Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

NTIC : Les satellites au service de l’innovation

Faire connaître l’envol de l’aérospatiale africaine, c’est en démontrer les bénéfices. Agriculture, foncier, sécurité et santé bénéficient du lancement de satellites africains, en attendant un élargissement aux acteurs de l’économie numérique.

Par Nicolas Bouchet

Passionné par le secteur aérospatial et auteur de L’Agence spatiale africaine, vecteur de développement  (L’Harmattan, 2015), Sékou Ouedraogo multiplie les initiatives pour faire connaître cette industrie et promouvoir ses acteurs.

L’ingénieur a organisé, le 2 novembre à Paris, une rencontre de l’AASO (Organisation aéronautique et spatiale africaine), qu’il préside. Cette organisation indépendante a été créée en 2015 à la suite de la parution de son livre, et se donne pour but de contribuer au développement durable du continent africain.

« Le Nigeria est engagé partout, dans la protection des données comme dans le développement scientifique et la recherche. C’est là où nous allons, car nous voulons le Nigeria numérique », explique Abimbola Alale.

L’événement a été l’occasion de remettre le prix de l’AASO à Abimbola Alale, directrice exécutive de l’agence nigériane Nigcomsat et représentante de ce secteur encore peu connu. En vingt ans d’expérience dans le secteur aérospatial, Abimbola Alale a été témoin du lancement des satellites de son pays.

Elle a exprimé ses espoirs que « les bénéfices de l’espace profitent au Nigeria et à l’Afrique et permettent de résoudre les problèmes que ces technologies peuvent traiter ». Pour cette remise de prix, des personnalités expertes sont venues présenter les perspectives de l’industrie française et européenne et le point de vue de secteurs africains bénéficiaires de ces technologies, comme la santé.

Un secteur en friche

Le professeur Mohammed Nasir Sambo, qui dirige le National Health Insurance Scheme, la Sécurité sociale nigériane, a rappelé le rôle crucial des technologies de la communication et de l’information (TIC) dans le déploiement de la couverture sociale d’un pays. Pour que celle-ci bénéficie à toute la population, il faudra compter, juge-t-il, sur l’apport de connexions à l’Internet par satellite équivalentes à la fibre terrestre.

De son côté, l’ancienne ministre française de la Santé, Agnès Buzyn, a fait le lien entre la recherche spatiale et la santé en rappelant les applications dérivées que sont la télémédecine, les robots et les sondes caméras, ou le traitement de certains cancers. « La numérisation de la médecine fournit sécurité, fiabilité et proximité aux populations. Le continent africain doit prendre avantage de l’histoire et des difficultés du développement de ces technologies dans les pays développés », a-t-elle ajouté en référence à l’idée de leapfrog sur le continent.

Ces propos témoignent du fait que le secteur est pour l’instant en friche au niveau continental et que seuls quelques pays mènent sa croissance. Plus de vingt ans après le lancement du sud-africain Sunsat en 1999, le continent dispose de 44 satellites, envoyés par treize pays. L’Union africaine, dans son Agenda 2063, s’est donné pour objectif le développement d’une industrie spatiale. Encore loin d’envisager des lanceurs, l’activité se concentre sur les communications satellitaires.

Le Nigeria, à l’honneur de cette journée, a mis en orbite son premier satellite, Nigcomsat-1, en 2007, à bord d’un lanceur chinois. Si cette expérience a tourné court avec la désactivation de ce satellite en 2008, elle a été suivie du succès de Nigcomsat-1R, lancé en 2011 et bien opérationnel. Ce « remplaçant amélioré » fournit en plus de télécommunications des informations par imagerie, utiles entre autres aux secteurs de la sécurité, de la santé et de l’agriculture.

Les ambitions du Burkina Faso

Autre leader du domaine, l’Afrique du Sud dispose d’une agence spatiale nationale, SANSA, qui dirige un programme d’observation terrestre avec l’aide de deux satellites lancés en 1999 et en 2009. Ils fournissent aux pays d’Afrique australe des données et des alertes sur les risques climatiques et les catastrophes naturelles.

De son côté, le Burkina Faso développe un premier nanosatellite dont les données topographiques serviront les secteurs agricoles et miniers.

Les potentialités du secteur sont fortes mais à défaut d’une vision stratégique d’ensemble, les usages des satellites reposent sur des visions sectorielles inspirées des besoins du continent. Outre la santé, l’agriculture et le foncier africains doivent bénéficier de l’imagerie satellitaire pour améliorer la prise en compte des phénomènes…

météorologiques pour l’une et soutenir les efforts de réglementation et la fiabilité des cadastres pour l’autre. Au Rwanda par exemple, le repérage cadastral par satellite et par drones a permis la production d’une nouvelle réglementation plus adaptée, a noté Benoît Chervalier, président de One2five Advisory.

Les télécommunications couvrent bien sûr le téléphone et l’accès à l’Internet avec la croissance des services Cloud mais ouvrent aussi la diffusion potentielle de chaînes télévisées en haute définition. Avec un rythme faible d’installation d’infrastructures telecom terrestres dans les zones reculées, le recours au satellite est, pour Abimbola Alale, un premier pas évident pour fournir de tels services à la plus grande part de la population.

@NB

ENCADRE

Trois questions à Abimbola Alale

Quel est l’état de l’industrie aérospatiale en Afrique, aujourd’hui ?

Elle est menée par quatre pays leaders qui sont le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Algérie et l’Égypte. D’autres pays commencent à montrer leur intérêt comme le Rwanda, l’Éthiopie et même le Ghana. Tous veulent jouer un rôle dans le secteur des microsatellites et les utiliser pour la recherche.

Il y a un grand intérêt venant d’Afrique pour l’emploi des technologies spatiales parce que certaines activités ne peuvent être faites que depuis l’espace. Tout le monde, globalement, doit se tourner vers l’espace et l’Afrique ne veut pas être à la traîne.

Comment l’écosystème autour de l’industrie aérospatiale est-il construit ?

L’écosystème que nous essayons de développer est une clé. Nous avons besoin que plusieurs acteurs nous rejoignent au Nigeria comme en Afrique. Nous avons besoin de plusieurs fabricants d’équipement dont la présence nous manque souvent. Nous devons toujours attendre et tout importer mais nous avons besoin qu’ils s’installent au Nigeria et y produisent tel ou tel composant.

Les chaînes de valeur et l’écosystème de l’aérospatiale ont besoin de croître et ne sont tout simplement pas assez développés. Nous attendons beaucoup de partenariats à la sortie de cette rencontre et que les équipementiers viennent au Nigeria et y localisent leurs activités. Un des objectifs que nous poursuivons est Digital Nigeria. Avoir cet écosystème pour les satellites au Nigeria nous ferait beaucoup avancer ! Cela pourrait assurer que les services par satellite deviennent meilleur marché.

L’écosystème que nous développons en Afrique en est encore à ses débuts. Quelques fournitures viennent d’Afrique du Sud mais nous avons besoin de bien plus.

Déjà, l’Agence nationale de développement des TIC, qui dépend du ministère fédéral de la Concurrence et de l’économie, dispose d’une politique numérique de protection des données. Le ministère tient beaucoup à ce que nous obtenions la confiance des populations et celle de ses partenaires.

Quelle est la place du Nigeria dans la bataille des compétences ?

Nous sommes engagés partout, dans la protection des données comme dans le développement scientifique et la recherche. C’est là où nous allons, car nous voulons le Nigeria numérique.

@NB

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts