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African Business

Les mines peuvent-elles être durables ?

Alors que les actionnaires et les bailleurs font pression sur les compagnies minières pour qu’elles rendent leurs opérations plus durables, on peut s’interroger : peut-on réformer l’industrie extractive africaine ?

 

 Par Neil Ford

La pression s’accentue sur l’industrie minière afin qu’elle adopte des pratiques plus responsables sur le plan environnemental et social. Les actionnaires et les prêteurs exigent une réduction des émissions de gaz à effet de serre et la réduction de la pollution, ainsi que l’amélioration du bien-être des travailleurs et des communautés. Et l’industrie d’adopter des pratiques plus responsables afin d’augmenter la productivité tout en évitant toute publicité négative…

Ne pas adopter des méthodes plus durables comporte des risques. Le rapport Mining Sustainability in South Africa produit par FTI Consulting, en 2020, a mis en évidence trois risques principaux pour le secteur minier du pays : l’électricité, l’eau et la corruption.

De par sa nature, l’industrie minière est très invasive. Elle nécessite d’énormes quantités d’énergie et le déplacement de grandes quantités de roches et de terre, générant une grande quantité de pollution locale lors du processus d’extraction et pendant le transport.

Historiquement, l’industrie minière a toujours été à l’origine d’un grand nombre d’accidents du travail et de décès. Il serait donc facile de condamner l’ensemble du secteur comme une relique de l’ère industrielle, non viable sur le plan environnemental et social. En effet, les producteurs de charbon ont déjà commencé à réduire l’activité sur certains marchés, et la production baissera de manière plus significative à l’avenir.

Certaines entreprises ont également cessé d’utiliser de vrais diamants au profit de pierres synthétiques. Bien sûr, l’exploitation du minerai de fer et de la bauxite se poursuivra pendant de nombreuses décennies encore pour soutenir la production d’acier, tandis que le manganèse, le cobalt et le cuivre sont utilisés dans de nombreuses nouvelles technologies.

Il est donc essentiel que des méthodes d’exploitation minière plus durables soient identifiées et largement utilisées. La durabilité à long terme implique de maximiser la santé et la sécurité des travailleurs et de minimiser l’impact environnemental des mines, tout en veillant à ce que les communautés partagent les bénéfices des opérations minières et évitent la dégradation de l’environnement.

Elle implique l’éradication des pratiques corrompues dans l’industrie, dans les achats, dans l’emploi et dans l’octroi de licences. L’exploitation minière durable exige également un plan réaliste qui prévoit un financement adéquat pour la restauration après la fermeture des mines. Sachant que les pratiques durables peuvent prolonger la longévité des opérations minières, avec des avantages commerciaux évidents.

 

Des coûts environnementaux

Les pressions s’exercent pour que les émissions nettes de carbone soient nulles dans les opérations minières directes et tout au long de la chaîne de valeur.

L’exploitation minière est actuellement responsable de 4% à 7 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Pourtant, les sociétés minières fixent généralement des objectifs de réduction faibles, à court terme. Elles se concentrent sur l’intensité des émissions plutôt que sur les chiffres absolus, explique un rapport sur le risque climatique et la décarbonisation de McKinsey.  

« Les mines peuvent théoriquement se décarboniser entièrement (hors méthane fugitif) grâce à l’efficacité opérationnelle, l’électrification et l’utilisation d’énergies renouvelables. Des investissements en capital sont nécessaires pour réaliser la majeure partie du potentiel de décarbonisation, mais certaines mesures, telles que l’adoption des énergies renouvelables, l’électrification et l’efficacité opérationnelle, sont aujourd’hui économiques pour de nombreuses mines », précise ce rapport.

Cette transition impliquera des modèles économiques entièrement nouveaux. Le charbon, qui représente actuellement environ 50 % du marché minier mondial, sera soumis à une pression croissante. Mais la bauxite, le cuivre et le minerai de fer connaîtront une croissance grâce aux nouvelles technologies de décarbonisation, tout comme les minéraux utilisés dans les technologies vertes.

« Les produits de base de niche ne seront probablement pas en mesure de remplacer les revenus du charbon, mais un portefeuille rééquilibré nécessiterait de l’agilité – des informations sophistiquées sur le marché et des actifs flexibles – qui pourrait devenir un avantage concurrentiel en permettant de répondre aux changements de la demande de minéraux », indique McKinsey.

Ce changement implique l’adoption de l’énergie renouvelable dans les mines et l’amélioration de leur efficacité opérationnelle.

 

Éviter l’écoblanchiment

Le potentiel de décarbonisation des mines varie selon le produit de base, le type de mine, la source d’énergie et les émissions du réseau, entre autres facteurs. Par exemple, les mines non charbonnières pourraient se décarboniser complètement en utilisant plusieurs leviers. Certains sont plus économiques que d’autres : l’efficacité opérationnelle, par exemple, peut apporter des améliorations progressives à l’intensité énergétique de la production minière tout en nécessitant peu de dépenses d’investissement.

« Passer à des sources d’électricité renouvelables est de plus en plus réalisable, même dans les environnements hors réseau, car le coût des batteries devrait baisser de 50 % de 2017 à 2030 », calcule McKinsey.

Si le potentiel d’adoption de nouveaux modèles commerciaux est évident, il est trop facile de considérer les déclarations et les plans d’exploitation minière durable comme des préoccupations marginales plutôt que comme des considérations centrales intégrées à l’ensemble des activités de la mine.

