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African Business

Richard Attias : les pays attirent par leurs valeurs

Un troisième volet, et désormais irréversible, concerne tous les aspects numériques. Nous avons créé RA&A Metaverse, non pour essayer de suivre Facebook – qui s’est renommée Meta –, mais parce que, depuis deux ans déjà, nous avions lancé diverses conférences où nous avons parlé du phénomène du Metaverse. Ce n’est pas qu’un phénomène de mode, il représentera un jour entre 10% et 20% de notre quotidien. 

Je crois que nos générations, qui sont un peu déconnectées de ce phénomène, n’appréhendent pas encore suffisamment bien ce tsunami qui vient à grands pas. D’ailleurs, ce monde m’échappe et c’est pourquoi j’ai passé le témoin à des collaborateurs trentenaires…

Vous êtes au cœur de l’émergence du « nouveau Moyen-Orient » en matière d’influence de diplomatie via les accords d’Abraham. Quel tour prend cette « révolution » ?

Nous avons des activités aux États-Unis, en Europe, en Afrique (Sénégal) et au Moyen-Orient (Dubaï et à Ryad). Nous avons une petite antenne en Chine car il ne faut jamais se déconnecter de l’Asie.

Le groupe a toujours été présent sur tous les continents mais depuis trois ans, il y a une accélération incroyable sur les pays du Golfe.

On en voit le reflet par l’Exposition universelle de Dubaï en mars, mais aussi par tous les projets visionnaires d’ordre industriel, politique, économique, culturel et j’en passe, contenus dans la Vision2030 de l’Arabie saoudite. 

L’économie mondiale a basculé de l’Ouest vers l’Est et son épicentre se trouve dans les pays du Golfe. La péninsule arabique au sens large, c’est-à-dire les Émirats, le Qatar, l’Arabie saoudite et même des pays de taille plus modeste comme le Bahreïn et Oman tirent leur épingle du jeu.

Dans tous les domaines, que ce soit celui de l’art, du divertissement, du sport avec le Dakar ou avec les quatre Grand prix de Formule 1 au Bahreïn, à Abou Dabi, à Doha et à Djeddah. 

En quoi les accords d’Abraham changent la donne entre Israël et les pays arabes ?

Je pense que ce n’est que le début. J’ai modestement contribué à ce que sont devenus les accords d’Abraham, simplement en organisant leurs prémices en juin 2019, en produisant la conférence Peace-for Prosperity. Elle a été organisée au Bahreïn sous l’égide de la Maison Blanche avec l’équipe de Jared Kushner qui était à l’époque un conseiller spécial du président Trump.

Cette conférence avait permis de montrer le potentiel économique que représenterait enfin une paix stable et solide. Ce n’est pas un épiphénomène et cela se concrétise par ce que font les Émirats et Israël et ce que font le Maroc et Israël.

Selon moi, les accords d’Abraham seront étendus au-delà du Moyen-Orient pour montrer que ces conflits sont devenus dépassés. Certains pays africains vont les rejoindre, comme l’a déjà fait le Soudan. Je pense que des pays européens vont les rejoindre parce que les accords sont beaucoup plus globaux que la relation entre les pays arabes et Israël. 

Les jeunes générations veulent la paix. On a déjà suffisamment de difficultés économiques, culturelles et existentielles pour s’embarrasser de problèmes que personne ne comprend.

Aujourd’hui, on veut régler ces problèmes de territoire et que les peuples vivent en paix et en harmonie. Je ne pensais pas le voir de mon vivant et j’espère que ces accords resteront dans le marbre. 

Au-delà de cette idée de partenariat et de prospérité, quel est le combustible de ces accords ?

En premier le leadership, qui va au-delà du second combustible que sont les intérêts économiques et financiers. 

Beaucoup de crises, qu’elles soient financières, économiques ou politiques, sont avant tout des crises de leadership. C’est ce que l’on voit en Afrique avec ces coups d’État à répétition au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et il y a quelques jours, les troubles en Guinée-Bissau. Cela montre la fragilité de tous ces pays, qui vient du fait qu’on n’y trouve pas un leadership fort.

