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African Business

Pour un allègement plus ambitieux de la dette

Le plaidoyer vient d’une agence de notations, Scope Ratings. Bien que prolongé en octobre, le plan du G20 d’allègement de la dette risque de fragiliser les pays les plus pauvres. Plus efficace serait un autre programme qui associe secteur privé et le grand créancier chinois.

Par Marie-Anne Lubin 

Certes, l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD) offre une marge de manœuvre budgétaire supplémentaire à court terme aux 29 gouvernements africains qui y participent. Pour autant, à moyen terme, elle peut accentuer le surendettement en augmentant les paiements d’intérêts futurs pour certaines des dettes souveraines les plus vulnérables au monde.

Tel est le sentiment des analystes de Scope Ratings, l’agence allemande de notations de crédits. « Il est essentiel de peaufiner le processus et le récent Cadre commun pour le traitement de la dette au-delà de l’ISSD pour éviter des crises futures », considère Dennis Shen, directeur crédit de l’agence.

« La forme et l’ampleur des annulations de dette pour une dette souveraine présentant des risques de solvabilité doivent être adaptées à la situation de viabilité de la dette spécifique des emprunteurs. »

Un mécanisme formel a été nécessaire pour déterminer si les pays africains font face à seulement une crise de liquidité ou à un problème de solvabilité sous-jacent, étant donné que la moitié des pays d’Afrique subsaharienne étaient menacés ou en situation de surendettement au début de l’année.

Pour Scope, le mécanisme de suspension semble « le bon remède » pour des pays comme le Burkina Faso, la Centrafrique, la RD Congo, qui ont une dette assez faible et qui pourront reprendre le paiement des intérêts, le moment venu. « La suspension du service de la dette pallie un manque de liquidités à court terme et dégage la marge de manœuvre budgétaire nécessaire. » En revanche, pour d’autres pays comme l’Angola, le Burundi ou le Ghana, l’ISSD comporte des risques à moyen terme.

« C’est pourquoi un cadre, que nous appelons « ISSD + », est essentiel pour améliorer la transparence et la cohérence de la participation de la Chine au programme, garantissant l’équité de traitement entre les créanciers », suggèrent les analystes. Ce processus amélioré comprendrait « une participation obligatoire du secteur privé, et, surtout, mettrait en avant l’annulation de la dette comme une option pour traiter les crises de solvabilité».

Il faut associer la Chine au processus

La Chine est le principal financeur de l’infrastructure en Afrique. Entre 2000 et 2019, la Chine a prêté 148 milliards de dollars à cinquante pays africains, contribuant à un quasi-doublement de la dette extérieure de la région, passée de 19% en 2008 à environ 34% du PIB 2018.

Près d’un tiers du service de la dette extérieure souveraine de l’Afrique sur la période 2020-2024 est redevable à la Chine ; son implication dans l’ISSD est donc cruciale.

Avec la prolongation du processus au-delà de 2020, Angola et Djibouti pourraient voir les économies sur le service de la dette liées aux prêts chinois dépasser 4,5% du PIB de 2019 en 2020-2021. En outre, les économies potentielles liées à la participation à l’ISSD du Mozambique, du Congo Brazzaville, du Kenya, de la Guinée et de la Zambie représenteraient plus de 1,5% du PIB.

Selon les calculs des analystes, des pays comme l’Angola, Djibouti et le Mozambique sont dans une situation paradoxale. Ils pourraient chacun voir leurs besoins en matière de service de la dette augmenter de plus de 1 % du PIB en moyenne par an, entre 2022 et 2024, en raison de leur participation à l’ISSD, selon les termes actuels du programme, du fait du report des paiements sur les années ultérieures.

En octobre, les créanciers du Club de Paris se sont mis d’accord sur un « cadre commun pour le traitement de la dette au-delà de l’ISSD ». Ce cadre a été approuvé lors d’une réunion extraordinaire des ministres des Finances et des gouverneurs des Banques centrales du G20, le 13 novembre.

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