l’encontre des organisateurs du sommet, a salué la déclaration de Nairobi.

L’ « adoption de la déclaration des dirigeants africains sur l’action climatique constitue une étape importante dans la lutte contre le changement climatique en Afrique. Elle représente un front uni entre les nations africaines pour relever les défis climatiques et œuvrer à un avenir plus durable et plus résilient pour le continent », a reconnu Mithika Mwenda (photo ci-contre), qui dirige PACJA.

La déclaration de Nairobi appelle également à la mise en œuvre rapide du mécanisme de financement des pertes et dommages ainsi qu’à l’établissement du sommet sur le climat en tant qu’événement continental bisannuel.

 

La voix de la société civile entendue

« D’une manière générale, nous sommes fiers d’avoir pu influencer les résultats du sommet », s’est félicité Mithika Mwenda. « Au départ, explique-t-il, nous craignions que le sommet ne donne la priorité aux marchés du carbone, que nous considérons comme de fausses solutions, qu’il ne soit détourné par des entreprises étrangères et qu’il ne réduise la participation active des sociétés civiles et des populations africaines. »

C’est pourquoi les défenseurs du climat s’y étaient fermement opposés et « nous sommes heureux que les marchés du carbone ne soient pas devenus le principal point à l’ordre du jour, que les sociétés civiles africaines aient participé et que leurs voix aient été entendues », poursuit le militant. Selon qui, « bien sûr, le sommet aurait pu apporter davantage ».

La déclaration appelle également à l’accélération des voies de la croissance verte par l’augmentation de la production d’énergies renouvelables en Afrique de 56 GW actuellement à au moins 300 GW d’ici 2030, afin de combler le déficit énergétique et d’alléger les souffrances des quelque 600 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’électricité sur le continent.

 

La croissance verte est définie comme un modèle économique qui adopte des voies peu ou moins polluantes, telles que les énergies renouvelables, pour le développement. Selon Hanan Morsy, secrétaire exécutive adjointe et économiste en chef de la CEA, « la transition énergétique du continent ne peut être identique à celle du reste du monde et nécessite des solutions pragmatiques ».

Parmi les autres propositions de la déclaration figure l’élaboration d’une nouvelle charte mondiale du financement de la lutte contre le changement climatique par le biais des processus de l’Assemblée générale des Nations unies et de la COP, d’ici à 2025.

Bien qu’ils se soient déclarés satisfaits de la déclaration, les groupes de la société civile ont fait remarquer qu’elle n’était pas très ambitieuse sur le volet « Adaptation ».

« Il est un peu décevant de constater qu’en dépit des preuves, l’adaptation et le financement de l’adaptation ne sont pas au cœur de la déclaration. En ce qui nous concerne, l’adaptation reste la priorité pour l’Afrique car pour nous, c’est une question de vie ou de mort », nous confie Mithika Mwenda, de la PACJA.

 

Place aux actes

« Nous avons besoin d’engagements politiques audacieux et décisifs pour traduire toutes les décisions de ce sommet en actions tangibles qui profiteront à nos communautés respectives », approuve Benjamin Karmorh, de l’Agence libérienne de protection de l’environnement.

Selon James Kinyangi, de la BAD (Banque africaine de développement), le continent possède le plus grand potentiel en matière d’investissements, d’infrastructures et de technologies verts, mais il n’est pas encore assez performant lorsqu’il s’agit de tirer parti des opportunités qui abondent dans le commerce vert, et le sommet africain sur le climat a offert une plateforme appropriée pour relever les défis à multiples facettes.

Selon les estimations de la BAD, l’Afrique perd entre 7 et 15 milliards de dollars par an à cause du changement climatique, et ce chiffre devrait atteindre 50 milliards de dollars d’ici 2040 si les tendances actuelles persistent. Le sommet de Nairobi sur le climat pourrait bien être la première étape importante pour changer la donne.

 

 

Wanjohi Kabukuru est un journaliste d’investigation environnemental international primé, dont la spécialité couvre l’environnement, la géopolitique, les affaires, la conservation et le développement marin de l’océan Indien. Le reporter a beaucoup écrit sur l’énergie, les sciences marines et la conservation de l’environnement.

 

@NA

Écrit par
Wanjohi Kabukuru

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