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African Business

Les velléités d’interdire TikTok gagnent l’Afrique

Les velléités d’interdire TikTok gagnent l’Afrique
  • Publiémars 18, 2024

Après le blocage américain, TikTok a déjà été fermé au Sénégal et en Somalie, et des appels ont été lancés au Kenya, en Égypte et en Ouganda pour bloquer le réseau social.

 

La Chambre des représentants des États-Unis vient d’adopter un projet de loi obligeant ByteDance, le propriétaire chinois de TikTok, à vendre la plateforme de médias sociaux sous peine d’interdiction aux États-Unis, ce qui, selon les experts, pourrait inciter les dirigeants africains à imposer des restrictions similaires à la plateforme à la croissance la plus rapide du continent.

Les législateurs de Washington ont pris des mesures à l’encontre de ByteDance à la suite d’allégations selon lesquelles l’entreprise basée en Chine recueille des données sensibles sur les utilisateurs et censure des contenus jugés inacceptables par le parti communiste chinois, allégations que l’entreprise a toujours démenties.

« L’économie numérique en Afrique est en pleine croissance, avec de jeunes entrepreneurs et créateurs de contenu qui tirent parti de plateformes comme TikTok pour l’essor de leur entreprise et l’innovation. »

Le projet de loi, qui doit encore être approuvé par le Sénat américain avant d’entrer en vigueur, interdirait aux magasins d’applications d’héberger TikTok à moins qu’il ne soit vendu à une société non basée en Chine.

Bien qu’il ne soit pas encore certain que le projet de loi soit adopté par le Sénat, cette décision pourrait avoir d’importantes répercussions sur les activités de l’entreprise en Afrique, où elle est tout aussi controversée – bien que pour des raisons différentes – quoiqu’elle soit devenue la deuxième plateforme la plus utilisée sur le continent après Facebook.

TikTok a fait l’objet de vives critiques au Kenya, par exemple, où une pétition a demandé son interdiction au motif que le contenu inapproprié de l’application « érodait » les valeurs culturelles et religieuses du pays. Bien que l’entreprise ait réussi à éviter une interdiction pure et simple, TikTok a été contraint d’adopter des mesures plus strictes pour supprimer les contenus offensants de la plateforme.

La plateforme a toutefois été complètement bloquée au Sénégal et en Somalie, tandis que l’Égypte et l’Ouganda ont lancé des appels pressants pour qu’ils fassent de même.

 

Les craintes pour la liberté d’expression

La méfiance des gouvernements africains à l’égard de TikTok n’a toutefois pas les mêmes racines que celle de l’administration américaine. Alors que les responsables politiques américains craignent généralement les implications pour la sécurité nationale de la propriété chinoise de TikTok et la possibilité pour la Chine d’accéder aux données des utilisateurs américains, le scepticisme des gouvernements africains, dont beaucoup entretiennent des relations chaleureuses avec la Chine, est largement motivé par la nature incontrôlée de la plateforme et de son contenu.

Les défenseurs de l’application affirment que TikTok est victime de décisions motivées par des considérations politiques et que, notamment dans le cas du Sénégal et de la Somalie, les restrictions imposées à ses activités sont une tentative à peine voilée de réprimer la liberté d’expression.

Rotimi Ogunyemi, avocat spécialisé dans les technologies et basé à Lagos, affirme également qu’ « aux États-Unis, les actions contre TikTok sont souvent justifiées par des raisons de sécurité nationale, dans un cadre juridique qui protège fortement la liberté d’expression ».

En revanche, poursuit-il, « certains gouvernements africains ont cherché à interdire ou à réglementer les plateformes numériques à des fins de contrôle politique ou pour réprimer la dissidence ; cela soulève de sérieuses inquiétudes quant aux droits numériques et à la liberté d’expression ».

Mugambi Laibuta, avocat à la Haute Cour du Kenya et expert en droit numérique, explique à African Business que la décision américaine pourrait légitimer les efforts visant à restreindre l’utilisation des médias sociaux en Afrique.

« Dans certains pays d’Afrique, l’utilisation des médias sociaux est de fait interdite. Il existe des délits tels que la diffamation numérique et l’utilisation abusive des systèmes informatiques, qui sont utilisés contre les créateurs de contenu. C’est souvent le cas en Tanzanie, alors que Facebook est interdit en Ouganda, par exemple. »

 

Un risque économique

Dès lors, « cette décision des États-Unis pourrait enhardir les pays africains qui envisagent des interdictions similaires, en leur donnant un point de référence précieux qu’ils pourront citer lorsqu’ils tenteront d’interdire TikTok ou d’autres plateformes de médias sociaux, généralement à des fins politiques », ajoute Mugambi Laibuta.

L’avocat Rotimi Ogunyemi redoute également les répercussions économiques négatives des interdictions, copte tenu du taux de croissance rapide des plateformes numériques.

« L’économie numérique en Afrique est en pleine croissance, avec de jeunes entrepreneurs et créateurs de contenu qui tirent parti de plateformes comme TikTok pour l’essor de leur entreprise et l’innovation. Toute mesure visant à interdire ces plateformes doit tenir compte des implications économiques et du risque d’étouffer l’innovation à l’origine de développements durables sur le continent », prévient-il. Dès lors, l’« interdiction pure et simple n’est sans doute pas l’approche la plus efficace ou la plus souhaitable ».

@AB

Écrit par
Harry Clynch

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