Il faut admettre cela et se poser des questions. Que doit-on faire désormais pour que le leadership soit fort, reconnu et appuyé par les peuples ? Tous ces colonels qui démettent de leur fonction des chefs d’État à répétition ne le font pas pour s’amuser. Ils savent probablement qu’une partie de leur opinion publique les appuie. 

Le premier combustible des accords d’Abraham et de cette avancée vers la paix est qu’il y a un leadership fort dans un pays qui a envie d’avancer et marquer l’histoire avec la paix. C’est ce leadership qu’on retrouve avec Sheikh Mohamed Ben Zayed aux Émirats arabes unis, avec le Roi Mohamed VI au Maroc, avec le Roi du Bahreïn, notamment. 

Le second carburant est, incontestablement, la prospérité économique. Qui dit paix dit rétablissement immédiat des relations économiques. Qui dit relations économiques dit expansion économique et créations d’emplois.

Regardez comment, avant la pandémie, le tourisme s’est accru au Maroc grâce aux avions venus d’Israël, créant un nouveau flux de consommateurs. Je ne vous apprends pas qu’entre Dubaï et Abou Dhabi, on compte quatre ou cinq vols quotidiens, et réciproquement, entre les Émirats et Israël.

Cela crée de la consommation. De grands projets énergétiques et technologiques ont été lancés ; tout cela est créateur de valeur et d’emplois. 

Le rebond des économies mondiales prend du temps ; cela risque-t-il de peser sur ces projets et ces bonnes idées qui engagent plusieurs nations ?

Cela dépend où on vit la crise économique. La situation n’est pas semblable partout. Aux États-Unis, on a une situation de quasi-plein-emploi et j’ai même du mal à y recruter. On ne sent pas vraiment de pure crise malgré l’inflation. Les entreprises qui ont fait des profits s’adaptent et augmentent les salaires. 

Dans les pays du Golfe et au Moyen-Orient, on ne ressent pas de crise économique. La consommation est à son maximum. Les prix du pétrole, s’ils ne s’effondrent pas, soutiennent des budgets qui seront excédentaires.

En Asie, on ne sait pas trop ce qui se passe parce que la région est sous cloche ; pourtant, je n’ai pas l’impression que l’économie chinoise soit totalement en panne. 

On observe effectivement des crises économiques en Europe, mais qui datait déjà d’avant la Covid-19. Il faudra que cette crise soit résolue sous une forme ou une autre avec plus de collaboration. La vraie question réside dans la manière dont ces dettes qui ont été contractées par milliards d’euros et de dollars pendant la Covid-19 vont être absorbées ou épongées.

Sauf à penser, ce qui est peut-être utopique de ma part, que les gouvernements se mettent d’accord pour dire qu’on éradique la dette mondiale parce que, même si la planche à billets a tourné, on ne va pas laisser cinq ou dix générations futures payer la dette Covid. 

2 réponses à “Richard Attias : les pays attirent par leurs valeurs”

  1. Hichem bonjour,

    Très impressionné par cette analyse pertinente de la situation. J’y souscris totalement.
    Mon esprit critique aurait été bien satisfait d’y apporter ou d’y retrancher « quelque chose » Raté, même après relecture, tout est bon; BRAVO.
    C’est réellement un plaisir de lire un texte « pensé » sans aucune invective et avec une vision qualitative de l’avenir. MD.EX

  2. Author Thumbnail Catherine Ladousse dit :

    Une analyse très pertinente de la transformation de nos métiers qui va bien au delà du conseil et de la communication mais touche à l essentiel qui est la création de valeur pour une entreprise, pour une société en lui donnant du sens dans un monde toujours en mutation et de plus en plus imprévisible. En souvenirs de longues années de collaboration avec Richard Attias !

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