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African Business

La RDC protège ses mines

Le bon fonctionnement des mines en RD Congo est suivi de près par les économistes, spéculateurs et industriels. Pour le moment, les régions minières sont peu ou pas touchées par l’épidémie de coronavirus.

Par Laurent Soucaille

Néanmoins, le ministère des Mines entend préparer les esprits à une éventuelle contamination, afin d’en limiter les effets négatifs. Il se veut rassurant, ne serait-ce qu’au regard de l’évolution des cours mondiaux des métaux.

ENCADRE Soutien de Barrick

La compagnie minière Barrick Gold, active en RD Congo sur la mine d’or Kibali, a décidé un programme de soutien de 1,5 million de dollars pour aider le pays à combattre et contenir la pandémie de Covid-19.

Le programme comprend la fourniture d’équipements médicaux essentiels à hauteur de 632 000 $ au niveau national, de 488 000 $ au niveau provincial et de 380 000 $ au niveau local. Selon le directeur de l’exploitation Afrique et Moyen-Orient de Barrick, Willem Jacobs, la situation actuelle « exige une réponse nationale de la part de tous ceux qui ont à cœur les intérêts de la RD Congo ». C’est pourquoi sa compagnie a structuré un programme de soutien détaillé communiqué aux autorités du pays par le PDG, Mark Bristow. À Kibali, Barrick Gold a décidé de nouvelles mesures pour assurer la poursuite des activités et protéger les travailleurs et leurs familles. Tout cela est géré par les propres médecins et agents de santé de la mine, qui ont l’expérience du traitement d’infections épidémiques telles que le virus Ebola.

Une réunion de la Cellule technique de coordination et de planification minières s’est tenue, mi-avril, sous la direction de Louis Kipata, directeur de cabinet au ministère des Mines. Cette réunion a confirmé les informations de l’agence Blomberg.

L’État va publier une feuille de route afin de former les mineurs artisanaux aux gestes barrières. Il s’agit pour le ministère d’apprendre et de faire appliquer certaines mesures sanitaires et d’inciter à une surveillance adaptée.

On redoute l’effet de la pandémie dans la vie des « creuseurs » et leurs familles, sur le secteur minier et bien sûr, pour l’économie nationale. Cette campagne a pour objectif principal d’empêcher la propagation du Covid-19 dans le sud-ouest du pays, principale zone minière.

Une – éventuelle – fermeture des principales mines de cuivre et de cobalt serait désastreuse pour l’économie nationale. Car les mines demeurent la principale source de revenus publics. Les mineurs artisanaux constituent des acteurs importants du secteur, assurant jusqu’à 30 % de la production nationale de cobalt selon le ministère.

Activité maintenue, avec précaution

« Si certaines mesures sont prises et appliquées avec une surveillance adéquate, nous pouvons considérablement minimiser l’impact négatif de cette pandémie sur le secteur minier et, par conséquent, l’impact négatif sur l’économie nationale », a déclaré le ministère congolais des Mines, dans un compte rendu cité par Bloomberg.

La RD Congo est le premier producteur mondial de cobalt et le leader en Afrique dans la production de cuivre. Aucun cas positif n’a pour le moment été déclaré dans les zones minières et les compagnies (Glencore et China Molybdenum, par exemple) poursuivent leurs activités avec des mesures de précaution.

Nulle panique, donc. La RD Congo est en mesure de minimiser les effets négatifs de la pandémie de coronavirus sur son secteur minier. L’enjeu est d’autant plus crucial que le pays est dépourvu de mécanismes financiers comme les fonds de stabilisation.

Il ne peut pas compter sur des fonds souverains dans lesquels puiser aisément. Un arrêt des mines signifierait la fin de revenus fiscaux, des salaires versés en moins, sans oublier l’impact négatif sur les sous-traitants, jusqu’au secteur bancaire, etc.

L’enjeu d’une production maintenue

De plus, les cours des métaux ne devraient pas durablement subir le poids de la pandémie. Les cours du cuivre, du cobalt, ne se sont pas effondrés. Selon le ministre des Mines, Willy Kitobo Samsoni, ils devraient repartir à la hausse dans le sillage de la reprise de l’activité industrielle en Chine.

« Cela ne pourrait, cependant, être bénéfique au pays que si le niveau actuel de la production est maintenu, c’est-à-dire s’il n’y a pas confinement dans nos zones d’exploitation minière et si les exportations ne sont pas entravées par un confinement dans les pays de transit », nuance le ministre.

« Dans l’hypothèse, heureuse, où l’état d’urgence sanitaire global serait de courte durée, l’économie mondiale devrait se remettre au plus vite », selon le ministre des Mines, Willy Kitobo Samsoni.

Son ministère envisage cinq mesures préventives. Limiter les mesures de confinement aux seules activités non essentielles et maintenir la production industrielle en l’encadrant au maximum. Faciliter l’approvisionnement en intrants et l’évacuation des produits miniers marchands.

Ne recourir aux incitations fiscales qu’en cas d’extrême urgence, lorsque les prix baissent en deçà d’un seuil plancher, et cela par le biais d’un moratoire. Encadrer le secteur artisanal, grand pourvoyeur d’emplois. Envisager des voies alternatives d’évacuation des produits miniers marchands.

 « Dans l’hypothèse, heureuse, où l’état d’urgence sanitaire global serait de courte durée, l’économie mondiale devrait se remettre au plus vite », explique le ministre. Les cours des matières premières pourraient se relever rapidement.

Par exemple, le prix du cuivre, qui était descendu à 4 617,50 dollars la tonne le 23 mars 2020, a franchi la barre de 5 000 $/tonne le 7 avril, avant de se stabiliser. De même, le cours du cobalt se stabilise à 29 500 $/tonne depuis le 23 mars après une chute à 27 500 $, le 12 mars.

Au premier trimestre, les exportations de cuivre de la RD Congo ont augmenté de 12,75% par rapport à la même période de 2019. De leur côté, les exportations de cobalt ont reculé de 15,18%, en dépit d’un redressement en mars.

Le secteur minier a contribué au PIB de la RD Congo à hauteur de 29,2% en 2017 et de 32,3% en 2018. Il représente la quasi-totalité (95% environ) des recettes d’exportations. Le cuivre et le cobalt sont les principaux contributeurs au dynamisme du secteur minier à eux seuls ils ont contribué pour 29,3% du PIB en 2018, soit 15,8% pour le premier et 13,5% pour le second.

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