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Ressources naturelles

Le Cameroun prend la voie verte du développement

Le Cameroun prend la voie verte du développement
  • Publiémai 29, 2022

Les émissions de carbone du Cameroun sont très faibles, selon les normes internationales. Toutefois, avec l’augmentation des émissions due à l’agriculture animale, le pays doit engranger de nouveaux projets de recyclage et d’énergies renouvelables.

 

Par Neil Ford

Le gouvernement camerounais prend ses responsabilités environnementales plus au sérieux, et de nombreux projets de recyclage et d’énergie renouvelable sont annoncés ou mis en chantier. Pourtant, selon divers critères, le pays est déjà très performant. Ses émissions de carbone s’élèvent à environ 8,62 millions de mégatonnes par an, selon les chiffres de la Banque mondiale, ce qui se traduit par des émissions par habitant très faibles au regard des normes internationales.

Toutefois, les émissions de méthane du pays sont plus élevées et en augmentation en raison de l’importance de l’agriculture animale. Dès la COP21 de Paris, en 2015, le Cameroun s’était engagé à réduire ses émissions de carbone de 32 % à horizon 2030. Une contrainte : les approches écologiquement durables doivent s’intégrer dans l’ensemble de la politique gouvernementale sans quoi les projets dédiés pourraient être considérés comme une forme de greenwashing.

Yaoundé a cherché à encourager l’agriculture biologique et a élaboré une loi régissant la production biologique. Une part importante de la récolte annuelle du Cameroun est produite sans utiliser de pesticides ou d’autres intrants chimiques, mais n’est pas classée comme biologique en raison de l’absence de contrôles et de certification.

De plus, la pollution par les plastiques est depuis longtemps un problème majeur sur le continent, notamment à cause des déchets de sacs en plastique, mais aussi de l’utilisation croissante d’autres récipients, alors que les infrastructures de recyclage sont encore limitées.

Le plastique obstrue les canalisations, ce qui aggrave l’impact des inondations et constitue un terrain propice à la reproduction des moustiques. Certaines communautés brûlent leurs déchets, ce qui libère des composés nocifs et contribue également au dérèglement climatique.

Afin de s’attaquer au problème, le gouvernement camerounais construit une usine à Kousseri, dans l’Extrême-Nord, qui recyclera les déchets plastiques en pavés. Cette installation permettra aussi de créer une chaîne d’approvisionnement et de générer des emplois pour les jeunes de la région.

Afin de s’attaquer au problème des déchets plastiques, le gouvernement construit une usine à Kousseri, dans l’Extrême-Nord, qui recyclera les déchets en pavés. Cette installation permettra aussi de créer une chaîne d’approvisionnement et de générer des emplois pour les jeunes de la région.

Le Projet de redressement et de développement de la région du lac Tchad (Prolac) cherche un partenariat avec ONG expérimentée, afin de gérer cette usine, éventuellement aux côtés d’un entrepreneur du secteur privé. Le Prolac a été créé en 2020 avec un financement de 157 millions d’euros de l’IDA (Association internationale de développement) pour promouvoir le développement durable dans le bassin du lac Tchad.

Plus au sud, une ONG appelée WasteAid renforce sa capacité de gestion des déchets et de recyclage du plastique à Douala grâce à un financement de la société britannique de distribution et d’externalisation Bunzl. Elle s’efforce de promouvoir les systèmes de recyclage dans la ville : les employés collectent les déchets et les acheminent dans une usine centrale où ils sont compactés.

Le responsable du développement durable chez Bunzl, James Pitcher, commente : « Les projets de WasteAid aident les communautés des pays à faible revenu à proposer des services de collecte et de recyclage des déchets qui protègent l’environnement et offrent des moyens de subsistance. »

 

L’accent sur les énergies renouvelables

Ceris Turner-Bailes, PDG de WasteAid, confirme : « La pollution due à une mauvaise gestion des déchets nous affecte tous, que ce soit à travers les impacts sur la santé, la pollution plastique marine ou le changement climatique. Ce partenariat continu signifie que davantage de personnes peuvent bénéficier de leur participation à une économie circulaire, avec tous les avantages à long terme que cela comporte. »

Le Cameroun progresse également rapidement dans le développement de la production d’électricité à faible émission de carbone, bien que les plus grands projets fassent l’objet de controverses, car ils prennent la forme de grands barrages. Si les grands projets hydroélectriques produisent assez peu de gaz à effet de serre, leur construction a un impact certain sur la flore et la faune, ainsi que sur les populations locales. Généralement, ils ne sont pas définis comme des projets d’énergie renouvelable.

