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Maroc : Les conditions d’une forte croissance

Maroc : Les conditions d’une forte croissance
  • Publishedjanvier 15, 2022

La Banque mondiale salue la réponse du Maroc à la crise sanitaire, mais prévient de turbulences à court terme. L’institution juge ambitieux, mais pas irréalistes les objectifs de croissance du pays à horizon 2035, suggérant des voies d’amélioration.

Par Laurent Soucaille

Après un choc récessif sans précédent en 2020, le Maroc entre dans une phase de normalisation, souligne un rapport de la Banque mondiale (BM). La période est marquée par le ralentissement de la pandémie, la reprise du secteur agricole et la relance de la demande extérieure.

Le rapport, rendu public le 14 janvier 2021, intitulé « De la reprise à l’accélération », salue le ralentissement de l’épidémie de la Covid-19, durant l’automne et le début de l’hiver 2021. Voilà qui reflète l’« efficacité de la stratégie sanitaire et de la campagne de vaccination du Royaume ».

La productivité, l´emploi et le capital humain devraient être les pierres angulaires de la stratégie de développement du Maroc si le pays veut doubler son PIB par habitant d’ici 2035. Cette stratégie devrait s’appuyer sur les avantages comparatifs du pays et répondre à ses faiblesses structurelles, juge la Banque mondiale.

Dans ce contexte plus favorable, la croissance a atteint 5,3% en 2021, selon les dernières estimations. Le rebond s’explique par une performance exceptionnelle de l’agriculture grâce à d’abondantes précipitations après deux années successives de sécheresse extrême, le dynamisme de certaines exportations et les transferts de la diaspora. Toutefois, gare à l’excès d’optimisme : l’année 2020 avait été exceptionnellement mauvaise, tandis que les performances de 2021 dans l’agriculture ne se renouvelleront pas.

Aussi, la relance économique reste-t-elle « fragile et hétérogène, comme celle du marché du travail ». D’un côté, la reprise de la consommation des ménages dépasse nettement celle de l’investissement ; d’un autre côté, l’activité reste encore faible dans le secteur des services, notamment au niveau de l’activité touristique.

Il a fallu attendre le troisième trimestre 2021 pour constater une forte baisse du chômage dans les zones urbaines, tandis que le choc pandémique a davantage affecté les femmes, entraînant une chute marquée de leur participation au marché du travail. La pauvreté a augmenté en 2020, mais les programmes publics de transferts monétaires ont modéré l’impact de la crise.

Selon la BM, le Maroc retrouvera progressivement, en 2022, son niveau d’activité économique et d’emploi pré-pandémie. Rien d’alarmant, toutefois, pour les comptes publics : « À mesure que la crise s’estompe, le déficit budgétaire se résorbe. »

Incertitudes à court terme

Il est vrai que le Maroc avait un atout : le déficit était plus modéré que chez des pays comparables, au début de la crise, ce qui lui a permis d’augmenter ses dépenses pour y répondre. En 2021, une reprise marquée des recettes a permis au gouvernement de commencer à réduire le déficit budgétaire.

Sur le plan commercial, la reprise des exportations est flagrante, mais demeure inférieure à la hausse des importations et des revenus du tourisme. Dans ce contexte, les déficits commerciaux et du compte courant se creusent à nouveau, mais rien d’alarmant, là non plus : le niveau confortable de réserves de change démontre l’absence de pression sur la balance des paiements.

Sur le plan financier, le secteur montre des signes de normalisation, mais des vulnérabilités persistent, comme en témoigne la fébrilité actuelle du secteur bancaire, constate la BM. La reprise de l´intermédiation financière reste timide car, malgré le rebond du crédit à la consommation, le crédit à l’équipement continue de baisser. Malgré les mesures de soutien, la part des créances en souffrance reste élevée, « et une gestion efficace des vulnérabilités macro-financières sera essentielle pour soutenir une relance durable ».

Un besoin fort et transversal de réformes

Avec le retour de la production agricole à un niveau moyen, la croissance du PIB devrait ralentir à 3,2 % en 2022. Le rapport prévient d’une « incertitude considérable », le choc de la Covid-19 ayant laissé des séquelles sur le secteur privé marocain, et les risques pour l’économie mondiale s’intensifiant, notamment au regard de la circulation de nouveaux variants de la Covid-19.

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Élan brisé pour l’économie mondiale

Dans une optique de moyen terme, la BM considère que pour s’engager sur une trajectoire de croissance compatible avec les ambitions du Nouveau modèle de développement (NMD), le Maroc devra respecter un agenda de réformes « fort et transversal ».

Le NMD fixe des « objectifs ambitieux », nécessitant un fort rebond de la croissance économique ; 6,8% par an en moyenne après 2022, calcule la BM, qui prévoit une croissance de 3,5% en 2023. Or, préviennent les économistes, les épisodes de croissance accélérée comme ceux envisagés par le NMD sont rares.

Pour y parvenir, le Maroc devra surmonter sa dépendance excessive à l’accumulation du capital comme principale source de croissance. En effet, le Royaume a longtemps compté, avec succès, sur l’investissement comme source de croissance, attirant les capitaux ; l’investissement a été bien supérieur à celui des économies comparables. Il est temps que d’autres facteurs prennent le relais.

Pour doubler son PIB par habitant d’ici 2035, le Royaume devra augmenter considérablement les contributions de la productivité, du travail et de la formation de capital humain à la croissance économique. Cela ne sera possible que si le NMD se traduit par des réformes structurelles soutenues et à multiples facettes. Le rapport pointe des « lacunes » dans les domaines du capital humain, dans la performance du marché du travail et dans l’adoption des technologies de l’information et de la communication.

Il pointe aussi des « lacunes » exprimées par les indicateurs de gouvernance et de l’environnement des affaires, notamment en matière de qualité de la réglementation, d’accès au crédit et de règlement des insolvabilités. Terme « lacunes » que l’optimiste pourra traduire en « opportunités »…

D’ailleurs, concluent les économistes, le NMD identifie des mesures et réformes prometteuses pour soutenir les secteurs susceptibles d’exercer une traction suffisante sur le reste de l’économie, tels qu’une industrie manufacturière à faible émission de carbone, ou un secteur financier dynamique. Tandis que des progrès en matière de capital humain pourraient même permettre au pays de dépasser ses objectifs.

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Par Laurent Soucaille

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