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African Business

Les Fintechs en embuscade pour l’après-crise

L’offre de modèle numérique et « third party » des Fintechs entend s’affranchir d’un réseau d’agences et multiplier la base de particuliers et de petites entreprises éligibles. Elle séduit déjà plusieurs banques sur le continent.

Par Nicolas Bouchet

Concilier la réalité du terrain et la banque numérique. Le secteur bancaire rivalise d’initiatives pour faire connaître ses perspectives africaines, comme en attestent deux événements récents.

L’un organisé par le média Financial Afrik, l’autre par le spécialiste de l’événementiel Africa Banking Forum, ces rendez-vous révèlent, dans l’optique de l’après-Covid, les besoins de sociétés financières. Ces dernières donnent la parole à leurs sous-traitants numériques pour qui le bilan de la crise a déjà disqualifié une partie des métiers de la banque.

« Le banquier a disparu par la non-évolution de la banque et nous connaissons de moins en moins les chargés de clientèle », alerte Yves Eonnet (TagPay). Les sociétés dites « Fintechs » mettent en œuvre la numérisation des banques et de leurs services.

À l’appui de leur offre, « on affranchit la banque d’une infrastructure hardware et on permet à plusieurs banques l’usage d’un même logiciel ». Elles devraient ainsi, pour faire face à l’après crise sanitaire, cesser de regarder vers l’intérieur pour mieux donner la priorité au marketing et retrouver l’« adéquation entre l’offre et la demande ». En clair, les banques recherchent un après crise à moindre coût par la virtualisation et la décentralisation de leurs services.

Les services numérisés aux clients demeureront payants car les banques entrent dans un cycle long d’investissements répétés. Si les services dématérialisés sont de plus en plus perçus comme gratuits, l’investissement dans la banque numérique a un coût : maintenance, stabilité, sécurité, performance…

En Afrique, les Fintechs citent la problématique de pays avec une population dispersée ; sur cette base, elles incitent leurs clients à mettre fin à cet « ancien modèle » des réseaux d’agences. Un service qui repose sur l’accès aux opérations depuis des terminaux mobiles omniprésents et au contact de third parties extérieurs à la banque.

Cela a aussi pour but d’accéder à une clientèle plus nombreuse en élargissant la base de la population éligible. Dans le viseur des sociétés financières, la part des opérations réalisées par le secteur informel qui leur échappent encore, et le décaissement de microcrédits ouverts aux TPE utilisatrices de ces services dématérialisés. Méfiance cependant, car comme le précise la Fintech Backbase, par la voix de son directeur Aymen Daoud, « la partie qui détient la plateforme détient le gain économique ».

L’agent, et non plus l’agence, au centre du dispositif

Au risque pour les banques de se voir remplacées à terme par ces sociétés expertes ? Pas tant qu’« elles auront la connaissance du risque et des clients ; cette relation historique et de confiance a de la valeur», veut rassurer Alexis Kabongo MBuyi (BGFI Bank Gabon). L’objectif de « mieux servir le client et permettre à la banque d’être dans le meilleur monde possible pour elle » doit permettre de contenir l’influence des sous-traitants. Et pour élargir la clientèle, il faut la convertir au nouveau modèle proposé.

Les scénarios de développement bancaire portent le nom paradoxal d’« agency banking ». Société Générale préfère le qualificatif de « modèle de banque alternatif » au sujet de son offre Yup, selon l’explication de Valérie Diop : « un réseau d’agents third party avec qui la banque a formé des partenariats (stations-service, petits commerçants etc. ».

Pour aider le grand public à s’y retrouver, les experts précisent que c’est l’agent et non plus l’agence qui se trouve au centre de leur scénario. Agissant à distance ou en personne, son rôle, « devenu décisif avec la crise sanitaire », est « d’« être au contact des clients et les aider à réaliser leurs opérations », explique Yves Eonnet.

Citant le cas des grandes villes de RD Congo, Yannick Mbiya (Trust Merchant Bank) estime que ces nouveaux agents bancaires ont progressivement obtenu la gestion de 81% des opérations de leurs clients, au détriment des employés du Core banking. Une autre raison de remplacer l’agence par l’agent serait la préservation du lien social attendu de la part des clients comme des employés. « Les agents bancaires ne sont pas près de prendre leur retraite ! », résume Adama Wade (Financial Afrik).

Les banques n’iront pas jusqu’à se transformer en pure players, au fonctionnement tout numérique. « La Covid-19 a montré que les gens ont besoin du lien social et ne peuvent se contenter d’être devant un écran. Le lien humain doit demeurer fort à l’avenir », confirme Elyes Ben Rayana (BIAT). L’externalisation, qui conserve certes une dimension humaine, recherche la réduction de coûts fixes.

« Pour des questions de charges », les banques réduisent le nombre de leurs établissements physiques, rappelle Yves Eonnet. Lequel vante en réponse les « coûts très bas », imputables à des services prédéveloppés par les Fintechs et « qui existent dans le Cloud » ; mais il s’agit de coûts de fonctionnement une fois la banque convertie à l’agency banking.

Un pas à franchir sans délai

Faut-il croire que cette transformation est si avantageuse qu’elle se fera à moindres frais ? À l’évidence non, et les services numérisés aux clients demeureront payants car les banques entrent en fait dans un cycle long d’investissements répétés.

Si les services dématérialisés sont légitimement et « de plus en plus perçus comme gratuits », comme en convient Elyes Ben Rayana, celui-ci tempère : « L’investissement dans la banque numérique a un coût : maintenance, stabilité, sécurité, performance… » Des fonctions qui, une fois passées de l’interne à l’externe, deviennent des coûts récurrents pour les banques. Les plus petits établissements pourraient être dissuadés d’opérer cette transformation par un coût d’entrée de plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros, selon les cas.

« L’enjeu est du côté des fournisseurs de plateforme », explique Koroty Ousman Abakar (Banque de l’Habitat Tchad) qui enjoint aux Fintechs de graduer leur offre au profit des petites banques. Il reconnaît l’importance de cette tendance et qu’à « un horizon de deux ou trois ans, les banques qui ne seront pas allées vers la numérisation resteront sur le carreau ».

Le but recherché est de « grandir à un coût raisonnable par une approche progressive qui consiste à commencer par des services de base puis en ajoutant des services à la volée (plug and play) », précise Aymen Daoud. Son concurrent TagPay le confirme, il s’agit d’« organiser le coût le moins lourd possible pour la banque », c’est-à-dire n’ajouter des services et une facturation idoine qu’à une croissance réelle de l’activité de leurs clients. Si bien que tend à disparaître même la présence physique du sous-traitant, qui laisse à la banque le soin de rencontrer ses nouveaux intermédiaires.

ML

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