x
Close
African Business

L’enjeu de l’économie bleue en Tunisie

L’enjeu de l’économie bleue en Tunisie
  • Publiéavril 17, 2024

Les activités liées à la mer et au littoral côtier sont sources de nuisances pour l’environnement et in fine, pour ces activités elle-même. La Tunisie, comme d’autres pays, peut retrouver le chemin de l’économie bleue, juge un rapport d’étape.

 

Les activités économiques en relation avec la mer et le littoral représentent ensemble près de 16% du PIB en Tunisie. À lui seul, le tourisme balnéaire représente 13% de l’activité du pays. Loin devant la pêche et l’aquaculture, l’extraction de pétrole et de gaz offshore et le transport maritime.

Néanmoins, ces activités sont utilisatrices de ressources du littoral et de la mer et génératrices de nuisances environnementales, menaçant parfois la durabilité des écosystèmes marins et côtiers. C’est là que le terme « économie bleue » intervient. On parle d’économie bleue quand l’ensemble de ces activités se concilient avec l’environnement et les milieux naturels, tout en assurant la durabilité économique et sociale.

« L’implication de l’ensemble de ces acteurs, étatiques et autres, se révèle nécessaire pour l’instauration d’une gouvernance éclairée et concertée de l’économie bleue en Tunisie. »

L’économie bleue est ainsi une économie efficiente en termes d’utilisation de ressources naturelles, basée sur des modes de consommation et de production durables, tout en favorisant le bien-être humain et l’équité sociale. L’économie bleue doit surtout permettre de réduire de manière significative les risques environnementaux et les pénuries écologiques, souligne l’association Racines et développement durable (RDD). Laquelle présente un rapport destiné à dresser l’état des lieux de l’économie bleue en Tunisie.

Samir Meddeb« Un document de base et d’une grande importance qui présente les activités socio-économiques tunisiennes sur le littoral et en relation avec la mer sous un angle de durabilité », considère Samir Meddeb (photo ci-contre), président de l’association RDD. Ce document a été présenté lors d’une journée d’étude constituant un dialogue national comprenant conférences, témoignages et ateliers de travail avec les diverses parties prenantes « pour débattre de l’état des lieux et des alternatives de durabilité de l’économie bleue en Tunisie », précise-t-il.

Par exemple, l’activité du tourisme n’est pas sans conséquence, constate le rapport. Qui pointe un milieu côtier « localement dégradé » mettant en difficulté l’activité touristique balnéaire. Le tourisme est menacé par l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière, et d’ailleurs l’« offre touristique est très peu intégrée dans l’espace local et l’environnement social ».

 

De nombreuses opportunités

Voilà qui rend le produit touristique « faiblement compétitif » et peinant à s’adapter aux exigences nouvelles du marché. Dès lors, la Tunisie présente un besoin de diversification et de développement du « produit touristique », recommande le rapport.

Plus largement, la réflexion sur ces questions s’insère dans le cadre d’une collaboration entre le PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) et l’association RDD, s’inscrivant les activités d’un programme financé par la Commission européenne, Switch Med. Ce dernier a pour but d’accompagner huit pays de la rive sud de la Méditerranée pour développer et mettre en œuvre des politiques afin d’adopter des modes de consommation et de production durables.

En effet, des opportunités existent pour propulser, diversifier et valoriser les activités sociales et économiques du littoral et de la mer, en Tunisie pour transformer le pays en « économie bleue », jugent les auteurs du rapport.

Toutefois, des défis et des obstacles persistent : sur le plan juridique et institutionnel ; au niveau de la connaissance du capital marin et côtier ; par rapport à la maîtrise de la pollution, notamment d’origine tellurique ; en matière de pratiques et de modes de gestion des ressources et des espaces; et des capacités des ressources humaines et de la participation des acteurs.

Mounir MajoubL’économiste et consultant Mounir Majdoub (photo ci-contre), auteur principal du document, fait le tour du questionnement actuel de la Tunisie. « Pour faire face à ces défis et pour mieux saisir les opportunités, il faudra savoir comment faire pour que les activités économiques exercées sur le littoral et la mer soient durables et inclusives ? Quelles nouvelles activités innovantes devront être développées pour soutenir l’économie bleue ? Quels instruments de politiques publiques devront être déployés ? Selon quel mode de gouvernance ? Et quel rôle pour les acteurs économiques et de la société d’une manière générale ? »

Et l’expert de dresser quelques priorités, au sein de l’étude : « Il est urgent d’abord d’améliorer les connaissances et les données pour une prise de décision éclairée et de remédier à l’évaluation inadéquate du capital naturel, avant d’enrayer les tendances économiques actuelles qui dégradent rapidement les ressources marines. Il faudra également dépasser les approches de gestion sectorielle isolées et non-intégrées, tout en appliquant les solutions adéquates aux limites de capacités du capital humain en intégrant les femmes et les jeunes dans nos nouvelles approches. »

 

Le dessalement, oui mais…

Entre autres sujets, le rapport s’interroge sur la place des femmes et des jeunes dans l’économie bleue. Et constate qu’en dépit de sa contribution cruciale au bon fonctionnement et la pérennité des activités de pêche, le travail des femmes demeure largement non rémunéré. En effet, dans certaines régions de la Tunisie, poursuit l’étude, les normes sociales représentent un frein à l’inclusion des femmes dans les activités maritimes, en dehors des métiers artisanaux traditionnels. Pour autant, les femmes s’organisent : les Groupements de développement, par exemple, « offrent de meilleures opportunités économiques et techniques et renforcent la résilience des femmes ».

 

La problématique est similaire pour les jeunes. Dans les métiers de la mer, ils sont confrontés à de nombreux obstacles, comme dans l’accès à la protection sociale, au financement et à une formation de qualité.

Le rapport s’intéresse également au dessalement d’eau de mer. En dépit de son intérêt – surtout quand elle fonctionnera à l’énergie renouvelable –, l’activité « rejette en mer d’importantes quantités de saumure, impactant la qualité du milieu et des écosystèmes », regrettent les auteurs.

L’enjeu est de taille : « Il existe une multitude d’acteurs, directement concernés par l’économie bleue, dont les organisations professionnelles du secteur privé, les institutions de recherche et de formation, les associations de la société civile et les populations côtières, ainsi que les médias. L’implication de l’ensemble de ces acteurs, étatiques et autres, se révèle nécessaire pour l’instauration d’une gouvernance éclairée et concertée de l’économie bleue en Tunisie », expliquent auteurs de l’étude.

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *