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African Business

Mohamed H’Midouche : La stratégie de création de valeur du Maroc

Ancien fonctionnaire de la BAD, aujourd’hui consultant, Mohamed H’Midouche revient sur la stratégie du Maroc et de ses entreprises, en Afrique. Elle s’inscrit dans une politique de création de valeur dont le continent pourrait s’inspirer, tant dans l’agriculture que dans l’industrie.

Par Sami Utique et Nicolas Bouchet

Quel est le principal mérite de la Banque africaine de développement pour le continent ?

Le capital de la BAD, ouvert depuis 1983 aux actionnaires étrangers, dépasse 200 milliards de dollars ! L’institution avait démarré en 1964 avec un capital de 250 millions $. C’est la plus grande réussite de l’Afrique, et nous sommes honorés du soutien de ses actionnaires régionaux.

Cette banque souffre de certaines inerties, voire de certaines difficultés dans son quotidien. A-t-on mené les réformes nécessaires pour améliorer son efficacité sur le terrain ?

Quand on met côte à côte des États africains et non africains et qu’on se voit imposer des priorités qui ne sont pas celles du développement endogène du continent, des débats voire des conflits d’idées ont forcément lieu. L’essentiel est que la Banque a avancé : en décembre 2019, les actionnaires se sont accordés sur l’augmentation de 125% de son capital.

La vocation de la BAD est l’intégration continentale, aujourd’hui la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) tombe à pic pour justifier cette raison d’être. Quels sont ses défis ?

L’efficacité de la ZLECAf dépendra du degré de préparation de chaque pays à y contribuer et à échanger. Un de nos grands défis est la transformation limitée de nos ressources naturelles. Il faut mettre l’accent sur l’industrialisation du continent africain et la transformation sur place.

Un des grands problèmes est de résoudre la question de la règle de l’origine des produits ; il faut une valeur ajoutée aux produits.

La crise sanitaire nous a amenés à considérer davantage le secteur social et à donner une priorité absolue aux investissements dans la santé. Partout en Afrique, les budgets des États consacrés à l’éducation et à la santé ne dépassent guère 3% à 4% des budgets nationaux.

Le secteur automobile au Maroc atteint un taux d’intégration de 70% aujourd’hui, ce qui rend ses produits éligibles à l’exportation en franchise de droits de douane sur le marché africain. Au lieu d’importer des pneus de Chine, d’Inde ou d’ailleurs, pour les monter sur des véhicules fabriqués ici, on peut transformer le latex ici, en Afrique.

Justement, le Maroc mène une « politique africaine ». Comment définir la stratégie d’un pays qui a su mener sa conversion culturelle ?

Elle n’est pas nouvelle. Le Maroc a des relations séculaires avec le continent africain. Ces relations historiques fondent la réalité de cette politique dans le présent. Le pays s’est absenté momentanément de l’OUA, mais est de retour dans cette grande famille en cohérence avec la vision de Mohammed VI, seul chef d’État du monde arabe à effectuer des dizaines de voyage sur tout le continent africain.

Le leadership royal est multidimensionnel et à 360°. Vous verrez le Maroc où que vous vous tourniez, au moyen de ses institutions publiques comme privées. Les banques marocaines ont bien été pionnières mais de nombreux entrepreneurs le sont aussi qui s’orientent de plus en plus vers le continent africain.

Expliquez-nous le dessous des cartes ou les secrets de cette démarche…

Il faut commencer par la connectivité et la mobilité permises par le réseau extraordinaire de Royal Air Maroc qui dessert 38 pays africains, ce qui permet de les désenclaver et de les connecter au monde. Les banques et assurances ont investi et ont racheté des banques étrangères, notamment françaises, qui se désengagent du continent africain. Vous connaissez l’histoire de la relation entre la France et l’Afrique, très forte et ancienne. On assiste à un retrait des institutions françaises, or la nature a horreur du vide !

Les Marocains ont trouvé là un terreau propice à la croissance de leurs entreprises et ont racheté des institutions établies avec des licences au lieu de demander des autorisations aux Banques centrales pour avoir l’autorisation d’opérer. Elles ont racheté des entreprises ou des banques existantes et ont planté le drapeau marocain un peu partout.

Dans le cas du logement social, de nombreux opérateurs marocains sont sur le terrain. N’oublions pas aussi que les entreprises marocaines et bureaux d’études français participent à la réalisation de projets sur le terrain financés par la BAD, l’Europe, la Banque mondiale, la Banque islamique de développement, la Banque arabe pour le développement économique. C’est une stratégie complète.

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