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African Business

« Le potentiel est indéniable, mais nul ne se nourrit de potentiel ! »

« Le potentiel est indéniable, mais nul ne se nourrit de potentiel ! »
  • Publiémai 2, 2024

Akiwumi Adesina lance un appel à l’engagement public et au financement des filières agricoles, que les promesses de la terre africaine deviennent réalité.

 

Au cours du Forum économique mondial de Ryad, le président de la BAD (Banque africaine de développement) a lancé un appel à une coalition d’engagements publics et de financements du développement secteur privé pour libérer le potentiel agricole de l’Afrique, afin d’ouvrir la voie à l’autosuffisance alimentaire du continent et à sa contribution à la sécurité alimentaire mondiale. Akinwumi Adesina qui qualifie ce potentiel d’« impressionnant », juge qu’il ne faut pas s’arrêter à ce constat.

« Allons au-delà des discussions sur le potentiel et concentrons-nous sur des investissements et des collaborations réalisables qui débloqueront les capacités agricoles de l’Afrique », a exhorté Akinwumi Adesina.

Le Forum de Riyad avait pour thème « De la nourriture et de l’eau pour tous ». L’occasion pour Akinwumi Adesina de plaider pour une plus grande coopération entre les gouvernements et les secteurs public et privé afin de transformer la production agricole en Afrique pour lui permettre de « nourrir le monde ».

Au cours d’une table ronde, différents dirigeants et experts mondiaux ont reconnu que l’Afrique disposait des terres et de l’eau nécessaires pour réaliser cette noble ambition, mais qu’elle manquait d’investissements importants et de cadres réglementaires pour exploiter correctement ses abondantes terres inutilisées et ses vastes ressources en eau.

Et Akinwumi Adesina de souligner que l’Afrique avait besoin d’une augmentation massive et générale des investissements dans les infrastructures de ce secteur, pour atteindre environ 78 milliards de dollars d’ici à 2050.

« Le potentiel est indéniable, mais nul ne se nourrit de potentiel… Nous devons libérer ce potentiel », a-t-il déclaré. Pour ce faire, il a déclaré que le secteur privé était essentiel, mais qu’il devait être associé à la création d’organismes publics de régulation bien gérés et administrés.

Globalement, l’Afrique regorge d’eau, mais une partie est souterraine. Exploiter ce potentiel et recourir beaucoup plus largement aux techniques modernes d’irrigation, y compris celles offertes par l’intelligence artificielle (IA), sont des objectifs stratégiques clés.

 

Des technologies de pointe éprouvées

 « Nous avons besoin d’une plus grande participation du secteur privé, nos services publics sont faibles et fonctionnent mal, nous devons améliorer la gouvernance », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une action concertée significative aidera à créer un secteur agricole d’une valeur d’environ 1300 milliards $ d’ici à 2030.

Des investissements – ciblés – et des technologies de pointe doivent répondre aux besoins urgents de 2,4 milliards de personnes qui ne disposent pas d’une alimentation adéquate et de 2,2 milliards de personnes qui manquent d’eau potable, à travers le monde ; voilà qui met en évidence le rôle de l’Afrique dans ce défi mondial.

Akinwumi Adesina a également souligné l’importance des petits exploitants agricoles et la nécessité de leur fournir de nouvelles variétés de semences résistantes à la chaleur et économes en eau. « L’accès aux nouvelles technologies a un prix, mais la BAD a démontré l’extraordinaire effet que peuvent produire des variétés efficientes sur le plan climatique. »

Situmbeko Musokotwane, ministre zambien des Finances
Situmbeko Musokotwane, ministre zambien des Finances

Pour sa part, la BAD a investi trois milliards $  rien que dans des projets liés à l’eau au cours des trois dernières années, raccordant 15 millions de personnes à l’eau et 17 millions à l’assainissement. Pourtant, des millions de personnes sont toujours confrontées à des pénuries. Le Président a mis l’accent sur des initiatives telles que la Facilité africaine de l’eau et a appelé à davantage d’approches similaires. La Facilité africaine de l’eau fournit des dons et une assistance technique spécialisée pour préparer des projets innovants et bancables dans le secteur de l’eau, prêts à attirer des investissements privés dans toute l’Afrique.

En écho, Situmbeko Musokotwane, ministre zambien des Finances et de la planification, a lancé un appel aux investisseurs mondiaux : « Nous avons la terre. Nous avons également de l’eau en abondance. Ce dont nous avons besoin, ce sont des ressources financières et une expertise en matière de gestion pour transformer ces actifs en une agriculture productive. »

Et de souligner le rôle vital de la technologie dans l’optimisation de l’utilisation des ressources, en particulier dans l’agriculture, afin de garantir la sécurité alimentaire du monde.

 

Ne négligeons pas les petits exploitants

Sur ce point, Jai Shroff, le patron d’UPL (photo ci-contre), a partagé ses réflexions sur les récentes innovations agricoles en Zambie. « Nous avons remplacé le maïs par le sorgho, qui résiste mieux à la sécheresse. Les résultats ont été remarquables : le sorgho a atteint un rendement de 100 % alors que les cultures de maïs environnantes ont péri. »

Il a également plaidé en faveur de l’agriculture à grande échelle en tant que vecteur de transformation économique, comme on l’a vu au Brésil, en insistant sur la nécessité de garantir les droits fonciers afin d’attirer les investissements à long terme.

À ce propos, Akinwumi Adesina a émis une mise en garde, rappelant aux participants l’importance des petites exploitations agricoles, qui produisent une part importante des denrées alimentaires en Afrique. « Tout en encourageant la modernisation et l’expansion, nous ne devons pas négliger les petits exploitants agricoles qui sont l’épine dorsale de nos économies rurales », a-t-il prévenu

Reste qu’il faut bien tenir compte des coûts économiques et environnementaux de l’approvisionnement en eau par des moyens non traditionnels.

Lina Noureddin (photo ci-contre), présidente de Lamar Holding, a évoqué le coût élevé et les besoins en énergie du dessalement, une technologie essentielle pour les régions où l’eau est rare. « Le dessalement coûte actuellement deux à trois fois plus cher que l’accès aux eaux de surface ou souterraines. Malgré cela, il est essentiel pour des régions comme l’Afrique du Nord où les niveaux de stress hydrique sont extrêmement élevés », a expliqué Lina Noureddin.

De son côté, Akinwumi Adesina a remis en cause les idées fausses sur les risques d’investissement en Afrique, citant une récente analyse de Bloomberg qui a révélé que le taux de défaut sur les prêts d’infrastructure en Afrique est nettement inférieur à celui d’autres régions. « La perception du risque éclipse souvent la réalité. Le taux de défaut réel de l’Afrique est relativement faible, et nous disposons de mécanismes tels que les garanties partielles de crédit pour atténuer davantage les risques. »

D’ailleurs, les intervenants ont dénoncé la prime que l’Afrique paie pour la sécurité de l’eau et la productivité agricole en raison de la vétusté des infrastructures, des défis climatiques et du sous-investissement. Ils ont appelé à un changement de paradigme dans la manière dont les investissements sont canalisés vers le continent, en plaidant pour des modèles de financement innovants, une meilleure gestion des risques et un soutien accru à l’adaptation technologique.

PF, d’après un compte rendu de la BAD

@AB

Écrit par
Paule Fax

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