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African Business

Sonatel, solides résultats et grogne des abonnés

Si la hausse de l’activité est modeste au premier semestre 2020, les résultats d’exploitation progressent davantage, pour la filiale d’Orange. Laquelle doit faire face, aujourd’hui, à la fronde d’associations de consommateurs, au Sénégal.

Par Marie-Anne Lubin

Premier semestre en demi-teinte pour le groupe Sonatel (Société nationale des télécomunications du Sénégal), marqué par une hausse modeste de l’activité et un tassement du résultat net. Les résultats d’exploitation ont de quoi rassurer.

Au Sénégal, la filiale d’Orange doit faire face à la grogne des associations de consommateurs, qui lui reproche la hausse des prix des forfaits et des coûts des services comme les numéros spéciaux surtaxés.

Devant l’ajustement des prix, la société civile demande l’arbitrage de l’Autorité de régulation. À qui le président Macky Sall demande « de veiller davantage à la qualité du service délivré par les opérateurs aux usagers, ainsi qu’à la soutenabilité des tarifs appliqués aux consommateurs».

La société sénégalaise, qui comprend des filiales au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone, affiche une hausse de 0,7% de son chiffre d’affaires, à 587,3 milliards de F.CFA. Le CA avait atteint 583,3 milliards au premier semestre 2019, à périmètre comparable.

L’activité a été tirée par la Guinée et la Sierra Leone, tandis qu’elle a été affectée, en valeur, par la guerre des prix observée au Sénégal. Sans surprise, le chiffre d’affaires a été pénalisé par les ralentissements économiques consécutifs à l’épidémie de Covid-19, surtout au deuxième trimestre.

De leur côté, les activités Internet mobile et Orange Money (+8,0% et +20,1% de leurs performances opérationnelles) s’affirment. Le mobile représente désormais 23,6% de l’activité (contre 19,6% en 2019) et le portefeuille virtuel Orange Money 12,3% (contre 10,3%). En dépit de leur recul relatif, les activités cœur de métier de la Sonatel (voix, SMS, services surtaxés) gardent la part du lion (44,8% du chiffre d’affaires contre 48,5%).

De son côté, le résultat net s’inscrit en recul de 1,1% à 8,9 milliards de F.CFA. La filiale d’Orange invoque le poids des amortissements et la dégradation du résultat financier.

Il est vrai que les résultats opérationnels n’ont rien d’alarmant. Le résultat avant intérêts, impôts et taxes d’amortissement (Ebitda) ressort en hausse de 5,10% à 247 milliards de F.CFA. Ce sont donc bien les activités à fortes marges qui ont progressé le plus.

Maîtrise des coûts

Contexte sanitaire oblige, le premier semestre a été marqué par un tassement des investissements (-4,2%) qui demeurent néanmoins au niveau confortable de 90,8 milliards de F.CFA.

Ces investissements ont porté sur le déploiement mobile et les projets fibres. Au Sénégal, « les réalisations se concentrent sur le redesign des sites radio, le déploiement fibre, l’énergie (sécurisation et obsolescence), l’extension IP/MPLS, les projets Main one et BAFO », précise la communication financière du groupe. « Au Mali, elles ont porté également sur les swap et upgrade des sites ainsi que sur les liaisons Backbone et le FTTx. »

« Malgré l’intensification de la concurrence notamment au Sénégal et à Bissau, le groupe a su maintenir la croissance de ses revenus et une bonne maîtrise des coûts indirects traduisant ainsi une bonne performance opérationnelle », commente Sonatel.

La société entend poursuivre son programme d’investissements dans le but de préparer ses réseaux et plateformes de services à écouler encore plus de trafic et à améliorer la qualité de service. Elle souhaite aussi déployer de nouvelles offres et innovations pour accélérer sa transformation en opérateur multiservice.

Face à la crise sanitaire, Sonatel mettra en œuvre dans tous ses pays de présence des mesures d’optimisation sur les charges afin de pouvoir respecter les prévisions de résultat « malgré le risque de retard sur le chiffre d’affaires ». Au Sénégal, la filiale d’Orange revendique une part de marché de 55,8%, en hausse de 2,5 points sur la période.

Lors de la rédaction de cette communication financière, le 30 juillet, le groupe sait déjà qu’il devra répondre à la grogne de ses clients au Sénégal et, le cas échéant, s’adapter à de nouvelles conditions tarifaires. Des appels ont été lancés au boycott face aux tarifs des services téléphoniques ou des abonnements.

Internet et le téléphone ne sont pas un luxe

Aliou Sane, leader du mouvement « Y’en a marre », a convoqué la presse sénégalaise pour indiquer qu’il n’était plus un abonné Sonatel et qu’Orange « doit apprendre à respecter les Sénégalais ». Il a comparé les conditions imposées aux clients face aux bénéfices annuels du groupe. Son collectif appelle à un boycott de la marque, le 7 août.

Depuis le 22 juillet, le groupe Orange a augmenté les tarifs de ses forfaits mobile « Illimix » que ce soit à la journée, à la semaine ou au mois. Ainsi, le forfait mensuel passe de 4 à 5 heures de communications, mais pour un prix qui grimpe de 1 900 à 4 500 F.CFA.

L’opérateur Sonatel souligne que « les prix de l’Internet mobile ont baissé en moyenne de 70 % » en quatre ans, notamment grâce à des investissements pour développer le réseau ».

« Les forfaits téléphoniques sont maintenant souvent plus chers au Sénégal qu’en France, alors que les services sont plus restreints et notre pouvoir d’achat largement plus faible. C’est inacceptable, Internet et le téléphone ne doivent plus être un luxe », déclare, au quotidien Le Monde, Mansour Mboup. Il est l’un des coordinateurs du Rassemblement des  abonnés d’Orange, mouvement nouvellement constitué par des acteurs de la société civile.
Les associations de consommateurs demandent l’arbitrage de l’autorité de régulation, l’ARTP. D’ailleurs, lors du Conseil des ministres du 29 juillet, le président Macky Sall a demandé à l’ARTP « de veiller davantage à la qualité du service délivré par les opérateurs aux usagers, ainsi qu’à la soutenabilité des tarifs appliqués aux consommateurs ».

Les équipes de Sonatel, qui ont reçu des membres de la société civile, tentent de calmer la colère des usagers. L’opérateur souligne que « les prix de l’Internet mobile ont baissé en moyenne de 70 % » en quatre ans, notamment grâce à des investissements pour développer le réseau ». Des explications qui peinent à convaincre les associations qui maintiennent leur appel au boycott pour le 7 août.

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