Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Maroc : La stratégie industrielle sert sa croissance

Certes, les analystes de Standard & Poor’s ont dégradé leur notation du Maroc. Pour autant, leurs commentaires ne témoignent pas d’un excès de pessimisme. Si l’assainissement budgétaire est ralenti, les fondamentaux économiques restent solides.

Par Aude Darc

À son tour, Standard & Poor’s a revu en baisse ses notations relatives à la dette du Maroc, de « BBB- » à « BB+ ». La dette souveraine perd son statut de « Investment grade », entrant dans la catégorie des investissements risqués.

L’agence américaine justifie sa décision par le fort recul de l’économie marocaine en 2020 (-6,7%), mais ses commentaires témoignent des capacités du pays à rebondir, en dépit d’un assainissement budgétaire plus lent qu’anticipé. En effet, la dette publique devrait continuer d’augmenter pour atteindre 72% du PIB en 2024.

L’augmentation des garanties de l’État, indispensables face au choc sanitaire, a entraîné une augmentation significative des engagements conditionnels qui pourrait exacerber davantage la pression budgétaire.

Toutefois, « une reprise économique, parallèlement à de nouvelles réformes structurelles économiques et budgétaires, contribuera à contrebalancer les pressions budgétaires », estime S&P qui justifie ainsi son avis de « stable » concernant sa perception financière du pays.

Selon les analystes, « la refonte en cours par le gouvernement des entreprises publiques est positive, car elle entend améliorer la situation financière des entreprises publiques et réduire les risques éventuels pour les finances publiques ».

Il faudra néanmoins vérifier, ces prochains mois, que les créances douteuses ne gonflent pas, dans le bilan du pays, et que de nouveaux besoins de financement n’apparaissent pas. À l’inverse, l’agence n’écarte pas un scénario favorable d’un assainissement budgétaire accéléré, renforcé par une meilleure compétitivité extérieure.

L’économie marocaine devrait rebondir de 5,0% cette année et retrouver son niveau de 2019 en 2022. L’expansion économique sera soutenue par les mesures de soutien budgétaire du gouvernement, qui met en œuvre un plan de relance économique évalué à 11% du PIB.

La stratégie de grappes industrielles

Après une année 2020 durant laquelle le Maroc a subi, outre la crise sanitaire, les effets d’une forte sécheresse, la production non agricole continuera de croître comme avant la crise de la Covid-19. Le pays continue d’attirer les investissements étrangers, attendus en hausse cette année, et garde un fort potentiel industriel, sous réserve d’une reprise de la demande mondiale.

En termes structurels, le pays a construit des grappes industrielles « qui seront probablement le moteur de l’économie tout au long de cette décennie ». Par exemple, le nombre de véhicules produits au Maroc, multiplié par 2,5 depuis 2014, surpasse les exportations de valeur liées aux phosphates et à leurs dérivés.

Cette tendance devrait se poursuivre. Par exemple, les dirigeants de Stellantis (Peugeot-Fiat) attendent un quasi quadruplement de la production au cours des prochaines années, tandis que l’intégration des pièces domestiques devrait atteindre 80%, contre 60% actuellement.

L’année 2020 a été marquée par une hausse du chômage, et des dépenses sociales. Le gouvernement s’attaque, via la décentralisation, à réduire les disparités de revenus. Sans nul doute, ces besoins sociaux persisteront, retardant la réduction du déficit budgétaire.

Néanmoins, étant donné que les efforts du gouvernement visent à améliorer les résultats de l’éducation et du marché du travail, « ces politiques pourraient renforcer le potentiel de croissance du pays à moyen et long terme ». De plus, une participation plus élevée des femmes au marché du travail (à 17,8% au troisième trimestre 2020) pourrait également contribuer à accroître le potentiel de croissance économique du pays.

Pour 2021-2024, le gouvernement vise un assainissement budgétaire progressif, basé sur une augmentation des recettes (d’environ 1,0% du PIB) et une réduction de la masse salariale publique, de 12,2% du PIB en 2020 à 10,8% de PIB en 2024. Aussi, le déficit des administrations publiques, reparti à 7,7% du PIB en 2020, pourrait-il retomber à 4,6% en 2024, calcule S&P. Qui prévient : « la persistance des revendications sociales pourrait entraver structurellement la réduction rapide du déficit budgétaire. »

Des ratios prudentiels respectés par les banques

Revenant sur le bilan de l’État marocain, S&P estime le stock total de garanties en 2021 à environ 19% du PIB, dont 11% sont liés à la dette extérieure garantie par l’État des grandes entreprises publiques. Au Maroc, les garanties au secteur privé – prises par de nombreux pays –, parallèlement à la mise en œuvre du plan de relance annoncé en août 2020, a conduit à une augmentation substantielle des passifs éventuels.

Le gouvernement a provisionné 5 milliards de dirhams pour y faire face et a adopté d’autres mesures pour contenir les risques associés. Selon les analystes, « la refonte en cours par le gouvernement des entreprises publiques est positive, car elle entend améliorer la situation financière des entreprises publiques et réduire les risques éventuels pour les finances publiques ».

Évoquant la politique de soutien monétaire de la Bank Al-Maghrib (BAM) qui a réduit le taux directeur à 1,5%, S&P considère que la capitalisation modérée du secteur bancaire « est peu susceptible de mettre en péril l’économie dans son ensemble, étant donné le respect des ratios de fonds propres réglementaires ».

Bien que les prêts improductifs constituent « une part relativement élevée du total, à environ 8,3% à la fin de 2020, « ils semblent suffisamment provisionnés. » Néanmoins, le secteur bancaire reste vulnérable aux risques de concentration du crédit. L’expansion des banques en Afrique subsaharienne a jusqu’à présent été très rentable, mais elle ouvre de nouveaux canaux de transmission des risques au système bancaire du Maroc.

AD

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts