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African Business

Matières premières : une reprise encore fragile

Selon la Banque mondiale, les prix des produits de base, qui ont poursuivi leur redressement au premier trimestre, devraient demeurer proches de leurs niveaux actuels, d’ici fin de l’année. Un contexte un peu plus porteur, donc, pour les pays en développement.

Par Laurent Soucaille 

Attention, préviennent les auteurs du rapport Commodity Markets Outlook. Toute prévision effectuée aujourd’hui est fortement tributaire des progrès de la lutte contre la pandémie de Covid-19 et des mesures de soutien mises en œuvre dans les économies avancées. Elles dépendent aussi des décisions de production prises par les principaux producteurs de matières premières.

Pour autant, les prix de l’énergie devraient atteindre cette année des niveaux globalement supérieurs de plus d’un tiers à ceux de 2020, avec un baril de pétrole s’établissant en moyenne à 56 dollars. Voilà de quoi permettre le redressement d’économies dépendantes du pétrole comme celle de l’Algérie ou du Tchad.

Pour les pays producteurs de métaux, les revenus exceptionnels tirés de prix élevés ont tendance à être de courte durée. Ils doivent donc être mis de côté en prévision des effets préjudiciables et plus durables d’un effondrement des prix, qui justifieraient l’introduction de mesures de soutien.

Les cours des métaux devraient, au cours de l’année, augmenter de 30 % et les prix agricoles de près de 14 %. Les prix de la quasi-totalité des produits de base sont désormais supérieurs aux niveaux précédant la crise, sous l’effet de la reprise de l’activité économique et, dans certains cas, de facteurs liés à l’offre, en particulier en ce qui concerne le pétrole, le cuivre et certains produits alimentaires.

« La croissance mondiale est plus vigoureuse que prévu jusqu’ici et les campagnes de vaccination sont en cours, et ces tendances dopent les prix des produits de base. Toutefois, la durabilité de la reprise est très incertaine », précise Ayhan Kose, directeur de Perspectives. Qui considère que les économies émergentes et en développement, qu’elles soient exportatrices ou importatrices de matières premières, « doivent améliorer leur capacité de résistance à court terme et se préparer à l’éventualité d’un ralentissement de la croissance. »

Après avoir atteint des planchers records pendant la pandémie, les cours du pétrole brut ont rebondi, à la faveur d’une reprise économique mondiale rapide et de la poursuite des réductions de production. La demande devrait se raffermir au cours de l’année 2021, avec l’arrivée massive de vaccins, notamment dans les économies avancées, l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie et la continuation de la reprise mondiale. Le baril devrait atteindre 60 dollars en moyenne en 2022. Toutefois, si l’endiguement de la pandémie faiblit, une nouvelle détérioration de la demande pourrait exercer des pressions sur les prix.

La Mauritanie soulagée

À mesure que la croissance induite par les mesures de relance se tassera en 2022, les prix des métaux devraient céder une partie des gains enregistrés cette année. Un abandon plus rapide de ces mesures dans certaines grandes économies émergentes pourrait tirer les prix à la baisse. En revanche, un vaste programme de modernisation des infrastructures aux États-Unis pourrait soutenir les cours des métaux, notamment l’aluminium, le cuivre et le minerai de fer.

L’intensification de la transition énergétique mondiale vers la décarbonation pourrait elle aussi accroître la demande de métaux. Voilà qui offre de meilleures perspectives à la Mauritanie, par exemple.

Du côté des matières premières agricoles, leurs prix ont bénéficié, ces derniers mois, d’un déséquilibre entre une insuffisance de l’offre en Amérique du Sud et la forte demande de la Chine. Cette tendance haussière ne devrait pas se poursuivre durablement, car l’offre s’adapte à la demande mondiale, juge le rapport, qui s’attend à une stabilisation des prix en 2022.

À noter que du côté des fertilisants comme le phosphate – dont le leader mondial est le groupe marocain OCP –, la BM constate une hausse de 34% de son indice des prix au premier trimestre. Les gains ont été soutenus par une forte demande de principales régions de culture grâce à des revenus agricoles sains et les programmes de soutien du gouvernement.

La demande chinoise d’aliments pour le bétail a augmenté. Du côté de l’offre, les droits compensateurs imposés par les États-Unis États sur les importations d’engrais du Maroc et la Russie ont perturbé les importations et les flux commerciaux. Les prix devraient demeurer élevés, jusqu’à de nouveaux approvisionnements venus du Maroc et d’Arabie saoudite. Les prix devraient être 44% plus élevés en 2021 et diminuer de 6% en 2022.

D’indispensables mesures de soutien

Les métaux, en particulier le cuivre et l’aluminium, constituent une source majeure de revenus d’exportation pour 35 % des économies émergentes et en développement, ce qui a des répercussions importantes sur la croissance économique, la stabilité macroéconomique et, partant, la réduction de la pauvreté. Les revenus exceptionnels tirés de prix élevés, qui ont tendance à être de courte durée, doivent donc être mis de côté en prévision des effets préjudiciables et plus durables d’un effondrement des prix, qui justifieraient l’introduction de mesures de soutien.

« Les chocs sur les prix des métaux sont principalement dus à des facteurs exogènes liés à la demande, tels qu’une conjoncture mondiale de récession ou de reprise, affirme John Baffes, économiste senior à la Banque mondiale. Pendant une récession, les exportateurs peuvent être touchés à la fois par le ralentissement général et par l’effondrement des prix. Les responsables publics doivent anticiper le fait que les pertes de production de richesse associées à une baisse des prix sont supérieures aux gains induits par une hausse. »

LS

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