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African Business

Le Sénégal surfe sur la vague du succès technologique

Le fournisseur d’argent mobile Wave, la première « licorne » technologique d’Afrique francophone, suscite l’enthousiasme dans un marché calme généralement éclipsé par les géants anglophones du continent.

Par Tom Collins

Jusqu’à récemment, les Fintechs africaines à croissance rapide et bien financées se trouvaient principalement dans des pays de haute technologie comme l’Égypte, le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Le fait que Wave, un fournisseur d’argent mobile basé au Sénégal, a réalisé la plus forte levée de fonds de sa catégorie jamais réalisé en Afrique est un signe que les choses commencent à changer.

La société, qui a été fondée en 2018, a levé 200 millions de dollars auprès de quatre grandes sociétés de capital-risque de la Silicon Valley, portant la valorisation de Wave à 1,7 milliard $, ce qui en fait la première licorne francophone d’Afrique. La confiance des firmes américaines – Sequoia Capital, Founders Fund, Ribbit Capital et Stripe – dans une entreprise construite de toutes pièces au Sénégal est significative.

La majorité des financements injectés sur le marché sont des subventions ou des financements concessionnels. Très peu d’entreprises technologiques sénégalaises ont levé plus d’un million de dollars, car la plupart d’entre elles en sont encore à leurs balbutiements.

« Aujourd’hui, nous sommes le premier fournisseur d’argent mobile au Sénégal en nombre de clients », commente la directrice générale de Wave, Coura Sene, à African Business. « Notre limite de croissance est la taille de la population en Afrique », ajoute-t-elle, faisant valoir que son entreprise propose un produit utilisé par plus de la moitié des 17 millions d’habitants du Sénégal, après seulement trois ans.

Cependant, le succès de Wave est une exception au Sénégal, où le secteur technologique est beaucoup moins avancé que dans d’autres pays africains. L’écosystème, qui abrite environ 70 start-up,- n’avait levé qu’environ 26 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2021 –  ce qui met en perspective la dernière augmentation de Wave.

Le secteur le plus important est la Fintech, représentant 22% du marché, suivi de la logistique, selon les données collectées par Briter Bridges. Le statut naissant du marché est conforme à la tendance générale selon laquelle les marchés africains francophones sont moins développés en matière de technologie que leurs homologues anglophones.

Alors que des pays comme le Kenya et le Nigeria regorgent d’incubateurs, d’accélérateurs, de fonds d’investissement et d’entreprises de plus de dix employés, l’échelle est bien plus petite, même en Côte d’Ivoire et au Sénégal, les pays technologiques les plus prometteurs d’Afrique francophone.

« La mentalité anglophone et francophone n’est pas la même, il y a une aversion au risque beaucoup plus forte dans la mentalité française », explique Victor Pied, chef de projet numérique à l’Institut français de Dakar (IFD). Qui constate : « En matière de réglementation, la flexibilité est également plus forte sur les marchés anglophones. »

Une approche à peaufiner

Un bon exemple de réglementation plus prudente est la procédure d’autorisation au Sénégal pour les sociétés de technologie financière comme Wave. Coura Sene rappelle que Wave a choisi de s’associer à une banque locale plutôt que de demander une licence d’argent mobile indépendante afin de mettre les régulateurs plus à l’aise avec la nouvelle technologie.

Une prudence similaire a été appliquée par les régulateurs des marchés voisins comme le Nigeria jusqu’à récemment, tandis que d’autres au Kenya ont adopté une approche plus accommodante qui permet aux entreprises de se développer, la réglementation rattrapant son retard plus tard.

Maintenant que Wave connaît une croissance rapide et envisage une expansion sur d’autres marchés comme la Côte d’Ivoire, la société a demandé une licence d’argent mobile indépendante. La société cherche activement un bureau de représentation au Togo.

Thomas Kowalczyk, directeur national du Sénégal pour Fleeti, une start-up de gestion de flotte fondée au Sénégal, fait observer un autre problème, la familiarisation des entreprises traditionnelles avec les produits technologiques.

La start-up aide les entreprises de livraison à économiser jusqu’à 20% sur la consommation de carburant en leur fournissant un accès en temps réel aux données et au suivi sur une plateforme numérique. Depuis son lancement en avril 2020, Fleeti a réussi à intégrer plus de 2 500 clients travaillant avec un mélange d’entreprises françaises comme le distributeur Auchan et des entreprises locales.

« Avec les entreprises sénégalaises ou libanaises, c’est un peu plus difficile, il faut prouver aux clients comment le système va les aider », explique Thomas Kowalczyk. « Nous leur proposons notre système pendant deux semaines et leur montrons comment ils peuvent économiser de l’argent et gagner du temps en contrôlant la flotte. C’est beaucoup de travail au début. »

En tant que l’une des plus grandes entreprises technologiques du marché, Fleeti, qui a été fondée par deux citoyens français, l’un qui a précédemment dirigé la création de Jumia au Sénégal, annoncera prochainement une levée de fonds pour alimenter son expansion, révèle Thomas Kowalczyk. Qui se fixe des objectifs ambitieux d’expansion dans quinze pays africains, d’ici 2023. Cependant, après un démarrage lent, le secteur technologique du Sénégal commence à se développer rapidement.

De multiples talents

« Cela change vraiment très vite », confirme le patron de Fleeti. « Ce n’est pas le plus grand pays, en termes de PIB, mais on y trouve beaucoup de start-up, de fonds d’investissement et de financements. Les choses changent très vite en matière de numérisation au Sénégal, qui ne manque pas de talents. » De longue date, le gouvernement met l’accent sur l’enseignement primaire et secondaire.

De nombreux étudiants francophones de pays de la région, notamment le Togo, le Bénin, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, viennent étudier au Sénégal, ce qui laisse une mine de talents sur le marché après l’obtention de leur diplôme.

Le gouvernement a également apporté d’importantes améliorations à l’écosystème au cours des dernières années. « Du point de vue de la réglementation, la grande avancée qu’est le Startup Act donne aux jeunes entreprises deux ans d’activité sans impôts », explique Victor Pied. Le représentant de l’IFD y voit là « un gros avantage introduit sous Macky Sall ».

Le secteur est également stimulé par une série d’acteurs indépendants dont Jokkolabs, un espace de coworking et incubateur qui s’est depuis étendu à huit autres marchés africains, et Teranga Tech, un incubateur et accélérateur franco sénégalais. Toutefois, la majorité des financements injectés sur le marché sont des subventions ou des financements concessionnels, par opposition au financement par actions.

Très peu d’entreprises technologiques sénégalaises ont levé plus d’un million de dollars, car la plupart d’entre elles en sont encore à leurs balbutiements. Certains des plus gros investisseurs dans l’espace sont Partech, un investisseur mondial dans la technologie, et Orange Digital Ventures, une filiale bien financée du groupe français de télécoms. La dernière augmentation de Wave devrait attirer l’attention des fonds et des investisseurs non francophones qui n’avaient auparavant qu’une exposition limitée au marché technologique du Sénégal.

@TC

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Written by Par Tom Collins

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