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African Business

Relance de la filière pêche

La construction d’un nouveau port de pêche et l’adaptation de la législation devraient relancer une filière pêche menacée, et qui ne satisfait que 40 % des besoins du Togo. Elle pèse pourtant 1,5 % du PIB.

Lomé, Max-Savi Carmel 

Le 24 avril, à la veille de la fête nationale, le président Faure Gnassingbé a inauguré, à 30 km de Lomé, un nouveau port de pêche. Construit en deux ans et financé en grande partie par le Japon, l’édifice, moderne et spacieux, a coûté 18 milliards de F.CFA (27,4 millions d’euros).

« C’est un défi pour tous», insistait Ouro-Koura Agadazi lors de la pose de première pierre, deux ans plus tôt.

Le pays poursuit une politique de production halieutique qui a pour priorité de s’imposer par la production du tilapia, la variété la plus répandue du monde après la carpe et l’une des plus recherchées.

Le colonel, à l’époque ministre de l’Agriculture, y voyait une occasion de relancer la filière, d’autant que le pays ne disposait jusque-là que d’un port de pêche sauvage, artisanal et en plein air. « Nous aurons ainsi le contrôle du secteur et travaillerons à sa réorganisation », assure la direction de la pêche. 

Ce joyau vise à doubler, en cinq ans, la capture halieutique qui ne dépasse guère les 24 000 tonnes chaque année. Mais le chemin à parcourir reste long, face à la nécessité d’adapter les textes en rigueur et surtout, de mettre fin aux pêches illégales.

Un défi d’autant que les pays voisins présentent un taux de couverture de leurs besoins en halieutiques par la production nationale beaucoup plus élevée qu’au Togo. Au Bénin par exemple, l’apport de la pêche au PIB national avoisine les 3 %, soit deux fois plus que le Togo. 

Indispensable modernisation de la filière 

Incrusté dans le port autonome de Lomé, c’est dans ce port-marchand que transitent 70 % des produits de pêche du Togo. Sous le soleil de plomb, une dizaine de jeunes déchargent une pirogue artisanale qui a passé une partie de la nuit dans l’océan Atlantique.

Des carpes, des tilapias, des crevettes et quelques gambas constituent la récolte du jour. À 67 ans, Komi, leur chef, ne pense pas à la retraite. « Ici, on travaille jusqu’à sa mort », vante ce pêcheur venu du Ghana voisin au début des années 1970. Comme lui, 10 500 pêcheurs ont été recensés par les autorités en 2018. 

À cinquante ans, Evlui est mère de cinq enfants. Son quotidien ? Le fumage de poisson. Comme elle, 13 000 personnes se consacrent en permanence au fumage et à la commercialisation des produits de pêches dans tout le pays. « Avant moi, ma mère et ma grande mère ont fait ce même travail », raconte-t-elle, fièrement.

Avec la nouvelle unité de fumage que leur regroupement a permis d’installer avec l’aide de l’État et qui aura coûté 9,5 millions de F.CFA (14 500 euros), ses revenus journaliers ont été multipliés par trois. « Je n’attends plus rien de mon mari, je m’en sors toute seule », clame celle qui ne voit d’avenir à sa fille unique que dans le fumage de poisson.

Le nouveau port neuf et moderne devrait donner un coup de pouce à un secteur qui peine à décoller. L’Union des coopératives des femmes transformatrices de poissons (Ucoofetrapo) entend jouer un rôle important de liaison entre les pêcheurs et les consommateurs dans le nouveau port de pêche. « Nous sommes la première étape après la pêche », rappelle Fiatépé Ami, sa présidente. 

Au secours de la relance agricole 

La pêche est un sous-secteur de l’agriculture togolaise qui est première contributrice à la richesse du pays. Le pays poursuit une politique de production halieutique qui a pour priorité de s’imposer par la production du tilapia. « C’est la variété la plus répandue du monde après la carpe et l’une des plus recherchée aussi », précise le ministère de l’Agriculture.

Pour accompagner la Stratégie nationale de développement durable de l’aquaculture (Sndda), la FAO propose, depuis 2016, une carte des potentialités aquacoles en harmonie avec la réorientation que vise le gouvernement. Objectif ?

Multiplier par deux la production issue de la pêche, et surtout, dynamiser le secteur pour le porter à hauteur de 7 % du PIB agricole, devant même l’élevage (6,5 %). Pour y parvenir, il faut désensabler les nombreux lacs, lagunes, rivières et fleuves qui parsèment la partie méridionale du pays et réguler les périodes de pêches afin de laisser les poissons grandir.

Avec le nouveau port de pêche et l’adaptation des textes en vigueur pour faire face à la pêche illégale de riverains de pays voisins (Ghana et Bénin), l’apport de la filière à l’économie serait stimulé. Le Togo veut stabiliser, d’ici à 2022, certains secteurs de l’agriculture (élevage, pêche, maraîchage) afin de maintenir sa croissance économique, estimée à 5,5 % pour 2019. 

Réorganiser le secteur face à la concurrence 

Plusieurs pays voisins ont fait de la pêche un secteur prioritaire. D’autant que l’Uemoa a engagé, en 2010, une politique régionale de promotion et de collecte de données liées à la pêche.

Le 24 avril, à la veille de la fête nationale, le président Faure Gnassingbé a inauguré, à 30 km de Lomé, un nouveau port de pêche. Construit en deux ans et financé en grande partie par le Japon, l’édifice, moderne et spacieux, a coûté 18 milliards de F.CFA (27,4 millions d’euros).

Le programme régional de renforcement et de collecte de données statistiques a permis, entre 2011 et 2016 de constituer une plateforme chiffrée. Et aussi, d’engager une politique commune qui permet d’accroître la production régionale, de réguler les exportations et importations tout en protégeant les cours d’eau et océans.

Car l’autre problème de la pêche, c’est le réchauffement climatique qui perturbe la chaîne de production et raréfie certaines espèces dont les carpes rouges. Avec 900 000 tonnes de productions annuelles et un PIB estimé à 750 milliards de F.CFA dans l’espace Uemoa, le Togo est à la traîne dans la filière.

Il devrait non seulement augmenter sa production qu’il espère doubler d’ici à 2023 et surtout, survivre à un climat de concurrence très rude. Déjà, pour couvrir ses besoins locaux, le Togo doit atteindre 70 000 tonnes et surtout, réorganiser la production du système lagunaire qui n’apporte que 3,5 % de la capture annuelle, contre 95 % tirée de l’océan Atlantique et moins de 2 % de la pisciculture domestique.

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