x
Close
Opinion

Une transition énergétique qui passe par le pétrole et le gaz

Une transition énergétique qui passe par le pétrole et le gaz
  • Publiémai 21, 2024

Une « déclaration de Paris » de professionnels et d’acteurs de la société civile plaide pour de nouveaux investissements dans les énergies fossiles, afin que l’Afrique ne soit pas mise de côté au nom des impératifs environnementaux.

 

Le Forum Investir dans l’énergie en Afrique, qui s’est déroulé le 15 mai à Paris, s’est achevé par une déclaration relative à « la transition énergétique juste ». Laquelle passe essentiellement par les investissements dans les énergies fossiles, dans un premier temps.

Selon cette déclaration, des représentants de la société civile africaine, des groupes de défense des droits de l’homme, des « groupes environnementaux », les gouvernements et le secteur privé s’« engagent fermement à aligner les efforts de l’Afrique dans la lutte contre la pauvreté énergétique et la promotion de l’industrialisation, tout en plaidant en faveur d’une transition énergétique juste et en garantissant la justice climatique ».

Si les nations riches doivent décarboner et que l’Afrique doit s’industrialiser, les pays africains doivent diversifier les réserves de capitaux disponibles et créer des instruments financiers en dehors des institutions traditionnelles.

Toutes ces parties reconnaissent qu’il est essentiel de s’attaquer à la pauvreté énergétique, qui continue d’entraver le progrès social et économique dans de nombreux pays africains. « En favorisant un environnement propice à l’investissement et à l’innovation, nous, Africains, avons pour objectif de libérer le vaste potentiel énergétique du continent et de permettre aux communautés d’accéder à des sources d’énergie fiables et abordables », constatent-elles.

Aussi, la « déclaration de Paris » appelle-t-elle « à des discussions et à des collaborations fructueuses, soulignant l’engagement commun des nations africaines, des investisseurs mondiaux et des chefs d’entreprise en faveur d’un développement énergétique durable sur le continent ».

Les parties se disent « déterminées » à défendre le programme énergétique de l’Afrique, à plaider en faveur de politiques qui équilibrent la croissance économique et la gestion de l’environnement, et à donner aux nations africaines les moyens de réaliser leur potentiel énergétique tout en faisant progresser les objectifs en matière de climat.

Plus précisément, elles reconnaissent « le droit souverain de l’Afrique » à développer ses ressources énergétiques « de manière équilibrée et durable ». Ces ressources comprennent au nord 125 milliards de barils de pétrole et 620 trillions de pieds cubes de gaz naturel.

 

Des projets à mener contre la pauvreté

L’augmentation des investissements dans l’énergie, le déploiement d’un financement continu et l’avancement des projets énergétiques représentent des priorités essentielles pour l’Afrique, car 600 millions d’Africains n’ont pas accès à une énergie fiable et 900 millions n’ont pas accès à des combustibles de cuisson propres.

Et le document de citer une série de projets qui « visent à maximiser les ressources de l’Afrique au profit des communautés locales » : le développement du GNL au Mozambique mené par TotalEnergies et l’oléoduc est-africain ; en Afrique de l’Ouest, il évoque des projets tels que le terminal GNL de Perenco au Cap Lopez (photo ci-contre) et l’installation de GPL associée, le gazoduc Nigeria-Maroc et le projet GNL Congo mené par Eni. Ces derniers « catalyseront la croissance économique à long terme et la résilience énergétique, le gaz naturel, le GNL et le GPL étant appelés à jouer un rôle essentiel dans la stratégie de réduction de la pauvreté énergétique sur le continent », jugent les signataires.

La région de l’Afrique australe commence à peine à réaliser le plein potentiel de ses ressources pétrolières et gazières, avec les récentes découvertes faites dans le bassin de Cabora Bassa au Zimbabwe par Invictus Energy et dans le prolifique bassin d’Orange en Namibie par Shell, TotalEnergies et Galp. La Namibie accueille également le développement du plus grand projet d’hydrogène vert d’Afrique subsaharienne mené par Hyphen Hydrogen Energy, tandis que la Mauritanie est pionnière en matière d’hydrogène vert grâce au projet Nour de Chariot et au projet AMAN de CWP Global, associés à un développement accru du gaz à partir du projet Greater Tortue Ahmeyim LNG exploité par bp.

Et pourtant, regrettent les signataires, malgré les besoins énergétiques non satisfaits de l’Afrique, les prêts mondiaux en faveur de l’énergie n’ont fait que se resserrer, les grandes banques européennes et occidentales se retirant de l’industrie des combustibles fossiles en Afrique, tout en finançant les combustibles fossiles dans les pays occidentaux. « Ces institutions n’ont pas été équitables lorsqu’il s’agissait de faciliter un financement adéquat de l’énergie et du climat pour les pays africains, où les populations locales sont affectées de manière disproportionnée par les risques climatiques et les restrictions sur l’exploitation des combustibles fossiles. »

 

En finir avec la diabolisation du pétrole et du gaz

L’Europe a lancé des appels répétés en faveur du gaz naturel et du financement vert, mais « le financement de l’énergie pour les pays africains est considérablement bloqué ». Cet étouffement continue d’entraver la croissance industrielle de l’Afrique et la mise en place d’industries essentielles basées sur le gaz, telles que l’électricité, la pétrochimie, les engrais et l’exploitation minière, ce qui maintient le continent à la traîne sur le plan du développement.

Intervenants au forum de Paris, le 15 mai 2024.
Intervenants au forum de Paris, le 15 mai 2024.

Aussi, les parties concernées déplorent-elles « la polarisation continue du dialogue sur l’énergie dans les pays occidentaux », demandant que cesse « la diabolisation du pétrole et du gaz africains ». Et de demander « des solutions de marché libre pour l’Afrique, et non pas une poussée continue de l’aide pour que les Africains s’engagent à laisser leurs ressources dans le sol ». L’augmentation de l’aide n’est pas la solution ; l’investissement est essentiel, juge ce groupe de lobbyistes.

Si les nations riches doivent décarboner et que l’Afrique doit s’industrialiser, les pays africains doivent diversifier les réserves de capitaux disponibles et créer des instruments financiers en dehors des institutions traditionnelles. Ce, en faisant appel au capital-investissement et aux obligations non conventionnelles, afin de financer de nouvelles initiatives en matière d’exploration et d’énergie.

Selon « la déclaration de Paris », les pays africains doivent mettre en place des conditions réglementaires et fiscales attrayantes, « créant ainsi un environnement favorable et supprimant tous les obstacles à l’investissement ».

@AB

Écrit par
Paule Fax

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *