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Le Rwanda s’éloigne de l’agriculture de subsistance

Le Rwanda s’éloigne de l’agriculture de subsistance
  • Publiémars 9, 2022

Alors que la ZLECAf augmente les opportunités d’exportations agricoles, que la technologie et les progrès offrent de nouvelles méthodes de travail aux agriculteurs, le Rwanda envisage de réformer un marché agricole qui a longtemps reposé sur les petites exploitations.

Par Lars Larsson

L’agriculture a longtemps été l’épine dorsale de l’économie rwandaise et emploie encore aujourd’hui 70% des Rwandais. Elle représente 31% du PIB et 90% de la consommation intérieure.

Avec l’augmentation de l’insécurité alimentaire régionale et la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) promettant d’augmenter considérablement le commerce intra-africain, le Rwanda vise un rôle de premier plan d’exportateur de produits alimentaires.

L’économie rurale du Rwanda a été réduite en cendres par la violence ethnique de 1994. Aussi a-t-elle été ciblée comme un domaine prioritaire pour stimuler la reprise économique. Des études exhaustives ont été menées sur la géographie variée du pays pour révéler une gamme de types de sols et de microclimats différents.

 « Nous essayons de renforcer les partenariats pour encourager à la fois la substitution des importations ainsi que les exportations. Il n’y a pas de solution miracle, c’est pourquoi les dépenses publiques du gouvernement sont réparties dans tous ces domaines », explique Gérardine Mukeshimana, ministre de l’Agriculture.

Le programme d’intensification des cultures de 2007 a formé les agriculteurs aux meilleures pratiques, a donné accès à des semences de haute qualité et a augmenté l’utilisation des engrais de 5 % à 70 %. L’État a accordé des subventions qui vont de 15 % à 35 % pour les engrais minéraux et de 50 % à 80 % pour les semences améliorées.

Néanmoins, beaucoup de travail reste à faire. Entre 2010 et 2015, les taux de malnutrition chronique chez les enfants de moins de cinq ans sont passés de 44 % à 35 % mais restent parmi les plus élevés au monde. Le Programme alimentaire mondial estime que 20 % des Rwandais sont en situation d’insécurité alimentaire. Malgré des améliorations récentes, l’utilisation d’engrais reste inférieure à la moyenne régionale.

Avantages de la géographie

La région des Grands Lacs détient 27% de l’eau douce du monde, et la situation équatoriale et l’altitude du Rwanda signifient un climat stable tout au long de l’année, ponctué par deux saisons des pluies (en octobre et en avril).

Cela permet une culture toute l’année avec une récolte par saison des pluies. L’utilisation de l’irrigation artificielle assure même une troisième récolte de nombreuses cultures.

Les hautes altitudes du Rwanda (le point le plus bas du pays est à 950 mètres au-dessus du niveau de la mer) et le paysage vallonné sont parfaitement adaptés à la culture du thé et du café. Mais la géographie du pays a aussi ses inconvénients, sous la forme de maladies inhabituelles des cultures et du bétail endémiques à la région, et d’une gamme de variétés de sols exigeantes.

L’Afrique est également le continent le plus vulnérable au changement climatique bien qu’il soit le plus faible émetteur de gaz à effet de serre. L’insécurité alimentaire est une préoccupation majeure dans toute l’Afrique alors que les conditions météorologiques changent, que les récoltes en sont affectées et que les villes continuent de croître à des rythmes parmi les plus rapides au monde.

Ces problèmes, cependant, sont surmontés grâce à des recherches rigoureuses sur les cultures et les intrants les mieux adaptés aux différentes régions du pays. Les cultures de grande valeur telles que les avocats, les fruits de la passion, les haricots verts, les piments et les champignons reçoivent actuellement le plus d’attention.

En réponse à la pandémie de la Covid-19, le Rwanda a maintenu les subventions agricoles et les livraisons de nourriture aux groupes défavorisés, des mesures qui ont aidé le secteur. La flotte du transporteur national RwandAir a été réaffectée à la livraison d’exportations alimentaires de grande valeur, dont la compagnie aérienne transporte 120 tonnes par semaine vers l’Afrique du Nord, le Golfe et l’Europe.

Changements structurels

L’agriculture est un secteur de croissance prioritaire. La Vision 2050 du pays repose sur un plan de réformes de l’agriculture rwandaise en évoluant vers des pratiques agricoles plus innovantes.

« Cela signifie s’éloigner de l’agriculture de subsistance et apporter les changements structurels nécessaires pour réaliser ce programme », commente Gérardine Mukeshimana, ministre de l’Agriculture. « De plus en plus de personnes vont se déplacer vers des secteurs non agricoles conformément aux plans de développement du gouvernement ; ce qui signifiera un abandon de l’agriculture de subsistance et une augmentation de la taille des parcelles cultivées ».

