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Le Sango est (presque) prêt

Le Sango est (presque) prêt
  • Publiéjuillet 21, 2022

Après un faux départ ce 21 juillet, la République Centrafricaine va vendre, à partir du 25 juillet, sa cryptomonnaie, le Sango, qui pèserait d’emblée 21 millions de dollars, selon le gouvernement. Lequel, en dépit des avertissements, croit en la pérennité de son projet. Actualisation.

 

Par Aude Darc

Ce 21 juillet, le gouvernement centrafricain a précisé qu’il serait possible d’acheter des Sango en ligne le 25 juillet à partir de 19 heures, heure d’Afrique centrale. La plateforme (app.sango.org) étant ouverte pour les inscriptions, les e-KYC (validation des identités) et les dépôts. Le ministre rattaché à la Présidence, Obed Namsio, précise que les personnes intéressées peuvent consulter le document Sango Genesis Paper qui « décrypte les subtilités techniques et les avantages de l’ambitieux et unique projet de la République centrafricaine fondé sur une monnaie numérique ».

« Nous avons franchi une nouvelle étape et nous pouvons écrire l’histoire, ensemble, dans notre quête d’un avenir meilleur. » Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra n’en démord pas : cet « avenir meilleur » de son pays passe par un nouveau système monétaire fondé sur le bitcoin. 

Cette monnaie, décrite comme étant une « monnaie numérique nationale » sera mise en vente le 25 juillet, pour un investissement minimum de 500 dollars, à payer en bitcoin ou en ethereum, précise ladite plateforme.

Dans le cadre de l’initiative de la République centrafricaine, les investisseurs étrangers pourront acheter la citoyenneté pour 60 000 $ de crypto-monnaie, les pièces Sango équivalentes étant détenues en garantie pendant cinq ans, et la « e-localisation » pour 6 000 $, détenus pendant trois ans, selon la plateforme.

Une parcelle de terrain de 250 mètres carrés est listée pour 10 000 $, les pièces Sango étant conservées pendant une décennie. Reste à savoir si ces options seront également mises en vente dès le 21 juillet, lorsque 210 millions de pièces Sango seront proposées, au prix de 0,10 $ chacune. D’où les 21 millions $ attendus par l’État.

« Le réseau va suivre pour permettre aux paysans, dans les milieux les plus reculés, de vendre à distance leurs produits, de communiquer sur leurs productions, mais aussi de mobiliser et demander des crédits. »

La plateforme précise qu’il est programmé douze autres ventes de pièces, le prix augmentant à chaque fois. De nombreux détails restent à préciser, notamment la technologie utilisée, les entreprises qui soutiennent le déploiement et si le prix du jeton est flottant ou fixe.

Les conditions générales de la plateforme d’investissement Sango stipulent que les Sango Coins non utilisés ne peuvent être remboursés et reconvertis en d’autres cryptomonnaies.

 

Des retombées pour les populations ?

Fidèle Gouandjika, ministre conseiller spécial du chef de l’État sur ces questions, a présenté le projet à un public de financiers. « Le Sango est désormais la monnaie nationale de la République centrafricaine. Les autres monnaies, européennes ou africaines, sont basées sur la richesse naturelle du pays », a-t-il justifié. Non sans prendre quelques libertés avec l’histoire monétaire : « Aux États-Unis, le dollar est coté par rapport à la quantité d’or thésaurisé dans les banques américaines, ou dans le Trésor américain. » De son côté, la Centrafrique « a suffisamment d’or, a une quantité incommensurable (sic) de diamants, de l’uranium ». Bref, le pays « a ce qu’il faut pour être riche ». Pourtant, « on ne voudrait pas vendre cette richesse naturelle avec du CFA, parce que nous allons d’abord perdre la moitié, ensuite nous allons perdre en convertibilité de la monnaie », explique Fidèle Gouandjika.

De son côté, son collègue du gouvernement, ministre des Grands travaux, Pascal Bida Koyagbélé, préfère des arguments plus concrets. Il estime que la création du Sango va relancer l’intérêt des investisseurs pour la Centrafrique et attirer des capitaux pour financer des travaux d’infrastructure. « Ce sont tous les acteurs de la blockchain qui sont désormais en mesure d’investir dans le marché centrafricain ; ce sont des investisseurs du monde qui savent qu’il y a des opportunités en Centrafrique et qui vont se manifester, pour certains qui sont intéressés. » Selon le ministre, « grâce au Sango, le paysan du fin fond du pays pourra disposer de financement ! »

 

Chute du bitcoin

Concrètement, le gouvernement va « mettre en œuvre tout un programme de mise à disposition de smartphones pour les distribuer à faible prix aux Centrafricains », a promis le ministre Koyagbélé. Le Sango permettra de vulgariser l’usage des cryptomonnaies. « Et derrière cela, le réseau va suivre pour permettre aux paysans, dans les milieux les plus reculés, de vendre à distance leurs produits, de communiquer sur leurs productions, mais aussi de mobiliser et demander des crédits. »

Ainsi, la Centrafrique, où l’accès à l’Internet et à l’électricité est faible, est pourtant devenue le premier État africain à donner cours légal au bitcoin en avril, et à annoncer, voici quelques semaines le lancement de sa propre cryptomonnaie.  Ce grand saut dans l’inconnu monétaire surprend la plupart des experts en crypto-monnaies et suscité des mises en garde du Fonds monétaire international et de la Banque centrale. Les premiers faisant remarquer que la création effective du Sango intervient en pleine tempête mondiale autour des cryptomonnaies, un marché particulièrement volatil. Par exemple, le bitcoin a perdu environ 55 % de sa valeur depuis le début de l’année. Les prix ont bondi en 2020 et 2021, mais ont fortement chuté ces derniers mois, les investisseurs délaissant les actifs risqués, revenant vers l’or – tensions inflationnistes obligent – et le dollar.

En dépit des avertissements des uns et des autres, « pour nous, l’économie formelle n’est plus une option », avait rétorqué le président Touadera lors d’un événement en ligne commercialisant son projet, au début du mois.

En Amérique centrale, un gros pari sur le bitcoin par le Salvador a tourné court, ces derniers mois, la cryptomonnaie ayant subi une forte baisse, ses avoirs ayant chuté de plus de la moitié en valeur.

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

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