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African Business

Le nouveau souffle de Digital Africa

La structure Digital Africa de soutien aux jeunes pousses du numérique abandonne son modèle économique à but non lucratif pour se rapprocher du secteur privé. Forte des premiers succès du fonds Bridge, géré par Proparco, elle cherche à constituer son comité stratégique.

Par Laurent Soucaille

On la disait moribonde mais l’initiative Digital Africa trouve un nouveau souffle. Ses promoteurs publient un Livre blanc présentant son action, et promettent un tournant dans sa gouvernance, ainsi qu’une redéfinition de ses objectifs.

« Davantage peut être fait pour combler le déficit de financement des start-up, particulièrement les dispositifs de prêts. Il y a aujourd’hui une opportunité pour Digital Africa et ses partenaires européens de démultiplier les initiatives dans ce domaine et d’accélérer l’innovation. »

Dans l’optique de devenir un « Guichet unique » à l’attention des start-up africaines, pour reprendre l’expression de Stéphan-Eloise Gras, sa directrice exécutive, qui a tenu une courte conférence de presse, ce 15 février.

La plateforme « ambitionne » de s’associer à Proparco, en apportant une expertise supplémentaire aux programmes d’investissement existants. Digital Africa se positionnerait ainsi dans le continuum de la filiale de l’Agence française de développement dédiée au secteur privé, en se concentrant sur les start-up en phase d’amorçage.

L’objectif de Digital Africa est de déployer des capacités de financement d’amorçage direct pour les jeunes pousses numériques à fort potentiel, à travers le continent. Elle estime avoir le potentiel d’agir comme un super-agrégateur de données, de connaissances sur les besoins des start-up africaines, d’expertise réglementaire, de formation et de possibilités de financement.

En matière de gouvernance, Digital Africa se rapproche d’une structure mi-publique, mi-privée. Elle souhaite réunir un comité stratégique – l’appel aux candidats débute le 1er mars –, afin de réunir les acteurs de la tech africaine susceptibles de guider son action.

L’objectif est de mieux refléter la diversité des écosystèmes africains à la fois sur le plan géographique et des compétences, en réunissant des entrepreneurs, des investisseurs, des organismes de formation et de recherche, des incubateurs et des experts en politique de l’innovation provenant des quatre coins du continent.

 « Après trois ans d’existence, nous sommes plus que jamais convaincus que la technologie Made in Africa est essentielle pour une croissance plus inclusive et durable. C’est exactement pour cette raison que notre objectif est de dynamiser les start-up et les écosystèmes tech africains. », commente Stéphan-Eloise Gras.

Dans le cadre de son livre blanc, Digital Africa publie également sa feuille de route 2022-2025, avec l’ambition de soutenir 200 start-up africaines à fort impact. L’entreprise a défini douze programmes organisés en trois domaines d’intervention.

Équiper les start-up à fort impact, trouver des financements africains et mondiaux pour accroître l’ampleur des projets, développer la recherche et des recommandations réglementaires à l’appui des innovations numériques.

Démultiplier les initiatives

L’équipe d’Anka a levé 6,2 millions de dollars en janvier 2022

Digital Africa et Proparco disposent déjà d’un instrument : le fonds Bridge, doté de 5 millions d’euros. Il vise à soutenir les jeunes pousses impactées par la crise du Covid-19, et celles en phase d’amorçage ou entre deux levées de fonds, en leur donnant accès à des fonds de capital-risque, une forme de financement difficilement accessible en Afrique. On le sait, 87% des start-up africaines n’ont accès à aucun financement, et seulement 20 % des PME ont accès aux prêts bancaires.

En quelques mois seulement, plus de 230 entreprises ont postulé dans 40 pays d’Afrique, et Bridge a déjà attribué 3,4 millions d’euros. Les premiers prêts ont été signés avec dix entreprises africaines, avec des tickets allant de 150 000 euros à 600 000 euros.

Trois de ces dix start-up ont ensuite levé des tours de table de série A, B et C grâce au soutien apporté par le fonds. Parmi elles, citons Anka (anciennement Afrikrea), une start-up ivoirienne de e-commerce dédiée aux créateurs africains, qui a levé 6,2 millions de dollars en janvier.

Stéphan-Eloise Gras veut voir une utilité du fonds Bridge au-delà de la pandémie : « Notre intuition est que davantage peut être fait pour combler le déficit de financement des start-up, particulièrement les dispositifs de prêts. Il y a aujourd’hui une opportunité pour Digital Africa et ses partenaires européens de démultiplier les initiatives dans ce domaine et d’accélérer l’innovation ».

Un avis partagé par Grégory Clémente, directeur général de Proparco, selon qui le fonds Bridge « répond concrètement aux besoins des entrepreneurs du continent africain ».

Bridge cible les entreprises exerçant depuis au moins 18 mois, qui donc ont déjà bénéficié de premiers financements par un investisseur ou une structure reconnue. Les entreprises, engagées dans la tech africaine, doivent ainsi réaliser 75% de leur chiffre d’affaires sur le continent, ou y avoir au moins la moitié de leurs équipes.

Les secteurs ciblés par Bridge correspondent à des enjeux stratégiques pour les économies africaines : agriculture, énergie, connectivité, éducation, santé, inclusion financière, logistique et mobilité verte.

@ABF

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