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African Business

RD Congo : la voie de l’avenir

La République démocratique du Congo est décidée à ouvrir une nouvelle page de son histoire. Le pays fait ses premiers pas dans l’ère de l’émergence. Il s’agit de passer «du cuivre rouge au cuivre vert » et de poursuivre les chantiers en cours : Pour la RD Congo, 2015 sera une année décisive.

La reprise se confirme en RD Congo et les prévisions sont encourageantes. Reste à traduire les effets de la création de richesses dans le quotidien des populations et à éviter toute nouvelle déstabilisation politique.

La RD Congo compte désormais parmi les pays les plus dynamiques du continent. Et la tendance se confirme. Les autorités tablent sur une croissance de 8,9 % en 2014.

Ces réformes sont saluées dans le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale qui classe la RD Congo parmi les dix pays les plus réformateurs au monde. L’Institution reconnaît les progrès réalisés en matière d’environnement des affaires.

D’une moyenne de 5,4 % l’an entre 2002 et 2008, la croissance était retombée à 2,8 % en 2009, dans le sillage de la crise financière internationale. De nouvelles performances portées par la vitalité des industries extractives, combinée à l’évolution favorable des cours des matières premières.

Le secteur minier enregistre des productions record, notamment celle du cuivre, qui doit dépasser le million de tonnes, avec un cours qui reste rentable sur le marché international. La consommation a contribué à hauteur de 85,8 % à la demande globale contre 72,4 % l’année précédente. De quoi renflouer les caisses de l’État qui a également mis ses comptes à jour. La hausse des prix est à nouveau maintenue sous le seuil des 2 % ; elle était retombée à 1 % en 2013, un niveau record dans l’histoire du pays dont le taux d’inflation avait dépassé les 50 % en 2009 ! Les taux de change demeurent stables. Le tout grâce à la mise en œuvre de politiques budgétaires et monétaires adéquates.

Ces réformes sont saluées dans le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale qui classe la RD Congo parmi les dix pays les plus réformateurs au monde. L’Institution reconnaît les progrès réalisés en matière d’environnement des affaires, notamment à travers l’instauration du guichet unique qui a facilité la création d’entreprises.

Le raccordement à l’électricité est devenu plus accessible grâce à l’allégement des démarches administratives et financières. L’accès à l’information sur le crédit est amélioré par la création d’un registre du crédit. La loi sur la protection des investisseurs minoritaires est renforcée. Le paiement des impôts par les entreprises est simplifié.

La Banque mondiale déplore néanmoins l’augmentation du taux de l’impôt minimum forfaitaire appliqué au chiffre d’affaires annuel, ainsi que les frais liés à l’obtention des permis de construire. Et, si dans son rapport publié le 10 décembre 2014, intitulé Transformer la richesse minière en vecteur de croissance, de développement et de cohésion sociale, la Banque mondiale conclut à « une situation macroéconomique et financière relativement bonne en RD Congo », elle estime qu’« une meilleure mobilisation des revenus issus du secteur des ressources naturelles permettrait d’augmenter l’espace budgétaire et de doter le pays des moyens financiers nécessaires pour financer son développement économique et social ».

Recherche croissance inclusive

Car le pays, qui vise l’émergence d’ici à 2030, « reste confronté à des fragilités et vulnérabilités importantes ». À commencer par la dépendance, encore trop importante, au secteur minier, alors que celui-ci ne permet pas un réel développement socio-économique. Ainsi, en 2013, si la hausse du PIB a atteint 8,5 % et la production de cuivre a fait un bond de 52 %, les recettes intérieures de l’État n’ont représenté que 13 % du PIB, contre 14,9 % en 2012.

La RD Congo doit transformer cette embellie économique en croissance inclusive. « Nous avons passé le cap délicat de la stabilisation du cadre macroéconomique, maintenant nous entrons dans la deuxième phase des réformes, qui porte sur la gouvernance ; ceci doit nous conduire vers une consolidation de la croissance », indique Jean-Baptiste Ntagoma, conseiller principal à la Primature, en charge du collège Stratégies et prospectives économiques. « Tout ici tourne autour d’un certain nombre d’agrégats. Des choses s’améliorent et les décisions vont certainement porter leurs fruits. Les réformes structurelles sur la bonne gouvernance ne peuvent être réglées en une seule fois. Nous devrions passer, en 2015, le cap d’une croissance à deux chiffres », poursuit le conseiller, qui considère qu’une croissance de 10 % « n’est pas suffisante par rapport au potentiel du pays et les richesses qu’il recèle ».

