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African Business

Nigeria : Espoirs après la réouverture des frontières

Le Nigeria a rouvert ses frontières, suscitant l’espoir pour ceux qui vivaient du commerce transfrontalier. Celui-ci ne rouvrira pourtant que partiellement, et sous conditions. En dépit des ravages de son protectionnisme brutal, le Nigeria ne veut plus de trafic illégal.

Par Kimberly Adams

C’est par le réseau social Twitter que la présidence du Nigeria a officialisé la réouverture des frontières, le 16 décembre 2020.

Les pays limitrophes s’y préparaient. À quelques jours de l’entrée progressive en vigueur de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine), le Nigeria a levé ses barrières terrestres avec le Cameroun, le Bénin et le Niger.

Dans ce dernier cas, cette décision se double d’un accord de coopération mutuelle, officialisé le 21 décembre. Afin d’empêcher la contrebande et les trafics illicites, le Nigeria avait brutalement fermé ses frontières, en août 2019.

La fermeture des frontières a été catastrophique pour le Nigeria. Certaines denrées comme le riz ont manqué, la pénurie entrainant une hausse des prix, donc un affaiblissement du pouvoir d’achat des populations.

Mettant en péril toute une population vivant des échanges commerciaux transfrontaliers. Y compris des Nigérians qui fournissaient – souvent illégalement – de l’essence aux Béninois. Surtout, cette décision a entraîné des pénuries, causes de hausse des prix.

C’est avec le Bénin que les échanges devraient reprendre le plus vite. Pour autant, tout n’est pas réglé, car le Nigeria maintient les mesures d’interdiction concernant certains produits, notamment le riz et les volailles. Cette réouverture partielle des frontières devrait permettre de contrôler un peu l’inflation, alors que la production agricole reste toujours faible au Nigeria.

De son côté, le Niger vient donc de signer avec son grand voisin un accord de coopération, visant à relancer les échanges commerciaux entre les deux pays. Conçu par une commission mixte, ce traité porte sur le secteur agricole, les mines, les transports, l’énergie, et l’environnement. En novembre, les deux pays avaient déjà amorcé un rapprochement en annonçant la reprise des échanges de pétrole.

En effet, des pourparlers avaient démarré en juillet pour reprendre la coopération pétrolière entre les deux pays. Lesquels ont convenu d’une modification des procédés de transport et du stockage des produits pétroliers.

Voilà qui est de nature à relancer la production de la société de raffinage de Zinder (Soraz). Située à près de 260 km de la frontière nigériane, cette usine a une capacité de raffinage de 20 000 barils par jour, soit près du double de la demande intérieure. L’excédent constitue donc un attrait pour le Nigeria, qui souffre régulièrement de pénurie en produits raffinés.

Des problèmes en partie résolus

Sur le volet transport, les deux pays conviennent de relancer leur projet de liaison ferroviaire. À terme, une voie ferrée devrait générer un trafic supplémentaire de plus de 30 millions de tonnes de marchandises. Progressivement, des liaisons par voies aériennes seront ouvertes entre les capitales Niamey et Abuja, ainsi que vers d’autres villes du Nigeria.

Le Niger et le Nigeria partagent plus de 1 400 kilomètres de frontière, le long de laquelle les échanges commerciaux étaient nourris, jusqu’à leur arrêt brutal, voici 16 mois. Le manque à gagner pour le Trésor nigérien serait de l’ordre de 40 milliards de F.CFA par trimestre.

Concernant le Bénin, le ministre nigérian de l’Industrie, Niyi Adebayo, avait affirmé en novembre que son pays « avait résolu une partie du problème, les agences de sécurité ayant identifié les passages aux frontières, en matière de contrebande ».

Après la confirmation d’une réouverture des frontières, cambistes, vendeurs, transporteurs, petits commerçants, chauffeurs de taxi, ont commencé à affluer à pied, à moto ou en voiture des deux côtés du poste frontière de Sèmè Kraké, relate l’AFP.

Le Bénin, qui a plutôt bien résisté à la période récente, attend des rapports commerciaux avec son grand voisin moins marqués du sceau de l’inégalité. Si le Niger a l’essence comme élément de poids, le Bénin a surtout d’utile le port de Cotonou.

Ces dernières années, d’importants volumes de poulets surgelés, riz, tissus, mais aussi des voitures, débarquaient au port de Cotonou, taxés au Bénin, avant d’être acheminés – souvent illégalement – vers le Nigeria. Hors de question, pour ce dernier, de revenir à cette situation, bien que le port de Lagos ne suffise pas à réceptionner le trafic de marchandises.

C’est ainsi que depuis août 2019, de nombreux Nigérians manquent de riz, tandis que le plan d’aide à la riziculture peine à satisfaire la demande. Résultat, les prix flambent : un sac de 50 kg coûte environ 22 000 nairas (environ 60 dollars) alors qu’il coûtait environ 9 000 nairas (24 dollars) en 2019. Cette inflation pénalise le pouvoir d’achat des ménages, avec les répercussions que l’on devine sur la consommation d’autres produits de base, y compris ceux fabriqués au Nigeria comme les vêtements.

Une leçon des effets du protectionnisme sur les produits de grande consommation. Selon le professeur John Igué, le Nigeria a vu son économie touchée drastiquement par la fermeture des frontières, ce qui s’est traduit par une relance de l’inflation.

Pour l’ancien ministre béninois de l’Industrie, les Nigérians qui font des affaires avec les pays voisins ont fait pression sur leur Président pour qu’il rouvre les frontières. « La fermeture est devenue une sorte d’échec pour Muhammadu Buhari, qui avait déjà fait la même chose par le passé ; il a été obligé d’en tenir compte ».

KA

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