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Le Sénégal réceptionne son premier satellite

Le Sénégal réceptionne son premier satellite
  • Publiédécembre 22, 2023

La collecte et la transmission de données sont cruciales pour l’environnement, l’agriculture, l’industrie. C’est pourquoi le Sénégal veut devenir une nation spatiale. Le premier satellite sénégalais sera en orbite dès mars 2024, avant un second dans deux ans et demi.

 

Le Sénégal a réceptionné son premier satellite, le 15 décembre 2023 à Montpellier, dans le sud de la France, confirmant son ambition de devenir une nation spatiale. Cette ambition se matérialise par le projet Sensat destiné à fabriquer et mettre en service un satellite. Il a déjà permis au Sénégal de disposer des ressources humaines qualifiées et suffisantes pour tirer le maximum du potentiel offert par le spatial. C’est dans ce cadre que le ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a noué un partenariat avec le centre universitaire de Montpellier pour la fabrication et l’exploitation du satellite sénégalais.

Le Sénégal est le seul pays de l’Afrique de l’Ouest francophone à se lancer dans l’espace. Il sera suivi par la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Dans la sous-région le Ghana et le Nigeria ont pris de l’avance.

Cette collaboration a permis de former huit ingénieurs et cinq techniciens qui ont fabriqué le premier CubeSat du Sénégal, sous la supervision du centre spatial universitaire de Montpellier et l’encadrement d’une équipe technique composée d’universitaires sénégalaise. Gayane Faye, coordinateur du projet, se félicite de cette collaboration et de la fabrication du premier satellite du Sénégal :

Le micro-satellite du Sénégal« Ce satellite s’appelle Gaindesat, cela signifie « le Lion« , l’emblème du Sénégal, en wolof. Ce premier satellite est le fruit de la collaboration avec le centre universitaire de Montpellier qui est un centre universitaire de formation, de recherche et d’ingénierie spatiale et qui a une expérience de plus de dix ans la fabrication et l’exploitation de microsatellite. »

Selon Gayane Faye, la course vers l’espace pousse le Sénégal à se réinventer, le spatial aura son rôle à jouer dans la croissance future du pays. 

 « Dans tous les domaines, dans tous les secteurs d’activité, le spatial apporte des solutions. Si aujourd’hui le Sénégal se lance dans le spatial, c’est pour profiter du potentiel qu’offre le spatial pour soutenir son développement, pour aider les décideurs à prendre des bonnes décisions », explique-t-il. Et de prendre un exemple : « Le spatial permet de faire un suivi de l’agriculture, de suivre et mieux maîtriser notre urbanisation, de gérer les catastrophes naturelles comme les inondations, l’érosion côtière, les feux de brousse, etc. »

 

Gain de temps, d’argent, d’énergie

Voilà pourquoi, aujourd’hui le spatial constitue « un outil qui permet aux décideurs de disposer des bonnes informations pour prendre des meilleures décisions, gérer les ressources naturelles et les catastrophes naturelles de notre pays. Compte tenu de cette importance du spatial, le Sénégal ne peut pas aller vers le spatial pour exploiter ce potentiel ».

Le satellite réceptionné à Montpellier aura divers développements scientifiques et techniques. « La première contribution sera la collecte d’informations. Le Sénégal dispose de structures de collectes d’informations comme l’Office des lacs et des cours d’eau. Ces structures ont des stations de mesures à travers le pays, mais elles sont obligées de se déplacer vers des lieux pour prendre les données ou télétransmettre. Ce sont des méthodes très coûteuses, en temps, en argent et en énergie. La mission de ce satellite est d’aspirer toutes ces données mesurées par ces stations-là, les transférer aux stations de Dakar et les mettre à la disposition des structures concernées. »

Résultat : « Gain de temps, d’argent et d’énergie ». Pendant l’hivernage, le fleuve Sénégal peut subir des crues. Ce satellite permet d’anticiper et informer les populations afin qu’elles prennent les dispositions rapidement.  « La deuxième mission sera l’imagerie », poursuit Gayane Faye. « Il s’agira de prendre des images sur toute l’étendue du territoire national ». « Ces images seront utilisées pour enrichir les applications sur le suivi agricole et humain et enrichir la cartographie des inondations, de la déforestation, des feux de brousses, l’exploitation des plans de site des mines, sur les sites d’hydrocarbures… » L’exploitation pétrolière et gazière suppose, en effet, la surveillance des fuites, des risques de marées noires.