L’une des priorités du gouvernement est la formation de coopératives pour éliminer progressivement les petites exploitations de subsistance improductives (qui représentent encore 75% de la production agricole) et passer à un secteur agricole axé sur les marchés. Cela se concrétise en offrant aux agriculteurs un accès aux subventions, à la formation, aux intrants et aux technologies, qui permettent de réaliser des économies d’échelle.

L’Agence coopérative du Rwanda est chargée de promouvoir les fermes coopératives pour augmenter la productivité et accroître l’accès des agriculteurs à des solutions financières, des conseils et une gestion compétente. Sa priorité actuelle est la promotion des sociétés coopératives d’épargne et de crédit (SACCO), qui permettent aux communautés agricoles de couvrir les risques et de fournir des garanties pour l’obtention de crédits.

Vision 2050 cherchera à inclure tous les agriculteurs dans ce système pour encourager un cercle vertueux d’investissements et d’économies d’échelle.

« Les coopératives donnent aux banques encore plus envie de travailler dans l’agriculture », explique Diane Karusisi, PDG de Bank of Kigali, qui ajoute « les coûts de transaction sont plus bas et nos propres intérêts sont mieux protégés contre les risques ».

Les petits agriculteurs sont également aidés par le Smart Nkunganire System (SNS), un partenariat entre la Banque de Kigali et la Fondation Bill & Melinda Gates. Le SNS est une vaste base de données d’exploitations individuelles qui oriente la prise de décision basée sur des données sur le type exact d’interventions et d’intrants nécessaires au niveau de chaque exploitation. Cela comprend la fourniture de produits financiers, tels que des prêts à la récolte pour les producteurs de thé et de café.

Alors que l’économie rwandaise se développe et qu’une génération entière d’aspirants agriculteurs de subsistance est dotée d’une formation technique, le pays devrait connaître une expansion rapide de ses capacités technologiques dans tous les secteurs, y compris dans les secteurs traditionnels comme l’agriculture.

Aujourd’hui, le secteur est dominé par la production primaire et l’exportation de matières premières, mais vise à évoluer vers une transformation agricole à valeur ajoutée dans les décennies à venir. Plus en amont, l’agritech augmente la productivité, réduit les intrants et libère des ressources humaines pour le reste de l’économie.

Au-dessus de ces développements encourageants se profile l’un des plus grands développements mondiaux du commerce international, la ZLECAf. L’harmonisation des réglementations et l’abaissement des barrières commerciales permettront d’étendre les infrastructures continentales pour faciliter la logistique et la distribution, ce qui est particulièrement important pour l’agriculture.

Attirer les investisseurs

« Cela aidera à attirer des investissements, à augmenter la production, à ajouter de la valeur, à réduire le gaspillage alimentaire, à prolonger la durée de conservation et, surtout, à augmenter la productivité », déclare Gérardine Mukeshimana. « Saisir cette opportunité est la réponse au piège de l’insécurité alimentaire auquel de nombreux pays africains sont confrontés, tout en s’attaquant à une série de problèmes connexes tels que le chômage. »

Pour stimuler les exportations, le Rwanda prévoit d’attirer des investisseurs privés pour fournir de la recherché, des camions frigorifiques, des chambres froides, des entrepôts, de l’irrigation et des intrants.

« Nous essayons de renforcer les partenariats pour encourager à la fois la substitution des importations ainsi que les exportations. Il n’y a pas de solution miracle, c’est pourquoi les dépenses publiques du gouvernement sont réparties dans tous ces domaines », explique Gérardine Mukeshimana.

Les incitations offertes comprennent l’importation en franchise de droits des intrants, l’exonération fiscale pour le matériel agricole, des exonérations fiscales de sept ans pour les nouvelles entreprises d’exportation et une réduction de 50% de l’impôt sur les sociétés pour les producteurs et exportateurs.

Les contrats agricoles garantissent aux agriculteurs un revenu fiable et intègrent les petits agriculteurs dans le système commercial mondial, tandis que la fourniture de crédit pour installer des systèmes d’irrigation permet une production tout au long de l’année.

Si le Rwanda peut développer son potentiel dans les infrastructures, la technologie et la finance tout en tirant le meilleur parti des opportunités de la ZLECAf, l’agriculture continuera à jouer un rôle central dans l’économie rwandaise.

 « Nous essayons de renforcer les partenariats pour encourager à la fois la substitution des importations ainsi que les exportations. Il n’y a pas de solution miracle, c’est pourquoi les dépenses publiques du gouvernement sont réparties dans tous ces domaines », explique Gérardine Mukeshimana, ministre de l’Agriculture.

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Par Lars Larsson

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