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African Business

Moody’s juge stables les perspectives de la Côte d’Ivoire

L’agence de notation Moody’s avait prévenu qu’elle pourrait revoir en baisse son jugement sur la Côte d’Ivoire. Finalement, elle maintient son rating, face à l’attitude rassurante de l’État quant à une participation des créanciers privés au moratoire sur la dette.  

Par Paule Fax

Après un mois et demi d’examen de la situation économique de la Côte d’Ivoire, Moody’s Investors Service a confirmé son rating sur les dettes publiques à long terme à Ba3, avec une perspective stable. L’agence s’était inquiétée de la participation du pays à l’Initiative de moratoire sur la dette prise par les pays du G20 (DSSI), redoutant que les créanciers du secteur privé ne subissent des pertes. L’agence a examiné les déclarations des pays créanciers, et des pays endettés, sur les modalités d’application d’une telle mesure.

Moody’s n’exclut pas de relever son rating sur la Côte d’Ivoire, si, notamment, se poursuit « une croissance robuste et équilibrée qui conduit à de meilleurs fondamentaux du crédit, en particulier à des mesures budgétaires ». Charge au pays à maintenir son déficit budgétaire à un niveau soutenable.

L’examen de la révision à la baisse reflétait « la tension évidente » entre l’intention déclarée de la Côte d’Ivoire de ne pas demander un allégement des obligations de service de la dette auprès du secteur privé, et l’opinion clairement exprimée des principaux sponsors de la DSSI, en particulier le FMI et la Banque mondiale. Ces derniers considèrent que les créanciers privés devraient participer à la DSSI à des conditions comparables.

Plusieurs éléments suggèrent que la probabilité diminue quant à une large participation du secteur privé au moratoire. L’agence en veut pour preuve les déclarations apaisantes des négociateurs du moratoire sur la dette, notamment celles du gouvernement ivoirien. Lequel n’entend pas se soustraire à ses obligations de remboursement auprès du secteur privé, qui ne sont d’ailleurs pas interrompus aujourd’hui.

À ce jour, il n’y a pas eu de progrès substantiel pour clarifier où et comment les créanciers du secteur privé seraient invités à fournir un allégement du service de la dette. Le communiqué le plus récent, émanant des ministres des Finances et des gouverneurs des Banques centrales du G20, a été publié le 18 juillet.

Il a réitéré que ces sponsors « encouragent fortement les créanciers privés à participer à la DSSI à des conditions comparables ». Ce, précisaient-ils, « à la demande des pays éligibles ».

Voilà qui semble indiquer la volonté de l’emprunteur pour que cela se produise. Pourtant, les gouvernements participants, dont la Côte d’Ivoire, ont continué d’affirmer qu’ils ne souhaitaient pas s’engager avec les créanciers du secteur privé. Et les États ont continué de verser des intérêts et des coupons aux créanciers privés à leur échéance.

Croissance soutenue à moyen terme

Pour autant, « les risques qui ont motivé le lancement de l’examen de déclassement pour la Côte d’Ivoire n’ont pas disparu et les éclaircissements supplémentaires sont faibles ».

Cependant, les risques sont devenus plus spécifiques, et Moody’s considère que la mise à contribution du secteur privé dans la DSSI est prise en compte dans la notation Ba3. Moody’s prévient néanmoins que la situation pourra évoluer en cas de nouvelles annonces moins favorables aux créanciers privés.

Les perspectives « stables » tiennent également compte des autres facteurs, notamment les répercussions de la pandémie de coronavirus. À la hausse, une croissance soutenue de l’économie à moyen terme, grâce à de nouvelles progressions des exportations à plus forte valeur ajoutée.

En cas de succès, les revenus de la Côte d’Ivoire pourraient augmenter plus rapidement que prévu, améliorant ainsi la flexibilité budgétaire. À la baisse, prévient l’agence, une émergence de tensions politiques durables ou un retard plus long que prévu de la reprise économique pourrait nuire aux investissements. Surtout si le futur gouvernement augmentait les dépenses publiques sans amélioration proportionnelle des recettes.

Plus généralement, la Côte d’Ivoire est toujours dépendante des conditions climatiques : une grande partie de la population dépend de l’agriculture et le pays est l’un des principaux exportateurs de produits agricoles.

En conséquence, il est vulnérable aux changements climatiques, notamment aux sécheresses, à la déforestation et à la dégradation des terres. Un choc climatique ne serait pas sans conséquences. Par exemple, une baisse de 5% de la production de cacao réduirait la croissance de 0,8%. Moody’s a identifié la Côte d’Ivoire comme l’un des pays dont les profils de crédit sont les plus sensibles au changement climatique.

Sur le plan social, et en dépit des progrès, notamment dans l’accès aux infrastructures et aux services de base, les inégalités de revenus augmentent. Elles constituent un risque social non négligeable, que pourrait exacerber l’épidémie de Covid-19.

Désormais, Moody’s n’exclut pas de revoir en hausse son rating sur la Côte d’Ivoire, si, entre autres éléments, se poursuit « une croissance robuste et équilibrée qui conduit à de meilleurs fondamentaux du crédit, en particulier à des mesures budgétaires ». Charge au pays à maintenir son déficit budgétaire à un niveau soutenable.

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