On le voit, la donnée transmise par satellites nourrit de nombreuses applications au service des citoyens et aux décideurs, permettant une meilleure planification. « Et cela va énormément impacter l’économie du Sénégal. »

Le satellite sénégalais est conçu par des Sénégalais pour répondre à des besoins spécifiques avec l’appui technique et technologique des ingénieurs français ; il s’agit de renforcer les acquis du projet et d’en permettre l’agilité, à travers des infrastructures qui répondent aux normes internationales.

 

Transfert de compétences

Concrètement, Gayane Faye « ce satellite passera deux fois par jour au-dessus du Sénégal à des heures régulières. Pour chaque passage, il sera au-dessus du Sénégal environ deux minutes. Durant lesquelles il collectera les données qu’il transmettra à la station de Dakar. Il effectue le tour la terre en 90 minutes environ. C’est un satellite 1U.  Un cube de 10 cm de côtés, aux environs de 1 kilo : un concentré des technologies qui va tourner autour de la Terre à une altitude entre 550 et 600 kilomètres. »

Gayane Faye, coordinateur du projet Sensat.
Gayane Faye, coordinateur du projet Sensat.

 

Le projet Sensat a couté au Sénégal plus d’un million d’euros. Ce montant a servi à la formation des ressources humaines, à la conception, la fabrication et l’exploitation du satellite. Pour le Sénégal, l’objectif principal tient dans le transfert des compétences, de la technique et de la technologie.

« Le centre universitaire de Montpellier accompagne aujourd’hui le Sénégal dans la définition des infrastructures qu’il faut mettre en place pour permettre aux ingénieurs formés, de retour au pays, de pouvoir exercer comme ils le faisaient en France », insiste Gayane Faye.

Le Sénégal a commencé déjà à travailler sur son deuxième satellite qui sera lancé dans deux à trois ans. Ce qui explique la volonté politique des autorités sénégalaises de s’engager dans la course vers le spatial avec l’unique but de collecter le maximum de données et d’informations environnementales.

« Nous voulons formés des ressources humaines suffisantes et qualifiées pour pouvoir mieux exploiter nos satellites et le spatial. C’est la base du développement du spatial : la formation des ressources humaines. Nous ne voulons pas être dépendants des compétences et des ressources.. Le Sénégal vient de créer son agence spatiale qui viendra renforcer les capacités institutionnelles et gouvernementales. » De son côté, « le deuxième satellite viendra renforcer le premier pour maximiser nos possibilités de collecte des données et d’informations environnementales », renchérit le coordinateur du projet.

Désormais, avec l’Agence spatiale sénégalaise, le pays dispose « d’un organe de gouvernance stratégique et politique qui pilote tout ce qui relève du domaine spatial. Le but est de développer le spatial et de maîtriser tous les segments du spatial ainsi que la partie technique et opérationnelle. »

Pour répondre à la question de savoir ce qui va changer après le lancement de ce satellite dans l’espace au premier trimestre de l’année 2024, Gayane Faye énumère cinq éléments.

« Le premier changement, ce sera la façon de collecter des informations qui aidera à gagner en temps, en argent et en énergie. Le deuxième sera le renforcement des capacités humaines. Le troisième sera le transfert des compétences, des techniques et des technologies. Le quatrième sera de disposer des infrastructures avec le temps pour bien réaliser le travail exigé par le spatial. Et enfin, le cinquième changement sera de mettre en valeur les ressources humaines que nous avons formées en leur permettant de créer des centres de formation, de recherche et d’innovation ».

Le lanceur choisi pour mettre en orbite ce satellite est la société américaine SpaceX de Elon Musk. C’est la société qui a gagné l’appel d’offre devant Ariane, le lanceur civil européen de satellites.

@AB

Écrit par
Mamadou Bah

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