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African Business

Mohamed H’Midouche : La stratégie de création de valeur du Maroc

Plus spécifiquement, comment le producteur de phosphate OCP, par exemple, ainsi que d’autres entreprises marocaines, structurent-elles leur stratégie africaine ?

OCP est l’une des entreprises qui met en œuvre la stratégie royale dénommée « Révolution verte » en Afrique. L’INRA marocain s’est déplacé avec OCP pour conduire des études de fertilité des sols et déterminer comment l’augmenter en Afrique subsaharienne. Le rendement ne dépasse guère 4 tonnes/hectare sans utiliser de fertilisants. Les produits de l’OCP permettent d’atteindre les 77t/ha.

Fort de cette expérience, le groupe a atteint une phase supérieure dans les investissements avec deux grands projets en réalisation au Nigeria et en Éthiopie, chacun évalué à 500 millions $ pour révolutionner l’agriculture. « Nourrir l’Afrique », comme le veut la BAD, est impossible si l’on n’est pas autonome. Je citerai aussi ce projet de gazoduc entre le Nigeria et le Maroc qui entre dans le cadre de ces priorités, avec l’objectif de connecter ce gaz aux réseaux électriques du continent.

Tout en menant ce travail d’expansion, le Maroc continue de renforcer sa modernisation et son écosystème dans d’autres domaines comme l’automobile et l’agriculture, les services… La pandémie qui dure depuis un an a-t-elle affecté cette stratégie ?

Je n’ai pas le sentiment d’un changement majeur à part, bien sûr, pour le transport aérien, le tourisme… cette crise nous a amenés à considérer davantage le secteur social et à donner une priorité absolue aux investissements dans la santé. Partout en Afrique, les budgets des États consacrés à l’éducation et à la santé ne dépassent guère 3% à 4% des budgets nationaux.

Il faut sauver la population, ce ne sont plus les routes ou les barrages qui sont prioritaires mais la vie des hommes et des femmes. Le Maroc s’est distingué des pays en engageant une production locale de masques et a dépassé certains pays en nombre de vaccinations. Le pays a aussi exprimé sa solidarité avec une trentaine de pays africains en leur donnant des médicaments, des masques et des respirateurs.

Après 36 ans à la BAD dont 16 à Abidjan et 20 dans ses bureaux extérieurs, que faites-vous aujourd’hui en tant que consultant ?

J’ai pris ma retraite de la BAD et je continue à travailler avec un engagement fort car mon ADN professionnel, c’est l’Afrique ! J’ai créé un bureau de conseil stratégique, Inter Africa Capital Group qui fournit de l’accompagnement et de la mobilisation de ressources pour des investisseurs africains et non africains intéressés par des opérations sur le continent. J’ai aussi des missions diplomatiques et académiques.

Ma devise est « servir et partager ». Nous avons accumulé un savoir et une expérience extraordinaires qu’il faut mettre au service des jeunes femmes et hommes en leur donnant un regard positif sur leur pays et leur continent pour qu’ils puissent apporter leur contribution à l’édification de ce grand continent qui nous est très cher.

SU et NB

ENCADRE

Le Maroc par ses investissements et ses échanges

En 2019, 58,7% des IDE (investissements directs à l’étranger) marocains, soit 6,8 milliards de dirhams, avaient l’Afrique pour destination. Le ministère marocain de l’Économie et des finances estime à 8,3% l’accroissement annuel moyen de ces IDE de 2009 à 2019, pour un plus haut de 8,8 milliards constaté en 2017.

Ces volumes placent le pays parmi les premiers investisseurs africains dans les pays de l’Uemoa et de la Cemac. Les secteurs les plus représentés par les IDE marocains étaient celui des banques (39,4%), des télécoms (21,1%) et enfin de l’industrie (13,5%). La Côte d’Ivoire, le Tchad et le Sénégal représentaient ensemble 56% des destinations de ces investissements.

Concernant les exportations, le ministère note dans sa revue officielle Al Maliya que « ces ventes sont caractérisées par une diversification des marchés de destination et des produits exportés » dont la plus grande part revient aux produits de l’industrie chimique (30,1%) suivis ceux de l’industrie agroalimentaire (25,2%).

L’industrie automobile représentait 4,1% la même année et la métallurgie 2,1%. Djibouti et le Sénégal sont les principales destinations des exportations marocaines.

En retour, les importations africaines du royaume en 2019 représentaient 77% du total. Elles ont principalement concerné le raffinage du pétrole et autres produits d’énergie pour 27,1% du total et les extractions de houille, de lignite et tourbe pour 22%. L’Égypte, l’Algérie et la Tunisie étaient en 2019 les principaux fournisseurs du royaume.

 

 

 

 

 

 

 

 

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