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L’enjeu des villes secondaires

L’enjeu des villes secondaires
  • Publiénovembre 10, 2023

Au cœur de la ville secondaire, se matérialisent des enjeux de développement universels, qui dépassent largement l’échelle locale, relate un ouvrage de jeunes Africains. Cette problématique reste pourtant trop à l’écart des politiques publiques.

 

« Les jeunes, architectes des villes secondaires de demain ». Tel est le sous-titre du livre « écrit à soixante mains » par les « résidents » de l’association JMA (Je m’engage pour l’Afrique) qui ont planché durant trois mois sur cet enjeu crucial. L’ouvrage mêle considérations générales et exemples concrets, appelant à approfondir la réflexion sur les atouts et les difficultés des villes secondaires.

« Ces villes pourraient devenir de puissants laboratoires de l’innovation sociale et technologique », écrit Achille Mbembé en ouverture. Le directeur de la Fondation de l’innovation pour la démocratie regrette : « Peu de pays africains sont parvenus à exploiter les opportunités qu’offrent ces villes. »

Et pourtant, explique l’ouvrage, l’exploration des villes secondaire, ou intermédiaires, en opposition aux capitales ou aux grands centres urbains privilégiés par l’analyse, « ouvre la voie à des formes d’urbanisation alternatives et révèle des dynamiques uniques », jugent les auteurs de Nouvelles voix(es). Reste une question de définition, encore à peaufiner. Un gros bourg sans services publics, sans administration propre ne peut pas être qualifié de ville intermédiaire. Pas plus qu’une ville essentiellement tournée vers les activités agricoles. Une ville doit alors faire fonctionner de manière harmonieuse ses trois piliers : gestion, finances, gouvernance.

Les villes secondaires peuvent être un terrain de jeu créatif et innovant de réinvention urbaine, territoriale, sociale et démocratique. Une démarche créative et innovante sous-tend nécessairement l’implication encore inédite d’une branche de la population peu consultée,

Ces villes doivent aussi s’inscrire dans le cadre d’une planification nationale, qui ouvre d’autres perspectives aux jeunes que les choix entre vivre dans une mégapole, vivre à la campagne, ou émigrer. En raison parfois des vestiges de l’époque coloniale, la planification a souvent tourné à l’avantage des capitales, sauf dans quelques pays comme le Maroc.

Certaines villes « secondaires » sont néanmoins des centres multifonctionnels, comme Kumasi, au Ghana, qui est un pôle industriel, agricole, et un centre administratif. D’autres font partie d’un cluster de villes reliées à une capitale, comme la région de Gauteng, en Afrique du Sud, qui comprend Pretoria, Soweto et Johannesbourg. Et d’autres s’inscrivent dans un corridor économique, comme Nairobi-Mombassa, au Kenya.

 

Des villes nouvelles et intelligentes

Différents exemples « mettent en évidence la diversité des villes secondaires en Afrique et leur contribution cruciale à l’économie et au développement ». Pour les jeunes auteurs, ces villes secondaires joueront un rôle essentiel en tant que catalyseurs et pôles secondaires facilitant la production, le transport, la transformation, etc. Leurs industries devront s’inscrire dans les « chaînes de valeur » tant recherchées en Afrique, à condition d’y mettre le prix, en matière de transports et de logements, notamment.

Une vue de Ben Guerir, au Maroc.
Une vue de Ben Guerir, au Maroc.

 

De par leur taille, leur emplacement, et aussi parce que tout ou presque reste à faire, les villes secondaires ont tout pour être pionnières du développement durable. Même si certaines villes qui altèrent les espaces naturels doivent corriger le tir, comme Aného au Togo, Rufisque ou Saint-Louis au Sénégal, Bertoua au Cameroun, par exemple. Certaines comme la première citée tentent un nouveau cap, afin d’offrir le profil d’un « espace de vie attrayant, durable et équilibré ».

Les villes africaines contribuent à un tiers du PIB du continent, une proportion amenée à croître ; pourtant, le continent s’y prépare-t-il bien ? Les gouvernements locaux disposent de budgets bien minces, leur fiscalité est défaillante, et elles restent trop dépendantes des aides nationales. L’accès aux marchés financiers est restreint et les bailleurs internationaux négligent cet échelon.

L’ouvrage explore « trois cas urbains » plus en détail, Ancho, au Togo, Ben Guérir, au Maroc, et Abomey Calvi, au Bénin (lire l’entretien avec Angelin Zegha Dongmo).

Un aperçu de la ville côtière d'Aneho, au Togo.
Un aperçu de la ville côtière d’Aneho, au Togo.

 

La deuxième partie explore « les voies de réflexion » quand à l’attractivité des villes secondaires. Il s’agit d’identifier les pistes permettant une urbanisation harmonieuse et de créer des emplois dans ces nouveaux pôles. Cela passe par une attractivité touristique nouvelle des villes africaines, dans le respect des contraintes environnementales. Et repenser, toujours sous cette contrainte, le maillage routier : « Assurer une meilleure connexion avec ses villes secondaires entre elles, par les réseaux de transports, permettrait aux villes de développer leurs attractivités et de devenir des pôles de compétitivité à l’échelle régionale ». Il s’agit, dans ce domaine comme dans bien d’autres, de mettre fin à l’informalité, de développer l’accès à l’électricité, de mieux financer les infrastructures de transports et de bénéficier de l’atout des nouvelles technologies. En effet, loin d’être en marge, l’« Afrique se saisit de l’enjeu de transformation de ses métropoles en villes nouvelles et intelligentes ».

 

Couverture livre Nouvelles Voix(es)

Voir le site de Je m’engage pour l’Afrique pour se procurer l’ouvrage, gratuit.

 

@AB

 

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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