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L’engagement des Émirats dans la transformation de l’Afrique

L’engagement des Émirats dans la transformation de l’Afrique
  • Publiéoctobre 31, 2023

L’expérience des Émirats arabes unis en matière de développement de projets industriels et d’énergie verte les place en position de force pour contribuer à la transition énergétique de l’Afrique, déclare Mariam Almheiri, ministre du changement climatique du pays.

 

Alors que les Émirats arabes unis se préparent à accueillir le sommet sur le climat COP28, fin novembre, le pays du Golfe se fait de plus en plus remarquer par sa présence dans le secteur florissant de la finance verte en Afrique. Par exemple, un groupe d’investisseurs émiratis a dévoilé un engagement historique de 4,5 milliards de dollars pour investir dans des projets d’énergie propre sur le continent lors du Sommet africain sur le climat qui s’est tenu en septembre.

Mariam Almheiri, ministre émiratie du changement climatique et de l’environnement, explique à African Business que son pays est déterminé à jouer son rôle dans le financement de la lutte contre le changement climatique : « Les Émirats arabes unis sont prêts à fournir l’argent et la technologie nécessaires pour aider l’Afrique à se transformer. »

« Créer ou mettre à disposition des fonds est une chose, mais s’assurer que l’on s’adresse aux bonnes entités pour les mettre en œuvre sur le terrain est un tout autre défi. »

La capacité des Émirats arabes unis à investir des milliards de dollars dans leur pays et dans le monde entier reflète la richesse accumulée au cours de décennies de production de pétrole et de gaz. Pourtant, c’est l’expérience du pays dans le développement de l’énergie verte et des projets industriels – y compris certains des plus grands parcs solaires du monde –,  qui place le pays en position de force pour contribuer à la transition énergétique de l’Afrique, selon la ministre.

Si les Émirats arabes unis ont depuis longtemps une présence politique et économique significative sur le continent, en particulier dans certaines régions d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Est, le pays a renforcé son engagement économique ces derniers mois.

Le 12 septembre, les gouvernements des Émirats arabes unis et du Nigeria ont conclu un accord permettant aux compagnies aériennes Emirates et Etihad Airlines, basées aux Émirats arabes unis, de revenir dans le pays après une interruption d’un an causée par une querelle sur le rapatriement des fonds. L’accord reflète la volonté des Émirats d’exploiter les principaux marchés africains.

 

Flux d’investissements

L’engagement récent le plus important est sans aucun doute la promesse des Émirats de verser 4,5 milliards $ dans l’énergie verte africaine. « Nous joignons le geste à la parole, en intervenant là où nous le pouvons, pour dire : voici notre contribution pour aider l’Afrique à transformer ses systèmes énergétiques », justifie Mariam Almheiri.

L’investissement prévu est dirigé par quatre entités : le Fonds d’Abu Dhabi pour le développement, Etihad Credit Insurance, Masdar et AMEA Power. Organismes qui ont tous des liens étroits avec le gouvernement émirati. Le président de la COP28, Sultan Ahmed Al Jaber, est, on le sait, le président de Masdar, une société d’État spécialisée dans les énergies renouvelables, en plus d’être ministre de l’industrie et des technologies avancées et PDG de la compagnie pétrolière nationale ADNOC.

Mariam Almheiri confirme auprès d’African Business que l’engagement de 4,5 milliards de dollars était le fruit de la collaboration entre le gouvernement émirati et les quatre institutions.

Le ministre avance plusieurs raisons pour expliquer l’enthousiasme des Émirats arabes unis à soutenir la transition énergétique en Afrique. L’« Afrique est si proche des Émirats arabes unis. Nous entretenons d’excellentes relations stratégiques avec de nombreux pays africains », explique-t-elle, rappelant l’histoire des liens commerciaux et touristiques entre l’Afrique et les Émirats. Et Mariam Almheiri ajoute que sa récente visite à Nairobi pour le Sommet africain sur le climat a constitué « un rappel à la réalité » qui a illustré la nécessité pour les partenaires internationaux de soutenir la population jeune et en croissance rapide du continent. « Ils ont dit que 30 millions de personnes entraient dans la population active chaque année. Le potentiel est donc énorme, mais il est très important de ne pas oublier l’aspect des moyens de subsistance », prévient la ministre.

« Lorsque nous parlons de transformer le système énergétique ou le système alimentaire, nous devons nous assurer que nous prenons en compte les moyens de subsistance des populations. »

La ministre reconnaît également que l’Afrique subit de plein fouet les effets du changement climatique, bien qu’elle ne contribue que pour une très faible part aux émissions mondiales cumulées. Notant que les précipitations deviennent moins fiables et les sécheresses plus fréquentes, Mariam Almheiri affirme qu’il est essentiel de veiller à ce que « les choses soient réglées » pour « garder l’Afrique intacte » et « arrêter les routes migratoires ».

