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Analyse et Opinion

Malado Kaba : Nous devons agir maintenant sur les notations de crédit

Comment les gouvernements africains peuvent-ils faire face à leurs lourdes dettes tout en levant des fonds sur le long terme pour développer l’économie ?

 

Par Malabo Kaba, économiste*

En mai, les ministres africains des finances, du développement économique et de la planification se sont réunis à Dakar à l’occasion de la 54e conférence des ministres de la Commission économique pour l’Afrique, sur le thème « Financer la relance de l’Afrique : innover ». En effet, il est urgent d’adopter de nouvelles approches pour relever les défis du financement du développement en Afrique.

Certains analystes craignent qu’un « grand fossé financier » ne soit l’un des principaux facteurs de divergence entre les économies développées et les économies en développement pendant la période de redressement après la pandémie de la Covid-19 et au-delà. Le déficit annuel de financement des objectifs de développement durable (ODD) pour les pays en développement a augmenté de 1,7 billion de dollars. Pour la seule Afrique, les dépenses annuelles liées aux ODD devraient augmenter de 154 milliards de dollars en raison de la pandémie.

Le climat économique mondial actuel, avec l’impact persistant de la pandémie et les répercussions de la guerre en Ukraine, ne facilite pas ce défi. Les gouvernements, et les ministres des finances en particulier, se trouvent aux prises avec les exigences diverses des pénuries de liquidités à court terme – avec des coûts d’emprunt élevés – ainsi qu’avec la nécessité de combler les importantes lacunes du financement des infrastructures pour atteindre les objectifs mondiaux.

J’ai souvent comparé mon ancien rôle de ministre de l’Économie et des finances au défi du tapis roulant, qui consiste à essayer de trouver son équilibre tout en ayant les pieds sur deux tapis roulants différents – l’un qui irait à un rythme effréné et l’autre à un rythme lent. Il faut constamment jongler pour créer et maintenir un espace fiscal adéquat afin que les gouvernements puissent faire face à leurs dettes et autres paiements lorsqu’ils arrivent à échéance, tout en mobilisant la combinaison appropriée de financements à long terme pour faire croître l’économie. Les ministres africains des finances doivent garder à l’esprit les quatre points suivants :

L’Afrique a besoin de ses propres organismes de crédit

Le continent africain a besoin d’un plus grand nombre de ses propres agences de notation de crédit. En outre, il a besoin d’agences qui prennent en compte le secteur informel.

Le financement est autant une question de chiffres qu’une question de perception du risque et de narration. Ces éléments sont en partie déterminés par les évaluations des agences de notation. Elles influencent la manière dans laquelle les pays africains peuvent lever des capitaux sur les marchés internationaux.

À ce jour, 31 pays se sont vu attribuer une cote de crédit souveraine, ce qui a eu un impact positif sur leur capacité à lever davantage de fonds sur les marchés internationaux pour des projets d’investissement et le développement des infrastructures. Selon la Banque africaine de développement, le nombre d’émissions d’obligations internationales par les pays africains a atteint environ 155 milliards de dollars au cours de la dernière décennie. Il s’agit là d’une bonne nouvelle.

Toutefois, le manque perçu de transparence, d’objectivité et la méthodologie opaque des agences internationales de notation du crédit appellent une nouvelle approche que les agences de notation locales peuvent fournir. En tant que ministre des finances, j’ai lancé les préparatifs d’une notation avec une agence régionale. Ce que je recherchais, c’était un interlocuteur indépendant qui comprendrait notre contexte spécifique et prendrait en considération le caractère informel de notre économie. Cela pouvait nous aider à avoir une meilleure appréciation de notre potentiel économique avec des notations améliorées.

Dans ce contexte, il est essentiel d’offrir un espace à davantage d’agences de notation africaines, car cela permet de diversifier les recommandations politiques afin de saisir pleinement les complexités de nos économies, tout en garantissant la qualité et les normes les plus élevées du processus d’évaluation.

Financer les bons projets

Accroître la capacité des pays africains à mobiliser davantage de ressources pour le développement signifie qu’il faut s’assurer que les fonds sont affectés à la production de biens et de services, ainsi qu’au développement d’infrastructures qui profitent à la majorité de la population.

Selon le FMI, le ratio moyen dette/PIB en Afrique est passé de 61,9 % avant la pandémie à 67,7 % en 2021. Ces chiffres sont très inquiétants. Cependant, ils ne tiennent parfois pas pleinement compte de la qualité des projets financés et de leur futur impact économique et financier. Cela signifie qu’il faut veiller à financer des projets productifs soigneusement sélectionnés, qui permettront la croissance économique et le remboursement des dettes à l’avenir.

