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African Business

RD Congo : L’incertitude politique pèse sur l’activité

Le climat des affaires en RD Congo semble pâtir de la tension liée aux prochaines élections présidentielles et législatives prévues le 23 décembre, après plusieurs reports. Le départ de grands noms de l’industrie ajoute à l’inquiétude.

Par J.J Arthur Malu-Malu

Le processus électoral avance péniblement. La RD Congo est coupée en deux, entre, d’une part, les partisans de la « machine à voter » qui devrait, selon la Commission électorale, permettre à l’État de réaliser de substantielles économies dans l’organisation des scrutins et, d’autre part, les pourfendeurs de cet outil de fabrication sud-coréenne, jamais expérimenté ailleurs dans le monde et commandé dans des conditions opaques, qu’ils qualifient de « machine à tricher ».

Même si le président Joseph Kabila, hors mandat depuis décembre 2016, ne se représente pas, après avoir passé 17 ans aux commandes du plus vaste pays d’Afrique subsaharienne, les milieux d’affaires ne sont pas rassurés par le manque de confiance d’une partie de la classe politique dans le processus électoral piloté par une Commission accusée de faire le jeu du camp présidentiel, lequel veut conserver le pouvoir en misant sur un candidat encore peu connu, Emmanuel Ramazani Shadary.

Samsung a pointé du doigt l’absence de vigilance de l’organisme chargé du contrôle des normes à l’importation, qui aurait laissé entrer dans le pays des appareils contrefaits, créant des distorsions de concurrence.

La communauté « business » observe avec inquiétude les préparatifs, en se rappelant que les élections de 2006 avaient débouché sur des scènes de guerre dans un quartier administratif de la capitale : les forces gouvernementales avaient affronté les milices du candidat malheureux Jean-Pierre Bemba, qui revendiquait la victoire à l’issue du second tour d’un scrutin qui avait mobilisé un électorat massif.

Après ces affrontements, plusieurs dizaines de cadavres jonchaient les rues de la Gombe, où sont concentrées la plupart des missions diplomatiques, et aux abords de la résidence de l’ancien chef rebelle. Comme si cela ne suffisait pas, cinq ans plus tard, lors de la présidentielle remportée haut la main par Joseph Kabila, sur fond de contestation, les opérations de vote se sont déroulées dans un climat de violence : plusieurs personnes ont été tuées, notamment dans le Kasaï (Centre), bastion de l’opposition.

L’argent n’aime pas l’incertitude

Le spectre des violences qui ont rythmé les deux dernières élections présidentielles fait ressurgir des craintes de récidive, dans un contexte où le président de la Commission électorale, Corneille Naanga, observe une attitude de défiance vis-à-vis des voix qui s’élèvent au sein de l’opposition et de la société civile, pour fustiger ses méthodes et son faible penchant pour la recherche d’un consensus en vue de conduire la RD Congo vers des scrutins libres, démocratiques et transparents.

« Tout peut arriver. Le secteur économique n’est pas à l’abri de la catastrophe. Le président de la Commission électorale portera une lourde responsabilité dans le scénario du pire qui se profile à l’horizon, s’il ne fait pas d’effort pour écouter certaines remarques formulées par des Congolais qui souhaitent vivre dans un pays apaisé où le perdant reconnaît sa défaite et prend le téléphone pour appeler le vainqueur et le féliciter », explique l’analyste économique Ben Kasongo. L’argent n’aime pas l’incertitude. La liste des questions sans réponses ne cesse de s’allonger au fur et à mesure que le jour J se rapproche.

Des groupes miniers continuent à lorgner le sous-sol congolais, riche en minerais rares et très recherchés, tels que le cuivre et le cobalt, utilisés notamment dans l’industrie de la voiture électrique et le coltan, qui entre dans la fabrication du téléphone portable. Malgré une montée en puissance annoncée du véhicule électrique, qui devrait accroître ses parts de marché dans le monde, les opérateurs en quête de nouveaux gisements se montrent plus prudents et semblent s’être passés le mot.

Départ de groupes étrangers

« Un tas de nouveaux projets miniers est envisagé. Mais il faut être un peu fou pour prendre des risques dans cette atmosphère, alors que l’horizon ne s’est pas encore éclairci », note Ben Kasongo

Dans ce contexte, des sociétés installées de longue date en RD Congo cessent leurs activités pour diverses raisons, y compris celles, moins avouables, liées aux incertitudes qui entourent le processus électoral. C’est ainsi que le groupe Hasson et Frères, spécialisé dans la distribution, le commerce et l’immobilier a réduit drastiquement ses activités après… 75 ans de présence dans le pays.

Pourtant, le groupe a survécu à toutes les crises que la RDC a connues dans son tumultueux cheminement depuis l’indépendance. Si la version officielle fait état de la pression fiscale qui, aux yeux des dirigeants du groupe, serait de plus en plus insupportable, il n’en reste pas moins que le climat politique actuel engendre rumeurs, fantasmes et peurs. Les multinationales Nestlé et Samsung ont décidé, elles aussi, de mettre un terme à leurs activités dans le pays.

Le géant sud-coréen a pointé du doigt l’absence de vigilance de l’organisme chargé du contrôle des normes à l’importation, qui aurait laissé entrer dans le pays des appareils Samsung contrefaits. Une situation qui créerait des distorsions de concurrence, car les téléphones contrefaits seraient vendus à vil prix dans des circuits parallèles. « La firme Samsung n’ayant pas trouvé son compte en RDC, elle a décidé de fermer ses portes et de s’en aller », a expliqué l’ambassadeur sud-coréen en RD Congo.

Inutile de préciser que ces fermetures ont mis sur la paille plusieurs dizaines de salariés qui auront du mal à se réinsérer dans le marché de l’emploi, lequel ne brille pas par son dynamisme.

Cette succession de mauvaises nouvelles, tempérées parfois par quelques lueurs d’espoir offertes par la montée des prix, sur les marchés internationaux, de certains minerais produits par le pays, n’est pas de nature à améliorer l’image du Congo Kinshasa, situé au peu enviable 182e rang du rapport Doing Business 2018 de la Banque mondiale, publié à l’automne dernier. 

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