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African Business

Pourquoi l’Afrique refuse la géo-ingénierie solaire

Pourquoi l’Afrique refuse la géo-ingénierie solaire
  • Publiémars 11, 2024

Les partisans de la géo-ingénierie solaire estiment que cette technique pourrait contribuer à ralentir le changement climatique. Ses détracteurs mettent en garde contre ses effets catastrophiques qui pourraient en résulter.

 

Les pays africains mènent une campagne, pour l’heure victorieuse, contre la géo-ingénierie solaire ; cette technique consisterait à renvoyer la lumière du soleil dans l’espace pour lutter contre le changement climatique. Ce projet a été rejeté lors de l’assemblée des Nations unies pour l’environnement à Nairobi, qui s’est achevée le 1er mars 2024.

La « modification du rayonnement solaire », qui consiste à renvoyer le rayonnement solaire dans l’espace, par exemple en libérant délibérément du dioxyde de soufre pour empêcher les rayons du soleil d’atteindre la Terre, est l’une des nombreuses formes de géo-ingénierie envisagées en réponse à l’augmentation des températures mondiales. Une autre méthode proposée consiste à éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Les partisans de ces technologies estiment qu’elles pourraient contribuer à ralentir le changement climatique. Leurs détracteurs mettent en garde contre une série d’effets catastrophiques qui pourraient survenir si les techniques de géo-ingénierie ne donnaient pas les résultats escomptés.

Lors de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, la Suisse a proposé une résolution qui a été largement interprétée comme cherchant à ouvrir la voie à un assouplissement du moratoire de fait sur la géo-ingénierie solaire, imposé en 2010.

Lors de la conférence, le groupe africain a été à l’avant-garde de l’opposition aux propositions suisses, reflétant les craintes que la technologie puisse avoir des impacts imprévus sur le continent. Certains pays africains, comme le Sénégal, avaient initialement soutenu la résolution, mais ont finalement changé de position.

La délégation suisse a donc fini par retirer sa résolution le dernier jour de la conférence, laissant ainsi le moratoire de 2010 intact, pour le moment.

Les représentants suisses ont déclaré que leur objectif était simplement d’établir un groupe de travail d’experts qui évaluerait les risques et les avantages de ces technologies, en veillant à ce que la surveillance internationale soit maintenue.

 

La position ambiguë des États-Unis

Les solutions drastiques gagnent en importance à mesure que la crise climatique s’aggrave

Les températures mondiales ayant dépassé l’an dernier le seuil critique de 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels, les décideurs politiques envisagent des mesures plus radicales pour lutter contre le changement climatique. Février 2024 a été le neuvième mois consécutif au cours duquel un nouveau record de température mensuelle a été battu.

Outre la modification du rayonnement solaire, d’autres techniques ont été envisagées, notamment l’éclaircissement des nuages marins, qui consiste à vaporiser des sels dans les nuages afin qu’ils réfléchissent davantage la lumière du soleil, et la fertilisation des océans, qui consiste à déverser du fer ou d’autres nutriments dans les océans afin de stimuler la croissance du phytoplancton – ce dernier séquestrerait le carbone, qui serait stocké au fond de l’océan lorsqu’il meurt et coule.

Toutefois, les effets de ces technologies n’ont pas encore été prouvés et les effets secondaires possibles sont mal compris. Lors d’une conférence tenue en août dernier, les ministres africains avaient déjà appelé à la mise en place de mécanismes de gouvernance mondiale pour garantir la non-utilisation de la gestion du rayonnement solaire.

« Même si la géo-ingénierie solaire n’est déployée que dans l’hémisphère nord, elle perturbera les régimes climatiques locaux et régionaux et déséquilibrera davantage le climat, avec des effets potentiellement catastrophiques pour l’Afrique, notamment sur la disponibilité de l’eau et la production alimentaire », considère Mfoniso Antia, responsable de programme à l’ONG Hands Off Mother Earth Africa.

« Je me réjouis du leadership de l’Afrique sur la géo-ingénierie à l’UNEA-6, qui s’appuie sur la décision de la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement de ne pas utiliser les technologies de géo-ingénierie solaire. »

Plusieurs pays, dont les États-Unis, ont soutenu la position africaine à Nairobi. Mais les sceptiques soupçonnent que l’opposition des États-Unis s’explique par le fait qu’ils ne veulent pas que le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) prenne en charge la gouvernance de la géo-ingénierie, plutôt que par des préoccupations liées à la géo-ingénierie elle-même.

Et comme plusieurs milliardaires, dont Bill Gates, ont créé des entreprises visant à expérimenter des solutions radicales, le débat sur la technologie est loin d’être clos.

@AB 

Écrit par
Ben Payton

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