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African Business

Le sport, un levier de croissance délaissé

Le cabinet Mazars et African Sport & Creative Institute font remonter les besoins et les aspirations des professionnels et connaisseurs de l’économie du sport. Qui n’apporte pas à l’Afrique autant de revenus qu’elle le pourrait.

Par Laurent Soucaille

Estimée à environ 2% du PIB mondial, l’économie du sport croît plus vite que l’économie mondiale dans son ensemble. Si l’on analyse l’Afrique, les – rares – statistiques indiquent une économie du sport ne pesant que 0,5% de son PIB.

« Les pays africains devraient développer des programmes pour inciter la diaspora à revenir sur le continent, pour partager les expériences, les réseaux, et investir », note la basketteuse malienne Hamchétou Maïga-Ba

Pourtant, à la lumière des taux de croissance atteints par le continent ces dix dernières années, de la jeunesse de sa population, et de son phénoménal talent athlétique visible dans les plus grands championnats du monde, l’Afrique dispose d’atouts indéniables pour profiter de cette manne.

Telle est la conclusion du rapport final publié par le cabinet Mazars et l’African Sport & Creative Institute (ASCI), qui ont mené une étude inédite sur l’économie du sport en Afrique. Les auteurs ont interrogé quelque 500 professionnels sur 47 pays du continent, avant de compiler leurs avis – sans noyer le lecteur sous une avalanche de pourcentages et infographies inutiles ! – et d’émettre une série de recommandations.

Six axes de réflexion émergent de leurs travaux. En matière d’information, l’Afrique doit créer de la visibilité en investissant dans la génération et l’analyse de données auprès des consommateurs, pratiquants et supporters, ainsi qu’auprès des organisations qui les servent.

En matière d’éducation, il s’agit de créer, d’harmoniser et de réguler une offre de formation au management du sport pour les étudiants et les professionnels du secteur. « Le plus grand frein à la croissance du secteur du sport est le manque de données et d’analyses de qualité », confirme Kelvin Watt, président de Nielsen Afrique du Sud. Lequel regrette aussi « le manque de professionnalisation de la branche ».

Du côté de la gouvernance, autorités publiques et institutions du sport doivent devenir plus transparentes, représentatives et participatives. Elles doivent créer un cadre juridique, fiscal et économique attractif pour les différents acteurs, afin d’améliorer l’environnement des affaires.

Par exemple, en protégeant mieux la propriété intellectuelle. Trop souvent, l’industrie africaine du sport a été pénalisée par des affaires touchant les fédérations, les acteurs de son écosystème. Un code de déontologie des professionnels du sport, par exemple, permettrait de tout remettre à plat.

L’importance de la formation

En Afrique, le « consommateur » n’est pas assez valorisé, il est temps de placer le sport de masse au cœur de la stratégie des autorités publiques et des entreprises. L’étude cite en exemple la fondation de la basketteuse malienne Hamchétou Maïga-Ba. Laquelle propose des programmes sportifs et éducatifs inclusifs aux enfants et aux personnes à mobilité réduite. Le sport à l’école, et surtout à l’université, est trop délaissé, considèrent les répondants à l’étude.

Trop souvent, l’accent est mis sur les grandes compétitions sportives. Il est temps aussi de répondre à trois obstacles à la captation de revenus du sport africain : le manque de couverture des médias, le manque de compréhension des sponsors, le manque de professionnalisation des détenteurs de droits.

« Pour faire du sport un levier de développement en Afrique, la formation est essentielle », considère Kamil Senhaji, président de l’ISM (Institut supérieur de management) de Dakar. Qui juge « nécessaire » de professionnaliser les métiers du sport en dotant les jeunes des compétences adéquates dans tous les aspects : marketing, droit, digital, finance…

Parmi les axes retenus, l’étude fait ressortir que tous les acteurs doivent stimuler et répondre aux nouvelles pratiques, afin d’encourager l’innovation. Privilégier les partenariats public-privé, inscrire le sport dans les objectifs de développement durables, entre autres exemples… En matière de cadre légal, il est indispensable de protéger les investisseurs.

Pour y parvenir, une vision panafricaine est indispensable ; tous les acteurs de terrain notent combien les initiatives avancent plus rapidement quand elles sont partagées par plusieurs pays voisins (événement sportif régional, organisation d’une grande compétition à plusieurs pays, etc.). « Les pays africains devraient développer des programmes pour inciter la diaspora à revenir sur le continent, pour partager les expériences, les réseaux, et investir », note Hamchétou Maïga-Ba.

Seize recommandations

L’un des enjeux des années à venir réside dans la digitalisation croissante des économies africaines. Pourquoi donc ne concernerait-elle pas le monde sportif ? De nombreuses applications, ludiques ou plus sérieuses, pourraient par leur succès, générer de substantiels revenus. Sans compter l’essor du e-sport. Lequel « constituera un des axes de développement à plus grand potentiel de l’économie du sport en Afrique », juge Hicham El Khlifi (radio Mars, Maroc). Sachant que sa croissance « dépendra fortement de la capacité à le structurer ».

Les « 16 recommandations pour faire du sport un levier de développement en Afrique ».

  • Produire de l’information et de l’analyse régulière et fiable ; création d’un Observatoire africain du sport.
  • Investir dans la recherche économique et sociale.
  • Créer, harmoniser et réguler les formations en management du sport.
  • Améliorer l’éthique de travail des professionnels du sport grâce à l’instauration d’un code de déontologie et d’une formation des acteurs.
  • Investir dans les sports de masse et amateur pour en faire des leviers du sport d’élite.
  • Faire du sport de masse le moteur de l’économie du sport.
  • Créer un environnement juridique, fiscal et économique propice.
  • Positionner le « fan » au centre de l’écosystème.
  • Innover dans l’offre commerciale.
  • Accélérer la digitalisation.
  • Inscrire l’entrepreneuriat des jeunes comme une priorité.
  • Réformer la gouvernance.
  • Accentuer la collaboration régionale.
  • Promouvoir les partenariats public-privé.
  • Inscrire le sport comme réponse aux Objectifs de développement durable.
  • Valoriser les patrimoines culturel, immatériel et naturel africains dans la promotion du sport.

Les leviers pour faire du sport une locomotive économique « devront être ajustés localement, selon les ressources et stratégies spécifiques à chaque pays », concluent Mazars et ASCI. Lesquels travaillent déjà à la rédaction d’une deuxième étude relative à l’évaluation chiffrée de l’économie du sport en Afrique.

LS

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