Le plus grand chantier en cours est celui de Nachtigal, d’une puissance de 420 MW, dont la première production d’électricité, retardée pour cause de pandémie, est prévue pour la mi-2023. Situé à 65 km de Yaoundé, il est développé par Nachtigal Hydro Power Company, qui est elle-même détenue par le français EDF, la SFI (Banque mondiale), Africa50 et STOA Infra & Energy.

Le coût du projet, qui s’élève à 786 milliards de F.CFA (1,2 milliard d’euros), comprend le coût des nouvelles lignes de transmission, qui sont développées par Bouygues Energies & Services. Ces grands projets sont souvent critiqués parce que les zones dans lesquelles ils sont développés subissent tout l’impact du chantier mais le plus souvent, ne reçoivent pas l’électricité ! Dans ce cas, une petite centrale de 4,5 MW fournira de l’électricité aux communautés situées à proximité immédiate du barrage.

Nachtigal pourrait être éclipsé par le grand projet hydroélectrique de 600 MW de Chollet, s’il est finalement construit. En avril 2021, les gouvernements du Cameroun et du Congo-Brazzaville ont accordé à China Gezhouba Group une concession pour développer le projet sur la rivière Dja, le long de leur frontière commune, la production devant être partagée entre les deux pays.

Le chantier devrait être achevé d’ici à2025, mais peu de détails ont été communiqués. Ailleurs au Cameroun, le gouvernement cherche à obtenir un financement de la banque chinoise Exim Bank pour la centrale hydroélectrique de 72 MW de Menchum dans le Nord-Ouest, tandis que les travaux sur le barrage de 30 MW de Lom Pangar dans l’Est, sont presque achevés.

Les micro et petites centrales hydroélectriques entrent dans la définition des énergies renouvelables et plusieurs nouveaux projets sont en cours de développement au Cameroun. Tel est le cas de la mini-centrale hydroélectrique de Mbakaou (1,48 MW), achevée en avril 2022. Développée dans le cadre d’un partenariat public-privé entre le gouvernement, la société française IED et la compagnie d’électricité Eneo, la centrale a été construite sur la rivière Djérem, un affluent de la Sanaga dans la région de l’Adamaoua.

Elle est reliée à la ville de Tibati par une ligne de transmission de 40 km et fournira de l’électricité à 40 000 personnes dans le cadre du programme d’électrification rurale du Cameroun. Le coût combiné de la centrale hydroélectrique et de la ligne de transmission s’élève à 3,5 milliards de F.CFA (5,34 millions d’euros). Son achèvement permettra la fermeture des petites centrales thermiques de Tibati, Ngaoundal et Mbakaou, réduisant les émissions annuelles de carbone d’environ 7 444 tonnes par an.

En avril également, le gouvernement a annoncé des plans pour deux autres mini-centrales hydroélectriques à Widikum et Menka, dans le Nord-Ouest. S’il n’a pas encore fourni les détails sur leur ampleur, on s’attend à ce que ces centrales fournissent de l’électricité à une nouvelle usine de savon et à un moulin à huile, ainsi qu’à un plus grand nombre de foyers ruraux.

D’autres projets visant à construire les premières grandes installations solaires du pays ont été approuvés. En décembre, le promoteur Scatec a signé des accords avec Eneo pour construire une centrale photovoltaïque de 36 MW avec une capacité de stockage de 20 MW, d’ici la mi-2022. Les coûts de construction et d’exploitation des centrales solaires photovoltaïques ont rapidement chuté dans le monde entier, ce qui en fait une option bon marché pour les économies africaines et le moyen le plus évident de concevoir une production d’énergie décentralisée.

La technologie de stockage de l’énergie est à un stade de développement moins avancé, de sorte que le Cameroun sera l’un des premiers pays africains à se doter de centrales de stockage. Toutefois, là aussi, les coûts sont en baisse et le stockage est essentiel pour garantir des taux de pénétration élevés de l’énergie solaire.

Les ressources solaires du Cameroun sont concentrées dans l’Extrême-Nord, où l’irradiation solaire moyenne s’élève à 5,8kWh/m2/jour, contre 4,0-4,9kWh/m2/jour dans le sud du pays, de sorte que de nouvelles infrastructures de transmission seront nécessaires pour permettre aux projets de bénéficier à l’ensemble des Camerounais.

En outre, dans le cadre de son programme d’électrification rurale, le gouvernement s’est engagé à veiller à ce que 500 MW de capacité photovoltaïque soient développés dans des endroits hors réseau ; le calendrier reste à préciser.

@AB

 

 

Écrit par
laurent

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