Les Émirats arabes unis font jouer leurs muscles en matière de financement de la lutte contre le changement climatique.

En fin de compte, l’accent mis par le pays envers l’Afrique est le résultat de sa détermination à montrer un certain leadership mondial en matière de financement climatique, alors qu’il s’apprête à accueillir le monde à Dubaï pour la COP28. L’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables et l’accélération de la transition énergétique seront l’un des principaux thèmes de la conférence.

Les Émirats investissent dans les énergies propres

« Le financement de la lutte contre le changement climatique est un sujet qui revient dans toutes les conversations que nous avons », reconnaît Mariam Almheiri. Qui se dit tout à fait consciente que l’Afrique se fait de plus en plus entendre pour exiger que les promesses de longue date de financement du développement durable se concrétisent. « Je vais vous dire pourquoi ils ont vraiment insisté sur ce point : un engagement de 100 milliards de dollars était censé être pris il y a 14 ans », confite la ministre, en référence à une promesse faite aux pays en développement lors d’un sommet sur le changement climatique à Copenhague, en 2009. « Les pays africains n’ont cessé de dire à notre président de la COP28 : « Où est cet argent ? » »

Lors du sommet de Nairobi, les gouvernements africains ont convenu que leur priorité lors de la COP28 serait de faire pression sur les gouvernements du Nord pour qu’ils respectent leurs engagements antérieurs. Ceux-ci comprennent également le fonds pour les pertes et dommages promis lors de la COP de l’année dernière comme moyen de soutenir les pays les plus vulnérables aux impacts du changement climatique.

« Ils ont des projets prêts, mais ils disent toujours que la disponibilité, le caractère abordable et l’accessibilité des financements est le plus grand défi auquel ils sont confrontés », commente Mariam Almheiri.

« Nous avons compris que nous ne pouvions pas nous contenter d’attendre », conclut-elle. « Chaque pays doit également s’impliquer et faire quelque chose. Et comme nous accueillons le monde entier, nous avons pris les choses en main : D’accord, rassemblons certaines de ces entités et voyons ce que nous pouvons faire. »

 

Les défis de la mise en œuvre

Les Émirats arabes unis travailleront avec Africa50, la plateforme d’investissement dans les infrastructures, pour aider à sélectionner les projets qui recevront des investissements dans le cadre de son initiative en faveur de l’énergie verte. Selon Mariam Almheiri, la contribution d’Africa50 sera essentielle à la réussite de la mise en œuvre de l’initiative.

« Créer ou mettre à disposition des fonds est une chose, mais s’assurer que l’on s’adresse aux bonnes entités pour les mettre en œuvre sur le terrain est un tout autre défi. » Les événements récents montrent que l’on ne saurait trop insister sur l’importance d’avoir un partenaire africain. En effet, certaines incursions en Afrique d’investisseurs basés aux Émirats arabes unis se sont heurtées à des problèmes qui auraient pu être évités grâce à une plus grande sensibilité aux réalités politiques et sociales locales.

En particulier, plusieurs projets de transactions impliquant l’investisseur Blue Carbon, basé à Dubaï, ont suscité la controverse.

L’entreprise a négocié un projet d’accord de location d’une immense concession au Liberia, couvrant près de 10 % du territoire du pays. Elle prévoit d’utiliser les terres pour générer des crédits carbone en restaurant et en protégeant les forêts.

Les militants et les partis d’opposition ont vivement critiqué l’accord envisagé, assimilant l’imposition d’une concession sans l’accord des communautés forestières à « un colonialisme du carbone ». Blue Carbon se refuse à tout commentaire public.

Néanmoins, les Émirats arabes unis ne reculent pas dans leurs efforts pour devenir un acteur de premier plan sur les marchés du carbone naissants en Afrique. Dans une annonce distincte faite lors de la Semaine africaine du climat, un groupe d’entités émiraties, agissant par l’intermédiaire d’un véhicule d’investissement connu sous le nom de UAE Independent Climate Change Accelerators, s’est engagé de manière non contraignante à acheter pour 450 millions$ de crédits de carbone en Afrique.

Ces crédits seront achetés par l’intermédiaire de l’initiative des marchés africains du carbone, lancée l’an dernier lors du sommet COP27, dans le but de multiplier par 19 les marchés africains du carbone d’ici à 2030.

@AB

Écrit par
Ben Payton

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