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African Business

L’économie tchadienne en quête de rebond

Le bilan économique et social du Tchad n’est guère flatteur. Les économistes et organismes internationaux attendaient du mieux, pour les mois à venir. Mais tous tablaient sur une stabilité politique à la tête du pays.

Par Kimberly Adams

La délicate transition qu’opère le Tchad après la disparition brutale d’Idriss Déby Itno, le 20 avril 2021, s’effectue dans un contexte économique difficile. Dans la conjoncture récente, le pays a souffert, avant même la crise sanitaire, de la baisse des cours du pétrole.

Le gouvernement prévoyait la création de 20 000 postes dans la fonction publique. Un retour à l’équilibre budgétaire est attendu dès 2022, tandis que le pays devrait progressivement bénéficier de la reprise des exportations de pétrole et de coton.

Fin 2020, tandis que les cours de l’or noir se redressaient, le Tchad a subi de fortes inondations, qui ont retardé les investissements et affecté le commerce. Le pays a été l’un des premiers, en Afrique, à réclamer une aide financière face au gonflement de la charge de sa dette, pourtant maîtrisée les années précédentes.

Incontestablement, la diversification de l’économie, que les économistes et les organismes internationaux appellent de leurs vœux, tarde à venir. Avec succès, le Tchad explore d’autres pistes, comme celle de l’industrie textile. Il est devenu producteur et exportateur de coton, bénéficiant de l’intérêt du groupe singapourien Olam qui a pris le contrôle de CotonTchad en 2018. D’autres voies semblent prometteuses comme l’élevage : le Tchad est devenu le troisième producteur africain de viande bovine.

Il n’en reste pas moins qu’au dernier classement Doing Business de la Banque mondiale (BM), le Tchad pointait à la 182e place, sur 190 pays. Fort logiquement, le développement humain est également retardé ; le pays n’est que 187e au classement de l’IDH.

Alors qu’il avait enregistré des progrès dans sa lutte contre la pauvreté, dont le taux national avait baissé de 55% à 47 % entre 2003 et 2011, le nombre de personnes pauvres a augmenté de 4,7 millions en 2011 à environ 6,5 millions de Tchadiens en 2019, relève la BM. En 2018, 42 % de la population vivaient en dessous du seuil national de pauvreté.

Tandis qu’en dix ans, ses voisins ont enregistré des progrès très sensibles en matière de mortalité infantile, le Tchad reste à la traîne. Un phénomène aggravé par l’importance des grossesses précoces. Ces dernières années, la situation économique a également été grevée par les troubles sécuritaires, et leur lot de réfugiés. Ces derniers représentent pas moins de 4% de la population du pays.

Un redressement précaire

Certes, la fin de la décennie 2010 a été marquée par une meilleure croissance économique. Elle a atteint 3,2% en 2019, dont 2,2% hors pétrole, tandis que la croissance hors pétrole était négative, deux ans plus tôt. De même, la réussite des programmes d’assainissement des finances publiques, consistant à contenir la masse salariale et à intensifier les efforts de mobilisation des recettes non pétrolières, a permis d’améliorer l’équilibre budgétaire et de soutenir la dette. Le déficit budgétaire global a ainsi diminué de 5,8 % du PIB non pétrolier en 2015 à 0,8 % en 2019.

La dette était retombée à 44% du PIB, à la faveur notamment du règlement de l’épineux dossier Glencore, Idriss Déby Itno étant parvenu à restructurer la dette de l’État auprès du géant pétrolier.

La crise de la Covid-19 est venue interrompre les efforts, trop récents et trop fragiles pour servir d’amortisseurs à un choc économique aussi important. Bien que le Tchad compte un faible nombre de cas de Covid-19, son économie a été touchée par les conséquences de la pandémie sur l’activité mondiale.

La récession (-0,6%) de 2020 est principalement due à une suspension temporaire de la production pétrolière et à la fermeture des frontières pour contenir la pandémie, qui a provoqué un ralentissement des échanges commerciaux. L’inflation, qui était tombée à 1 % en 2019, est remontée à 2,7 % en 2020, à la suite de la rupture des chaînes d’approvisionnement de certains produits de base. À la faveur d’appuis budgétaires, le déficit public n’a atteint que 0,8% du PIB.

Selon la BAD (Banque africaine de développement), l’économie tchadienne devrait reprendre sa croissance en 2021 et 2022 à condition que la pandémie s’atténue, pour permettre une reprise économique mondiale, avec une demande croissante de matières premières. « La croissance devrait atteindre 6,1 % en 2021 et 5 % en 2022, grâce à une reprise des activités industrielles, notamment dans l’égrenage du coton, la production de pétrole et l’industrie textile », notait la BAD dans Les Perspectives économiques de l’Afrique, publiée en mars 2021.

Les économistes considéraient qu’à la condition d’un apurement des arriérés intérieurs par le gouvernement, le pays devrait enregistrer une reprise des investissements et de la consommation privée. La BAD s’attendait également à un léger creusement du déficit budgétaire, à 1,1% du PIB, en raison des investissements publics et à des dépenses salariales.

Le gouvernement prévoyait la création de 20 000 postes dans la fonction publique. Un retour à l’équilibre budgétaire est attendu dès 2022, tandis que le pays devrait progressivement bénéficier de la reprise des exportations de pétrole et de coton. Autant de pronostics qui supposent un climat politique stable…

 KA

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