Les entreprises « écologistes » peuvent se vanter de leurs efforts sans pour autant procéder à des changements substantiels. Il est essentiel que des procédures de suivi et d’application soient mises en œuvre dès le départ, les changements devant être transparents et mesurables.

Dans une note de recherche, le cabinet de consultants EY écrit que les sociétés minières devaient « créer, capturer et fournir de la valeur à un ensemble plus large de parties prenantes que jamais », en recherchant la durabilité à plus long terme.

Selon EY, l’adoption d’un état d’esprit novateur est essentielle pour garantir la décarbonisation, améliorer la sécurité des travailleurs et exploiter les réserves minérales restantes, qui ont tendance à être plus difficiles à atteindre. Le cabinet recommande d’améliorer les compétences des travailleurs et la numérisation, mais prévient que l’adoption du numérique est lente dans le secteur.

La transition vers la durabilité sera probablement un processus plutôt qu’un événement, mais un leadership positif peut faire la différence. Dès 2017, la Chambre des mines du Botswana a adopté le programme de RSE (Responsabilité sociale des entreprises) Towards Sustainable Mining (TSM) de l’Association minière du Canada pour améliorer les pratiques environnementales et sociales dans le secteur.

 

L’Afrique du Sud, exemplaire ?

Le programme TSM exige des entreprises botswanaises qu’elles procèdent à des évaluations annuelles de divers paramètres, notamment la consommation d’énergie, les émissions de gaz à effet de serre, la santé et la sécurité, la sensibilisation des communautés et la conservation de la biodiversité.

Elles doivent également garantir une transparence et une responsabilité accrues, les normes adoptées devant être d’un niveau similaire à celles du Canada. Le BCM a créé un groupe indépendant composé de multiples parties prenantes pour superviser le processus.

L’Afrique du Sud étant le plus grand centre d’activité minière du continent africain, l’avenir des pratiques minières durables dans ce pays est considéré comme un indicateur pour l’ensemble de l’industrie africaine.

Les entreprises basées dans le pays sont censées coopérer avec les groupes communautaires, les syndicats et les organismes gouvernementaux pour mettre en œuvre des politiques de RSE à l’échelle de l’entreprise. Les entreprises sont régulièrement évaluées sur les progrès qu’elles ont accomplis pour surmonter les barrières socio-économiques de l’époque de l’apartheid, notamment en ce qui concerne la formation et la promotion des travailleurs noirs à des postes de direction, ainsi que le recrutement et la promotion des femmes et des travailleurs handicapés.

La durabilité à long terme implique de maximiser la santé et la sécurité des travailleurs et de minimiser l’impact environnemental des mines, tout en veillant à ce que les communautés partagent les bénéfices des opérations minières et évitent la dégradation de l’environnement.

Anglo American a élaboré un plan d’exploitation minière durable qui, selon la compagnie, transformera l’ensemble de ses activités, depuis la découverte des minéraux jusqu’à leur commercialisation, et vise à soutenir la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies. Chaque site minier doit élaborer son propre plan quinquennal sur mesure, avec des objectifs liés à la biodiversité, à la neutralité carbone, à la responsabilité locale et à la fourniture de services aux communautés.

Certains de ces objectifs semblent réalisables. La régénération de l’environnement est possible après la fermeture de la mine, ce qui améliore la biodiversité ; quant à l’amélioration du sort des communautés minières locales, elle peut profiter à l’entreprise en réduisant les niveaux d’opposition et en créant une main-d’œuvre plus motivée.

Parvenir à des mines neutres en carbone sera plus difficile : la production d’énergie renouvelable est possible, mais obtenir d’un taux de carbone nul dans d’autres aspects des opérations de l’entreprise pourrait être plus problématique.

 

L’électricité, l’eau, la corruption

En mars, Anglo American a signé un protocole d’accord avec EDF Renewables pour fournir 100 % des besoins en électricité de l’entreprise en Afrique du Sud grâce aux énergies renouvelables, d’ici à 2030. Les secteurs de l’énergie solaire et éolienne ont décollé en Afrique du Sud en raison de l’abondance des ressources locales et de la chute rapide des coûts de développement. Toutefois, le manque de soutien du gouvernement, en raison de l’impact sur le secteur du charbon, a ralenti l’adoption des énergies renouvelables dans le pays.

Ne pas adopter des méthodes plus durables comporte ses propres risques. Le rapport Mining Sustainability in South Africa produit par FTI Consulting, en 2020, a mis en évidence trois risques principaux pour le secteur minier du pays : l’électricité, l’eau et la corruption. L’approvisionnement en électricité n’est pas fiable, mais réduire la dépendance des mineurs à l’égard de la compagnie nationale d’électricité Eskom permettrait de lutter contre les suspensions d’activité causées par les pénuries d’électricité.

Le rapport affirme également que « trouver des moyens de réduire la consommation d’eau et d’améliorer la productivité et la prévention de la pollution de la qualité de l’eau constituera des initiatives importantes en matière de durabilité. Une gestion plus efficace de l’eau pourrait également réduire les coûts élevés du gaspillage ».

Enfin, le rapport met en garde contre un risque permanent de corruption dans l’approbation des droits miniers et des permis d’exploitation, dans la fourniture d’emplois et dans les contrats avec les fournisseurs.

En fin de compte, l’exploitation minière durable sera judicieuse pour les dirigeants, non seulement parce qu’elle profite à la planète, mais aussi parce qu’elle profite aux entreprises concernées.

@AB

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