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Quelle prochaine étape pour l’économie égyptienne ?

Quelle prochaine étape pour l’économie égyptienne ?
  • Publiéfévrier 5, 2024

Abdel Fattah al-Sissi a facilement remporté les élections de décembre, mais des choix économiques cruciaux l’attendent alors qu’il entame son troisième mandat.

 

Le troisième mandat d’Abdel Fattah al-Sissi en tant que président de l’Égypte pourrait avoir d’importantes ramifications économiques à un moment où la nation la plus peuplée d’Afrique du Nord est confrontée à de profonds défis, sur de multiples fronts.

Au-delà des critiques exprimées sur le déroulement du scrutin, c’est l’économie, plutôt que la politique, qui devrait être le défi majeur de son troisième mandat. Les difficultés du Caire augmentent depuis un certain temps, notamment parce que le président Sissi, un ancien général de l’armée arrivé au pouvoir en 2014 à la suite d’un coup d’État militaire, a laissé l’économie égyptienne être dominée par les forces armées.

« Le gouvernement égyptien a introduit plusieurs réformes et initiatives pour attirer davantage d’investisseurs dans l’économie, et il y parvient. »

Ce choix a été aggravé par des forces extérieures : l’économie égyptienne a particulièrement souffert de la pandémie de coronavirus, lorsque les revenus du tourisme, qui s’élevaient à plus de 30 milliards de dollars en 2019, ont fortement chuté. Cette perte a également contribué à une chute brutale des entrées de devises en Égypte, entraînant une grave pénurie de dollars.

Dans un environnement macroéconomique plus large caractérisé par des taux d’intérêt plus élevés, un dollar plus fort et une livre égyptienne beaucoup plus faible, les difficultés de change ont également rendu beaucoup plus difficile et coûteux pour le Caire le service de son énorme dette libellée en dollars.

Face à ces défis, l’Égypte a reçu en décembre 2022 un plan de sauvetage de 3 milliards $ de la part du FMI afin de « préserver la stabilité macroéconomique et d’ouvrir la voie à une croissance inclusive et tirée par le secteur privé ». Ces réformes comprenaient une libéralisation du marché des changes, à la suite de laquelle la livre égyptienne est tombée à un niveau historiquement bas par rapport au dollar.

D’autres réformes des marchés financiers du pays sont nécessaires pour débloquer davantage de fonds du FMI, mais le président Sissi était réticent à superviser une nouvelle dévaluation de la livre avant l’élection. Cela s’explique à la fois par le symbolisme négatif d’une monnaie en déclin et par l’impact d’une dévaluation sur le coût de la vie.

 

Des choix difficiles à venir

 

Maintenant que les élections sont passées, Sissi est-il prêt à faire les choix difficiles dont l’économie égyptienne a besoin ? Nouran el-Khouly, économiste au CFI Financial Group au Caire, explique à African Business que les défis économiques auxquels l’Égypte est confrontée sont sérieux et qu’ils risquent d’empirer à court terme.

« Étant donné l’environnement économique difficile dans le monde en raison des répercussions de la pandémie et des tensions géopolitiques, l’Égypte, comme ses homologues, connaît une inflation élevée, une incertitude économique omniprésente, des niveaux d’endettement élevés, un déficit de la balance courante et d’importantes sorties d’investissements », explique-t-elle.

« Tous ces problèmes ont entraîné une pénurie de devises étrangères, qui s’est encore aggravée avec l’adoption d’un resserrement monétaire à l’échelle mondiale. »

Elle craint que le conflit en cours à Gaza, qui jouxte la péninsule égyptienne du Sinaï, ne porte un coup supplémentaire à l’industrie touristique égyptienne et n’aggrave ainsi les problèmes de change du Caire.

L’agence de notation S&P s’attend à une baisse de 10% à 30 % des recettes touristiques en Égypte, « ce qui pourrait coûter au pays 4% à 11 % de ses réserves de change et entraîner une baisse du PIB, auquel le secteur du tourisme contribue de manière significative », commente Nouran el-Khouly. Qui juge que l’une des priorités économiques est aussi de « faciliter le dialogue à Gaza pour éteindre les flammes du conflit ».

