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Les entreprises sénégalaises prises dans la tourmente politique

Les entreprises sénégalaises prises dans la tourmente politique
  • Publiéfévrier 20, 2024

Le report des élections par Macky Sall, puis l’obligation pour le Président de revenir sur sa décision, accroît les incertitudes pour les entreprises du Sénégal.

 

Le 16 février 2024, le président Macky Sall a annoncé qu’il organiserait des élections le plus rapidement possible. Ce, quelques jours après avoir annoncé leur report au 15 décembre. Ces événements ont fait resurgir le spectre des manifestations de 2023, contre l’hypothétique troisième mandat de Macky Sall.

Des dizaines de personnes ont été tuées et des millions de dollars de dégâts ont été causés aux magasins et aux entreprises qui ont été pillés pendant les troubles. Le renoncement du Président a alors été vécu comme un soulagement. Le Sénégal est le seul pays d’Afrique de l’Ouest à n’avoir jamais connu de coup d’État. Toutefois, à la suite de l’annonce faite par le président Sall au début du mois de février, les inquiétudes concernant la stabilité du pays, qui exploite actuellement des réserves de plus de 100 000 milliards de pieds cubes de gaz, sont réapparues.

Jusqu’à ce que l’élection ait lieu et que Macky Sall quitte le pouvoir, d’autres événements imprévisibles sont à craindre et les entreprises devront se prémunir contre le risque de nouvelles surprises avant la nouvelle date de l’élection.

Un nouveau mouvement politique, connu sous le nom de Aar Sunu Election (« Protégeons notre élection »), a vu le jour et regroupe une quarantaine de groupes civils, religieux et professionnels. Avec des personnalités de l’opposition, il a affirmé que le report était illégal.

L’indignation a déclenché des manifestations anti-Sall dans tout le pays, provoquant des affrontements avec les forces de sécurité qui ont fait au moins trois morts.

Ce type d’agitation n’est pas bon pour les affaires.

Les précédentes vagues de protestations liées aux prochaines élections ont donné lieu à d’importantes émeutes et à des pillages visant les entreprises, en particulier à Dakar et à Ziguinchor. En juin 2023, la compagnie de bus Dem Dikk a déclaré des pertes de 5,75 millions de dollars en raison des attaques contre ses véhicules et des restrictions imposées à ses activités. Le gouvernement estime qu’une journée de manifestations peut ralentir la production économique d’environ 33 millions de dollars.

La dernière série de manifestations a causé des problèmes similaires aux entreprises, Aar Sunu Election avertissant qu’une grève générale était à l’ordre du jour. Les entreprises locales se sont montrées très préoccupées par cette nouvelle.

Abdoulaye Faye est un entrepreneur sénégalais cofondateur de Proxalys, une application qui aide les distributeurs informels, en particulier dans le secteur agricole, à prendre des commandes, à gérer l’administration et à couvrir la logistique de la chaîne d’approvisionnement. Selon lui, la décision du président Sall « a plongé notre pays dans un contexte d’incertitude ».

 

Des opérations en attente

 « Quand il y a des manifestations, les gens n’ouvrent pas leurs magasins parce qu’ils ont peur des activités criminelles. C’est un problème pour les membres de notre équipe qui ne peuvent pas rendre visite aux commerçants pour leur apprendre à utiliser notre application. Quand il y a des manifestations, les gens ne veulent pas faire d’affaires, et nous voyons donc les acquisitions de l’application chuter. »

Un entrepreneur sénégalais qui travaille dans le domaine caritatif, mais qui souhaite rester anonyme, a déclaré à African Business qu’il avait été contraint de mettre toutes ses activités en attente en raison de l’incertitude quant à la date de l’élection. « Nos activités ont été sérieusement affectées ; nous avons tout mis en veille pour attendre de voir si les élections auront lieu ou non. »

Le problème pour de nombreuses entreprises est que peu de gens s’attendaient à ce que le président reporte le scrutin à un stade aussi tardif ; la plupart d’entre elles n’avaient donc pas prévu cette éventualité. « Nous n’avons rien mis en place pour atténuer l’incertitude », nous confie notre entrepreneur caritatif. « Nous attendons de voir ce qui va se passer et nous croisons les doigts pour que le président décide d’organiser les élections. »

Bien que cela réduise le risque de troubles violents majeurs au cours des prochaines semaines, réduisant les menaces de dommages physiques aux entreprises, cette incertitude soulève toujours des questions quant à l’imprévisibilité croissante de l’environnement politique sénégalais et de sa stabilité démocratique.

Les inquiétudes portent sur l’impact à long terme d’un acte aussi déstabilisant sur un pays qui a longtemps été réputé pour être un phare de stabilité en Afrique de l’Ouest. Cette situation sera préoccupante pour les entreprises locales et étrangères.

« Le report a déjà fortement entamé la réputation du Sénégal en tant que bastion de la démocratie sur le continent, et bien que l’effet soit difficile à quantifier, il ébranlera très probablement la perception des investisseurs selon laquelle la stabilité du Sénégal devrait être considérée comme acquise », déclare Martin Roberts, directeur adjoint pour l’Afrique subsaharienne chez S&P Global Market Intelligence.

Les entreprises sénégalaises s’inquiètent de ces dommages à long terme. « Le Sénégal avait la réputation d’être un pays stable, mais nous craignons que cet événement ne diminue l’intérêt des partenaires d’investissement à faire des affaires avec nous », redoute Abdoulaye Faye. « Le report des élections était sans précédent pour le Sénégal… Ces derniers jours, nos clients avaient exprimé leurs inquiétudes quant à la stabilité à long terme du pays à la suite de cette décision », explique un opérateur économique.

 

Une réputation internationale à préserver

La résolution rapide de la situation et le retour de Macky Sall sur sa décision auront probablement rassuré certains investisseurs et la communauté internationale, qui avaient exercé de fortes pressions pour qu’il recule.

Cependant, le fait que le président ait pu annoncer une mesure aussi radicale et changer d’avis aussi rapidement laissera probablement un goût amer à de nombreux Sénégalais et à de nombreuses entreprises, qui ne seront pas aussi prompts à aller de l’avant.

Combien de dommages ont déjà été causés à la réputation du Sénégal et au respect de ses institutions par les efforts du président Sall pour éliminer des candidats de la course et reporter le scrutin ?

Jusqu’à ce que l’élection ait lieu et que Macky Sall ne quitte le pouvoir, d’autres événements imprévisibles sont à craindre et les entreprises devront se prémunir contre le risque de nouvelles surprises avant la nouvelle date de l’élection.

Le risque subsiste également que le président Sall continue de retarder l’annonce d’une nouvelle date pour les élections, ce qui lui permettrait de rester en fonction au-delà du 2 avril, date d’expiration de son mandat. Un manifestant qui s’est entretenu avec l’AFP samedi a déclaré à propos du Président : « Je ne lui fais pas confiance. J’attends de voir s’il va tenir sa parole. »

@AB

 

 

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Écrit par
Jessica Moody

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