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Le plan d’investissements italien est mal accueilli

Le plan d’investissements italien est mal accueilli
  • Publiéfévrier 16, 2024

Giorgia Meloni est critiquée pour son approche « néocoloniale » dans son plan d’investissement de 5,95 milliards de dollars, principalement dans l’énergie.

 

Le Premier ministre italien avait dévoilé un ensemble de propositions d’investissement couvrant plusieurs pays africains lors d’un sommet avec les dirigeants du continent à Rome, le janvier 2024. L’investissement total pourrait s’élever à quelque 5,95 milliards de dollars, selon Giorgia Meloni.

« Nous pensons qu’il est possible d’envisager et d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de nos relations, une coopération entre égaux, loin de toute imposition prédatrice ou de toute position charitable à l’égard de l’Afrique », déclarait-elle aux dirigeants africains lors du sommet.

L’Italie a acquis un poids diplomatique supplémentaire cette année, puisqu’elle préside le G7, groupe d’économies avancées.

Les ONG critiquent « l’exclusion des perspectives et des besoins africains » dans la conception du plan Mattei, tout en regrettant l’importance accordée par l’Italie aux investissements dans les combustibles fossiles.

Pour autant, l’initiative italienne n’a pas impressionné tout le monde. Le « nouveau chapitre » ouvert par Giorgia Meloni a suscité le scepticisme des responsables africains, qui se sont plaints que la dirigeante italienne ne les ait pas associés à l’élaboration de son plan.

Lors du sommet lui-même, Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, a déclaré sans ambages aux délégués : « Nous aurions aimé être consultés. » Moussa Faki Mahamat a également souligné « la nécessité de joindre l’acte à la parole », ajoutant : « Nous ne pouvons pas nous satisfaire de promesses qui, souvent, ne sont pas tenues. »

Le paquet dévoilé par Meloni fait partie du « Plan Mattei », qui tire son nom du fondateur du géant italien du pétrole et du gaz Eni, Enrico Mattei. L’objectif global de ce plan est de faire de l’Italie un pont entre les deux continents, l’Italie recevant des importations d’énergie en provenance d’Afrique qui pourraient être réexportées vers d’autres parties de l’Europe.

On le sait, l’Europe se tourne de plus en plus vers l’Afrique pour compenser les importations de gaz russe, qui ont considérablement diminué depuis le début de la guerre en Ukraine.

 

Manque de clarté

Le gouvernement italien et l’Eni ont été parmi les acteurs les plus actifs dans le renforcement des liens énergétiques. Depuis son entrée en fonction en octobre 2022, Giorgia Meloni s’est rendue à plusieurs reprises en Algérie, en Tunisie et en Libye, pays exportateurs de gaz d’Afrique du Nord. Eni, quant à elle, s’est engagée à investir massivement dans des projets gaziers dans plusieurs pays africains au cours des dernières années, notamment dans un projet de 8 milliards $ en Libye, annoncé en janvier 2024.

Outre le pétrole et le gaz, l’Italie devrait également importer de l’électricité produite par des projets solaires en Afrique du Nord. Plusieurs grands projets de construction de lignes de transmission sous-marines entre l’Italie et l’Afrique du Nord sont à différents stades de développement.

Toutefois, Giorgia Meloni n’a pas été très précise lors du sommet. Elle a dévoilé des mesures visant à développer la chaîne d’approvisionnement en biocarburants au Kenya, tout en mettant l’accent sur des projets déjà en cours, tels que l’interconnexion électrique ELMED entre la Tunisie et l’Italie, ainsi que le projet de corridor sud H2, qui permettra à l’Afrique d’exporter de l’hydrogène vers l’Europe.

Au-delà du secteur de l’énergie, Giorgia Meloni a affirmé que le plan Mattei se concentrerait également sur l’éducation, les soins de santé, l’agriculture et l’eau, et a annoncé plusieurs petits projets couvrant chacun de ces thèmes. Le sous-texte à peine voilé de ce plan est la conviction de l’Italie que l’investissement dans le développement de l’Afrique doit faire partie de la stratégie de lutte contre l’immigration à travers la Méditerranée.

« L’immigration illégale de masse ne sera jamais stoppée, les trafiquants d’êtres humains ne seront jamais vaincus, à moins que les causes profondes qui poussent les gens à quitter leur foyer ne soient traitées », a confirmé Giorgia Meloni.

Cela étant, les critiques affirment que la promesse d’investissement de 5,95 milliards $ n’est pas aussi généreuse qu’il n’y paraît à première vue.

 

Dangereuse ruée vers le gaz

Ce chiffre comprendra des prêts et des garanties de prêts, ainsi que des subventions, a reconnu Giorgia Meloni. En d’autres termes, le niveau d’investissement promis dépend de la capacité à persuader les entreprises du secteur privé de financer des projets et à convaincre les gouvernements africains que les conditions des prêts italiens sont favorables.

Les projets à inclure dans le plan ne sont pas non plus très clairs, ce qui laisse penser que des projets déjà annoncés, tels que l’interconnexion ELMED, seront inclus dans le chiffrage annoncé.

Une coalition de 80 ONG africaines a écrit au gouvernement italien au lendemain du sommet pour lui faire part de ses inquiétudes quant à son approche « néocoloniale ». Les ONG critiquent « l’exclusion des perspectives et des besoins africains » dans la conception du plan Mattei, tout en regrettant l’importance accordée par l’Italie aux investissements dans les combustibles fossiles.

La « ruée vers le gaz » en Afrique par l’Italie et d’autres nations européennes perpétue l’urgence climatique ainsi que la sécurité et la crise alimentaire qui, à leur tour, obligent les Africains à migrer dangereusement vers l’Europe, font observer les ONG.

@AB

Écrit par
Ben Payton

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