Même si les revenus du tourisme ne sont pas affectés aussi profondément que le craignent de nombreux analystes, il est clair que l’Égypte a besoin de plus de réformes fondamentales. Ce, à la fois pour satisfaire les exigences du FMI et de ses créanciers internationaux, et pour mettre le Caire sur la voie de la stabilité financière à long terme.

Malgré cela, Nouran el-Khouly estime qu’il est trop tôt pour que le président égyptien envisage une nouvelle dévaluation de la livre ou d’autres mesures de libéralisation du marché. « Le gouvernement égyptien n’est pas prêt à laisser flotter la livre égyptienne immédiatement ; il préférera probablement procéder à une dévaluation progressive parce que la principale priorité actuelle est de freiner le taux d’inflation et de rétablir la stabilité des prix. Une dévaluation progressive permettrait d’attirer les investisseurs étrangers, ce qui contribuerait à réduire la pénurie de devises en Égypte. »

 

La recherche de créanciers

En partie à cause de cette réticence, l’Égypte pourrait chercher d’autres créanciers prêts à lui prêter de l’argent, qu’elle entreprenne ou non des réformes financières. Nouran el-Khouly prévoit que l’État cherchera à « diversifier les instruments de financement, autres que les prêts directs des agences internationales, par exemple en recourant aux Sukuks », ces obligations conformes à la charia. Bien que cela puisse augmenter le risque de voir l’Égypte s’endetter davantage, sans les réformes d’accompagnement exigées par les organisations internationales telles que le FMI, le président Sissi « reconnaît néanmoins la nécessité de « réformes structurelles pour une économie durable », estime Nouran el-Khouly.

Qui souligne que « le gouvernement augmente la productivité du pays en améliorant les voies de transport, en encourageant la transformation numérique et la production verte, et en se concentrant sur les produits et services à valeur ajoutée ».

Bien que l’Égypte soit confrontée à plusieurs défis économiques de taille, de nombreux investisseurs internationaux sont convaincus que les perspectives à long terme du pays pourraient être brillantes – si seulement le gouvernement parvenait enfin à dépasser les problèmes qui l’accablent.

Charlie Robertson, responsable de la stratégie macroéconomique chez FIM Partners à Londres, a précédemment déclaré à African Business que les gestionnaires de portefeuille pourraient percevoir des opportunités sur les marchés des devises et des titres à revenu fixe égyptiens si le gouvernement s’engageait à dévaluer à nouveau la livre égyptienne. Au début de l’année, le marché boursier égyptien a atteint des niveaux record.

 

Optimisme à long terme

Entre-temps, de nombreux investisseurs et analystes ont exprimé leur optimisme quant au fait qu’un pays géographiquement proche des marchés pétroliers du Golfe, doté d’une population jeune importante et en pleine croissance, ainsi que de bonnes infrastructures, pourrait devenir un important centre de production et de fabrication.

Nouran el-Khouly partage cet optimisme, malgré les difficultés auxquelles le pays est actuellement confronté.

« Le gouvernement égyptien a introduit plusieurs réformes et initiatives pour attirer davantage d’investisseurs dans l’économie, et il y parvient », juge l’économiste : « 2023 s’est achevé sur une note positive pour l’Égypte ». Son taux d’inflation de base annuel était de 33,7 % en décembre 2023, contre 38,5 % en octobre. Il devrait baisser à 27,4 % en 2024.

« Au cours du dernier exercice, le déficit des comptes courants s’est réduit de 71,5 %. Je suis donc optimiste quant aux perspectives économiques de l’Égypte », tranche l’économiste, d’autant plus que la perspective d’une baisse des taux d’intérêt aux États-Unis suscite l’espoir que les pays endettés comme l’Égypte seront soumis à des pressions moindres, cette année.

@AB

Écrit par
Harry Clynch

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