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African Business

Le Sénégal en quête d’entrepreneurs

Le Plan Sénégal émergent a créé beaucoup d’emplois, durant la période 2014-2018. À présent, l’effort doit se concentrer sur le soutien au secteur privé et au tissu entrepreneurial, conclut une étude.

Par Marie-Anne Lubin

Une étude menée par la BAD (Banque africaine de développement) et l’État du Sénégal dresse un bilan plutôt à la fois encourageant et exigeant du Plan Sénégal émergent, cher au président Macky Sall. En effet, lors de sa première phase (2014-2018), le PSE aurait créé 187 000 emplois.

Néanmoins, les auteurs considèrent que désormais, les investissements privés doivent l’emporter sur les investissements publics, moins créateurs d’emplois. Et que le Sénégal, aujourd’hui, n’a pas le profil d’un pays entrepreneurial. Bilan dans le bilan, l’étude se penche sur les effets du soutien spécifique de la BAD.

Dans le cadre du PSE, l’État devrait consolider les mesures qui permettent de stimuler l’investissement privé, renforcer les institutions qui accompagnent les PME, afin de créer un tissu de PME performantes qui créent des emplois qualifiés.

Le Sénégal a investi 235 millions d’euros dans les secteurs prioritaires marchands sur la période. La contribution de la BAD, un des partenaires de premier plan du gouvernement sénégalais, à cet investissement, s’élève à 103,5 millions d’euros, représentant quelque 44% du coût global.

« L’agriculture et l’agro-industrie sont les secteurs les plus pourvoyeurs d’emplois, permettant la réduction de la pauvreté et l’accroissement des classes moyennes », souligne l’étude. Les investissements dans les secteurs prioritaires dans le cadre de ce plan ont ainsi permis de créer 186 932 emplois directs et indirects, en particulier dans le secteur des services où on a enregistré la plus forte création d’emplois.

« La contribution de la BAD à ces créations d’emplois est de 15%, soit 28 852 emplois créés, dont 35% occupés par des femmes et 54% par des jeunes. Toutefois, ces emplois demeurent majoritairement non qualifiés », relève l’étude, citée ici par la BAD.

Selon ses auteurs, 73,2 % des emplois dus à l’apport de la Banque sont occupés par des non qualifiés, contre seulement 3,5 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur (diplômés du niveau Bac+2 au doctorat). La tendance devrait s’inverser au cours des prochaines années, le PSE prévoyant la création de 600 000 emplois à l’horizon 2024.

Les TIC essaiment la création d’emplois

Pour atteindre cet objectif, les auteurs retiennent un scénario « réaliste » qui consisterait en ce que la Banque solde le décaissement de la période précédente et décaisse seulement 50% de ses nouveaux engagements. « Les impacts directs et indirects du scénario sont de 101 703 emplois », selon le document.

Les infrastructures, selon l’étude, représentent le secteur dont la part d’emplois adressée aux jeunes est la plus élevée, suivi de l’agriculture. De façon relative, les mines et l’industrie ainsi que l’agriculture et l’agro-industrie sont les secteurs, dans lesquels des investissements généreront le plus d’emplois pour les jeunes et les femmes.

« Dans le scénario plus réaliste, la création d’emplois par les investissements de la BAD est estimée à 51 863 emplois directs et indirects », prévoit l’étude. Qui poursuit : « de manière générale, la faiblesse de l’élasticité investissement/emploi démontre la nécessité de placer l’emploi comme un objectif transversal au niveau macroéconomique et sectoriel afin de créer assez d’emplois pour absorber le nombre croissant d’arrivées sur le marché du travail et consolider le processus d’émergence du pays ». Durant la première phase de la mise en œuvre du PSE, la croissance économique s’est raffermie, passant de 6,6% en 2014 à 7,15% en 2017 et 7% en 2018.

Ce dynamisme économique a été tiré par la croissance du secteur primaire (7,8%), grâce à l’agriculture et aux activités connexes. Le secteur secondaire enregistre une croissance de 6,9%, due principalement aux sous-secteurs des industries extractives, de l’agroalimentaire et du bâtiment. Pour sa part, la croissance du secteur tertiaire atteint 6,7%, notamment grâce au commerce de détail.

Pour la période actuelle, les auteurs considèrent que le rendement du capital diminue dans le secteur public, tandis qu’il augmente dans le secteur privé. Ce, du fait du coût des investissements passés. Aussi, ils concluent que pour la plupart des secteurs industriels, « un investissement privé aurait plus d’impacts positifs qu’un investissement public de même montant ».

Quel contenu local pour les grands investissements ?

Évoquant la spécificité des TIC (Technologies de l’information et de la communication), les auteurs remarquent que ce secteur est le plus créateur d’emploi, avec l’agro-industrie, pour 1 milliard de F.CFA investi.

Dans les TIC, 99% des emplois créés sont des emplois indirects, « ce qui montre l’effet de diffusion de ce secteur sur le reste des secteurs de l’économie ».

En revanche, les investissements dans le domaine des infrastructures ont un impact sur l’emploi limité à court terme. D’ailleurs, ces données posent la question du « contenu local » des investissements en infrastructures, qui sont réalisés bien souvent par des multinationales qui importent majoritairement des matériaux et intrant, au faible effet d’entraînement sur l’économie et l’emploi.

Au Sénégal, la majorité des emplois demeurent peu qualifiés et à la faible couverture sociale, déplorent les économistes. Selon qui 78% de l’offre d’emplois sur la période 2019-2023 se porterait sur les non instruits.

Pourtant, le Sénégal crée beaucoup d’emplois formels, mais 16% des travailleurs environ bénéficient des cotisations sociales. « Bien que l’essentiel des entreprises sénégalaises soient des petites entreprises, ce décor ne reflète pas un schéma d’entrepreneuriat réussi. »

Près de 87% des créateurs d’entreprise n’ont aucune instruction, par exemple. « Les jeunes les plus qualifiés n’entreprennent pas », constatent les auteurs, qui rappellent que de façon générale, les entreprises portées par les plus qualifiés sont les plus pérennes et à même de créer de l’emploi.

Seuls les secteurs des mines et industries (91%), agriculture et agro-industries (55%) et télécommunications (45%) généreraient majoritairement des emplois pour les diplômés de l’enseignement supérieur (46%). Dès lors, il devient « impératif » pour le Sénégal d’opérer « une mise à jour des compétences offertes à la main-d’œuvre jeune », si le pays veut franchir la ligne de l’émergence. 

À court et moyen termes, l’agriculture et l’agroalimentaire sont les options d’investissement les plus stratégiques pour absorber l’excès de main-d’œuvre non qualifiée sur le marché du travail, réduire la pauvreté et accroître l’effectif de la classe moyenne.

De leur côté, les TIC créent un effet de diffusions dans l’économie et devraient ainsi être intégrées de manière transversale dans les projets sectoriels.

‘Pour ce faire, l’État devrait consolider les mesures qui permettent de stimuler l’investissement privé, renforcer les institutions qui accompagnent les PME, afin de créer un tissu de PME performantes qui créent des emplois qualifiés.

Le PSE prévoit la mise en œuvre de la réforme sur l’accès au financement des PME et TPE. « Cette réforme nécessite un partenariat étroit avec l’ensemble des acteurs du système financier qu’ils s’agissent des banques commerciales, des fonds d’investissement, des institutions de microfinances et des fonds de garantie », concluent les économistes.

ML

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