De grands chantiers

Le pays présente un potentiel très important et les investisseurs internationaux se pressent de plus en plus aux portes de la RD Congo. Avec 2,3 millions de km2 de superficie, soit les deux tiers de l’Union européenne, 70 millions d’habitants, 80 millions d’hectares de terres arables et un sous-sol qui regorge de plus de 1 100 minéraux et métaux précieux, la RD Congo peut devenir l’un des pays les plus riches du continent africain et un pôle de croissance régional. Reste que des années de conflits et de mauvaises gestions, auront valu au pays le qualitatif de « géant en sommeil ».

Un « géant qui se réveille » assure le Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, régulièrement à la tête de mission commerciales en Europe. « Nous comptons tirer profit des progrès réalisés, consolider la stabilité macroéconomique et accélérer les réformes structurelles nécessaires pour promouvoir une croissance durable et inclusive. »

Sur la feuille de route du gouvernement Matata II, d’importants projets sont en cours dans tous les domaines : infrastructures, énergie, agro-business, transports… La RDC est en chantier. « Nous travaillons à l’amélioration de la compétitivité, à travers un programme intégré d’infrastructures et de projets, explique Jean-Baptiste Ntagoma. Ce programme vise à garantir une meilleure compétitivité de l’économie nationale en faisant de l’industrialisation le pilier stratégique de cette politique. Ceci dans le but de réduire les coûts de production et d’améliorer la qualité des produits et services. Avec le retard économique que nous avons subi, nous ne pouvons réaliser ce programme que par un saut technologique. »

Ce programme contient plusieurs axes majeurs, notamment le fleuve Congo, « le boulevard naturel » de la RDC. « Nous l’utilisons pour installer les activités économiques, en partant du secteur agricole qui devient le moteur de notre croissance. C’est la raison pour laquelle, nous développons 22 parcs agro-industriels », dont le premier, Bukanga-Lonzo, est déjà opérationnel. « Cette stratégie de développement doit réduire la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire et supprimer les conflits armés. »

Des investissements sociaux financés sur fonds propres

En marge de l’interconnexion par voie fluviale, les routes nationales sont en voie de réhabilitation, de même que les portes d’accès, aéroports et ports. Le chemin de fer doit également : « Pour assurer l’intégration économique, nous devons relier les pôles de croissance, notamment par le rail, la route et l’eau. »

Sans oublier le volet social. La rationalisation des dépenses de l’État a permis de financer d’importants projets sur fonds propres. Les premières mesures concernent l’éducation, avec la construction de 1 000 écoles primaires. Une seconde vague de 1 000 écoles supplémentaires doit démarrer, pour un budget supérieur à 130 millions $. Dans le domaine de la santé et de l’habitat, on prévoit la construction de logements sociaux et de 1 000 centres de soins et hôpitaux.

Sécurité : une bataille de gagnée

Et Jean-Baptiste Ntagoma de rappeler : « Avoir un développement où la croissance est redistribuée représente un travail de longue haleine. Parce qu’avec une économie axée sur un secteur clé qui est le secteur minier, le changement ne se fera pas en une année. Mais nous sommes sur la bonne voie. »

La situation sécuritaire est marquée par la victoire militaire sur le Mouvement du 23 mars, avec le soutien des Nations unies, en novembre 2013, mais la paix reste fragile. La Monusco, la force des Nations unies présente sur place depuis 15 ans, semble impuissante.

Depuis les concertations nationales de 2013, le Président, au pouvoir depuis 2001 et réélu en 2006, à qui l’on prête la volonté de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat, reste silencieux. Kabila a sorti de sa poche une carte joker en nommant en décembre un gouvernement « de cohésion nationale ». L’idée est de gagner du temps, en repoussant l’échéance, pour éviter un passage en force ou une nouvelle période d’instabilité politique. L’opposition réclame la tenue des élections locales, prévues en 2015, mais elle peine à mobiliser les foules. Le « débauchage » de sept membres d’opposition, devrait ajouter à son discrédit. Reste que l’incertitude sur 2016 inquiète. À l’intérieur, comme à l’extérieur. « Il ne tentera pas un passage en force, pas après l’épisode du Burkina Faso, considère un diplomate européen. En revanche, il peut essayer deux choses : repousser au maximum les élections, ce qui ne va pas forcément passer ; ou tenter un scénario à la Poutine et placer un proche à sa place, pour revenir le mandat suivant. » Les pronostics sont ouverts. « C’est un cap à passer, nous avons connu cela en 2011, et déjà en 2006, on passera 2016 également », nuance un banquier. Lequel rappelle qu’au plan économique, « il n’y a pas d’importants nouveaux investisseurs, en dehors des miniers. En 2014, on n’a pas eu de projets d’envergure. C’est cela qui manque à la RDC. »

En effet, le gouvernement nouvellement installé a un impératif : accélérer les projets déjà lancés et renforcer l’attractivité du pays. Et rassurer : « Ceux qui ont investi dans ce pays doivent être confortés, les investissements vont toujours y rester. »

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