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African Business

Serge Degallaix, DG Fondation Prospective et Innovation

Ancien ambassadeur de France et ancien conseiller du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, Serge Degallaix poursuit sans relâche sa vocation en faveur des pays émergents, et notamment de l’Afrique, au sein de plusieurs fondations.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Après avoir connu une vie de diplomate dans les salons dorés des chancelleries, comment passe-t-on à cet autre type de diplomatie, celle des forums et des échanges d’idées ?

La diplomatie ordinaire ne se résume pas aux salons dorés et aux tasses de thé ! Le diplomate est avant tout un homme d’action. Une action réfléchie et discrète. Il ne justifie son travail que par les réseaux qu’il s’est constitué pour mieux faire partager l’image, les convictions, les valeurs et les intérêts de son pays.

J’ai eu l’occasion, au cours de ma carrière, d’occuper des fonctions tournées vers l’action concrète. En effet, j’ai été détaché pendant une dizaine d’années au ministère de la coopération où j’ai exercé les fonctions de chef de mission pour l’Afrique subsaharienne. J’ai eu à l’occasion, à ce titre, de mener des actions très concrètes.

J’ai également siégé au conseil d’administration de l’AFD (Agence française de développement) pendant près de sept ans. J’ai toujours mené des actions en complément de mes fonctions principales, notamment comme professeur d’université associé sur le Développement. Il s’agit donc pour moi d’une vocation.

J’ai pu connaître les salons dorés, mais j’ai aussi connu les pistes, les dispensaires de campagne et, par exemple la lutte contre la sécheresse en 1983, au Togo, à laquelle la France a participé. C’est ce côté « tout terrain » qui m’a toujours plu et que je continue aujourd’hui à mener d’une manière différente.

Quel rôle jouez-vous auprès de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ?

C’est un homme de terrain. Il a été le plus jeune président de région de France, et il a fait du Poitou-Charentes un lieu de réponses concrètes aux besoins de la population.

C’est une des raisons pour lesquelles nous nous sommes entendus immédiatement. C’est à l’époque que je viens d’évoquer que nous avons monté au Vietnam de nombreuses actions concrètes, en matière musicale, pour former des luthiers ; des actions pour promouvoir l’art de vie et la gastronomie à la française en accueillant des jeunes dansles écoles hôtelières de Poitou-Charentes, pour leur donner pendant plusieurs mois une expérience de terrain, etc.

Lorsqu’il a été nommé Premier ministre, j’ai été son conseiller pour les affaires internationales et stratégiques. Lorsque j’ai été nommé en Tunisie, il m’a rendu plusieurs visites amicales. Par la suite, il m’a demandé de le rejoindre au sein de sa Fondation Prospective et Innovation dont il venait de prendre la présidence, ce que j’ai accepté bien volontiers.

Précisément, vous êtes au coeur de cette fondation. Quelle est exactement sa vocation ?

Cette fondation a pour vocation originelle de scruter l’avenir, d’identifier les mutations futures et de préparer la société française – et au-delà l’Europe – à ce que ses mutations aient les effets les plus positifs possible.

Depuis plus de huit ans que j’y travaille, Jean-Pierre Raffarin et moi-même avons mis un accent particulier sur les changements technologiques, ou sur les changements de système politique.

Nous y travaillons aussi à travers des rencontres et des petits-déjeuners consacrés à l’avenir de la démocratie représentative, mais surtout, aujourd’hui, sur les pays émergents parce que ces pays sont en train de façonner un nouveau monde. Nous travaillons à cet égard sur deux pôles principaux : la Chine – le plus important – ainsi que l’Afrique aussi bien du Nord que subsaharienne.

Peut-on trouver une cohérence entre ces tropismes divergents ?

Nous estimons que l’émergence – qu’elle soit asiatique ou africaine – représente déjà une cohérence en soi, du point de vue de la France, de l’Europe et du monde occidental, dans la mesure où elle fait « bouger les lignes ». Nous considérons qu’il faut accompagner ce mouvement.

Nous devons, nous Occidentaux, comprendre ces mouvements en cours et accepter de nous adapter à ce monde. Celui qui a été dessiné en 1945 n’est plus celui de 2018 : de nouvelles puissances ont émergé, les technologies ont évolué, et dans tous les domaines, les rapports de force ne sont plus les mêmes.

Nous devons regarder de manière pragmatique quels sont nos atouts complémentaires et nos avantages comparatifs, et les faire jouer autour de projets pour que chacun en retire un bénéfice qu’il ne pourrait pas obtenir dans une relation purement bilatérale.

Nous devons donc bien comprendre la réalité et les enjeux de cette émergence. Les activités que nous menons consistent en des rencontres et des échanges entre des personnalités issues d’horizons politiques, professionnels et géographiques très différents. Nous avons également un programme d’échanges de jeunes qui nous permet d’envoyer chaque année des dizaines de jeunes français en Chine ; nous accueillons une vingtaine de jeunes africains et de jeunes professionnels chinois en France.

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