En 2020, j’ai écrit qu’il était crucial d’obtenir un bon rapport qualité-prix grâce à une concurrence loyale lors de la sélection des entreprises qui participent à l’exécution des projets. Ce qui était vrai à l’époque l’est encore aujourd’hui. Les entreprises doivent avoir des capacités techniques et financières et être soumises à une diligence raisonnable approfondie.

Il s’agit également de s’assurer que nous obtenons un certain rendement en favorisant la sous-traitance lors de l’exécution des projets, générant ainsi de la croissance, la création d’emplois et la mobilisation des ressources nationales. Il s’agit également de travailler sur le transfert de technologie et de savoir-faire aux PME locales afin qu’elles deviennent, par la suite, des entreprises capables de mettre en œuvre des projets d’infrastructure plus importants.

Il est donc contre-productif de mobiliser des capitaux pour des projets sans s’assurer que les retours apporteront des bénéfices à grande échelle à la population. Je suis fermement convaincu que la qualité des projets et leur rentabilité sont importantes, en particulier dans le contexte des défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés.

L’Afrique a besoin de mécanismes de financement intelligents

Le continent africain a un rôle majeur à jouer lorsqu’il s’agit de relever les défis mondiaux, tels que le changement climatique et la transition vers des énergies plus vertes. Mais relever ces défis ne peut se faire au détriment de notre développement social et économique. Des mécanismes de financement adéquats doivent être mis en place pour développer les infrastructures d’énergie renouvelable à travers l’Afrique et pour sauvegarder notre planète et l’environnement de notre continent.

Nous avons donc besoin de mécanismes de financement intelligents et de différentes manières de comptabiliser la dette lorsque les pays décident de financer des projets d’énergie renouvelable – en déduisant le financement de l’énergie verte des estimations de la dette.

Les notations de crédit doivent également être fondées sur des considérations liées au changement climatique. Les agences doivent fournir un moyen d’inclure les questions relatives à la transition vers le zéro-énergie et aux énergies renouvelables dans leur méthodologie, leurs calculs de pondération et leurs évaluations. Cette évolution au sein des agences de notation de crédit est urgente et critique et pourrait rééquilibrer le déséquilibre du pouvoir de négociation entre prêteurs et emprunteurs.

Partager les bonnes pratiques

Enfin, le partage des bonnes pratiques et des leçons apprises entre les pays africains est un moyen sûr d’augmenter le pouvoir de négociation avec l’agence – en particulier lorsqu’il s’agit des conditions de la dette telles que la maturité, le montant, les taux d’intérêt et d’autres aspects techniques. En outre, les nations africaines pourraient exercer une plus grande influence aux niveaux régional et continental lorsqu’elles discutent du financement des infrastructures, notamment en liaison avec les impératifs de l’intégration économique.

L’Afrique est sur la bonne voie pour renforcer son action et apporter une contribution indispensable à l’architecture financière mondiale. Il faut aller plus loin pour placer notre continent au centre des solutions aux défis mondiaux auxquels la planète est confrontée.

*Article traduit de l’anglais par la rédaction, original sur le site African Business

@AB

Une réponse à “Malado Kaba : Nous devons agir maintenant sur les notations de crédit”

  1. Author Thumbnail PREVOST dit :

    Madame
    C’est un plaisir de vous lire, mais en matiere de credit, il faut simplement en revenir aux fondamentaux de la confiance, et ne pas inventer toujours de nouveaux mecanismes pour les ignorer: les Etats africains tiennent’ils parole? J’ai créé en 2000 une entreprise exceptionnelle au Cameroun, sur la base d’une concession de 35 ans renouvellable. L’entreprise n’a jamais cédé aux sollicitations constantes de corruption: On appliquait parfaitement le droit. Il nous a été fait 15 procès que nous avons gagnés 15 fois . Alors nous avons été expulsés en 2006. Nous nous sommes portés en arbitrage devant la Cour Internationale d’Arbitrage. Le Cameroun a fait durer, à tres grands frais, la procédure pendant 15 ans. Nous n’avons jamais perdu une sentence arbitrale. Nous en avons gagné 5 sur 5. Le Cameroun n’a pas payé sa provision pour arbitrage; pas payé son avocat; paye AUCUNE de ses condamnations arbitrales. Payé aucune de ses condamnations par les Cours d’appel qu’il saisissait pour gagner du temps et pour perdre immanquablement au vu du dossier.
    Il doit aujourd’hui 22 millions a la société Garoube, qu’il a détruite.
    Cet Etat ne respecte rien. Et vous voulez trouver des artifices pour améliorer ses notations?
    Mais elles sont déjà beaucoup trop laxistes et complaisantes.
    Elles ne disent pas que, jusqu’a ce que cet Etat respecte la morale des affaires et le droit, IL NE FAUT PAS Y INVESTIR.
    Jandreprevost@hotmail.fr

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