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African Business

RD Congo : la voie de l’avenir

Matata Ponyo Mapon

Premier ministre de la République démocratique du Congo:

« Trouver un modèle original de développement »

Transformer les bonnes performances macroéconomiques en amélioration significative du niveau de vie des populations, c’est l’engagement pris par les autorités congolaises. Reste à en trouver le moyen. Tel était l’objet de la conférence économique qui s’est tenue en janvier 2015, à Kinshasa.

Si depuis quelques années, la croissance est au rendez-vous et les chiffres macroéconomiques au vert, la nouvelle dynamique économique ne profite pas à tous. Pas encore, du moins. À la demande du chef de l’État, Joseph Kabila, et en collaboration avec l’université de Harvard (États-Unis), le gouvernement congolais a réuni, début janvier 2015 à Kinshasa, d’éminents économistes de la planète pour plancher sur la question de la croissance inclusive et tirer les leçons des expériences qui ont porté leur fruit ailleurs. « Depuis 2001, la RD Congo est sur le chemin de la croissance et voudrait tourner la page des années perdues pour prendre le chemin de l’émergence en 2030 », a rappelé le Premier ministre Matata Ponyo Mapon, lors de l’inauguration de la Conférence.

Le président de la République « a pris l’engagement indéfectible d’œuvrer pour une amélioration sensible des conditions de vie des populations congolaises ce qui sous-entend que notre croissance doit revêtir un certain nombre de caractéristiques fondamentales, notamment être redistribuée équitablement et profiter aux couches les plus défavorisées. » Et le chef du gouvernement d’ajouter : « Ma conviction personnelle est qu’il n’existe pas de modèle de développement transposable et applicable à tous les pays, chaque nation ayant son histoire particulière. Cependant, les bonnes leçons et pratiques peuvent être partagées. » C’est précisément l’objet de cette rencontre entre universitaires et leaders politiques en vue de définir des solutions innovantes pour permettre au gouvernement d’ajuster sa politique économique.

Poser un diagnostic et étudier les bonnes pratiques

« Tracer son chemin veut dire que nous devons avoir une politique volontaire, explique Jean-Baptiste Ntagoma, conseiller principal en charges des Stratégies et prospectives économiques, et président du comité organisateur de la conférence. Le gouvernement veut avoir le contrôle du développement du pays. Sur ce point, il organise depuis un certain temps des conférences économiques pour s’assurer que la politique qu’il mène est la bonne. » À ce titre, la RD Congo a réalisé ses dernières années des progrès significatifs soulignés par les partenaires institutionnels et plusieurs rapports. « Notre pays enregistre sa douzième année de croissance soutenue. Cependant toutes ces performances n’ont pas induit une amélioration significative des conditions de vie de nos populations, admet le ministre des Finances, Henry Yav. Le modèle basé sur l’exportation de produits de base, essentiellement minier, n’a pas conduit à transformer en profondeur notre économie. Ce qui justifie aujourd’hui la nécessite de poser un diagnostic sans complaisance pour étudier les causes de la faiblesse de notre économie en termes de diversification. »

57 recommandations

Ainsi, au cours de ses deux journées d’échanges, d’illustres professeurs d’Harvard, Stanford, Princeton, de la Sorbonne mais également des universités congolaises, ont livré leur diagnostic, sans complaisance, sur l’état de l’économie congolaise, ses atouts et ses faiblesses, avant d’émettre une série de recommandations ; au total 57  qui ont été remises aux autorités. Parmi lesquelles, une grande partie porte sur la nécessité de sortir de la rente minière. La forte dépendance de l’économie à l’activité minière (45 % du PIB), un secteur à forte intensité de capital et paradoxalement à faible besoin de main-d’œuvre participe au retard qu’accuse la RD Congo en matière de développement. Mais il y a d’autres facteurs. Dont l’histoire, ainsi que le rappelle le professeur Dani Rodrik, de Princeton, qui se réfère aux années Mobutu, aux désastres de la « zaïrianisation » et aux pillages. « Un retard qui se rattrapera par l’emploi », insiste-t-il. Tout comme James Robinson, de Harvard, qui souligne l’importance du secteur privé. « Regardez les USA, la Chine… ils se sont développés avec le secteur privé ! » L’emploi, sera au cœur des débats. Pour changer le quotidien des gens, il faut leur donner accès à des emplois décents, et donc à de meilleurs revenus. D’où l’importance de revaloriser l’activité agricole, autre des recommandations formulées. De même que d’accélérer la décentralisation. Si la RDC a été dotée par Dame nature de nombreux bienfaits, l’immensité de son territoire, plus de 2 millions km, en complique la donne. D’où la nécessité de mettre en place des institutions à l’échelle locale et de s’appuyer sur les représentants politiques locaux et les chefferies, comme le souligne le prix Nobel d’économie Roger B. Myerson. Gouvernance, capital humain, amélioration du climat des affaires, de la législation… autant de thèmes évoqués par les conférenciers qui s’appuient sur des exemples étrangers pour valider leur argumentaire. Et tout particulièrement ceux des pays émergents d’Asie ou d’Amérique latine. Partager les bonnes pratiques, c’était l’objectif. Des modèles dont il convient de s’inspirer… sans les calquer pour autant, exhorte Makhtar Diop, vice-président Afrique à la Banque mondiale. « Je suis convaincu que les solutions au développement de la RDC sont des solutions congolaises. L’ensemble des experts ici présent peut vous proposer des solutions, mais la compréhension des situations d’un pays vient de ceux qui y vivent. On vous propose différentes sauces, à vous de faire votre propre mayonnaise ! »

Un livre blanc sur la croissance inclusive en RDC

« Maintenant la question qui se pose est qu’est ce qu’on va faire de tout cela ? », s’interroge John Mususa Ulimwengu, conseiller principal en charge de l’agriculture et du développement rural, et chercheur à l’IFRPI. « Il ne suffit pas d’émettre des recommandations mais que les décideurs puissent en mesurer l’intérêt pour le pays et les appliquer », fait observer le conseiller Ntagoma. Assurant que le gouvernement était résolu à tirer profit de cette conférence pour revoir sa feuille route. D’autant que, conformément à la dernière des 57 recommandations, l’exercice doit être renouvelé dans un an avec une nouvelle conférence économique. En attendant, la publication d’un livre blanc sur la croissance inclusive en RDC, reprenant les travaux et recommandations de la conférence, doit être publié. Une base de travail certaine pour tous ceux qui, au sein du gouvernement comme ailleurs, œuvrent pour le développement socio-économique de la RD Congo. À suivre donc…

LA SUITE DANS LA VERSION PAPIER DE AFRICAN BUSINESS N°37

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