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Le Nigeria accélère son passage aux énergies renouvelables

Le Nigeria accélère son passage aux énergies renouvelables
  • Publiéjanvier 25, 2024

La flambée des prix des carburants incite les Nigérians à prendre les énergies renouvelables davantage au sérieux, en particulier en matière d’électricité hors réseau.

 

La transition énergétique n’est pas évidente au Nigeria. La production de pétrole et de gaz reste l’activité économique la plus importante du pays, représentant de loin la plus grande part des recettes d’exportation.

Alors que les prix de l’essence et du diesel montent en flèche, les Nigérians s’intéressent enfin de plus près au potentiel des énergies renouvelables. Le pays possède des conditions presque idéales pour l’énergie solaire ; en théorie, au moins, des systèmes solaires à petite échelle pourraient être déployés rapidement, contribuant à étendre l’accès à l’électricité à des millions de Nigérians et à réduire la dépendance à l’égard des générateurs diesel coûteux et polluants. Lorsque la hausse des prix s’est accélérée de manière spectaculaire après l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, le Nigeria n’a pas été en mesure de tirer parti de cette opportunité.

Au lieu de cela, la production est tombée à son niveau le plus bas depuis plus de trente ans en 2022. Si cette situation est principalement due à des vols endémiques dans les oléoducs du delta du Niger, elle est également le reflet d’un sous-investissement durable dans le secteur. Les compagnies pétrolières internationales ont largement quitté le delta, ne conservant leurs actifs que dans des zones offshore moins risquées.

Personne ne peut affirmer que le développement des énergies renouvelables au Nigeria se fera rapidement ou facilement. Le pétrole et le gaz domineront inévitablement l’économie pendant de nombreuses années.

On ne sait pas encore si la loi sur l’industrie pétrolière, finalement adoptée en 2021 dans le but d’améliorer la gouvernance du secteur, modifiera de manière significative l’attitude des investisseurs. Shell est la dernière entreprise à se diriger vers la sortie ; elle a annoncé le 16 janvier qu’elle vendait sa filiale nigériane on-shore à un consortium d’entreprises locales.

La production de pétrole a légèrement augmenté en 2023 par rapport à l’année précédente, qui avait été désastreuse, mais elle reste bien inférieure à la moyenne à long terme. Uwa Osadiaye, premier vice-président de la FBNQuest Merchant Bank, explique que le gouvernement de Bola Tinubu s’efforce d’attirer des investissements dans des blocs en eaux profondes riches en gaz, afin de positionner le Nigéria comme fournisseur de gaz de l’Europe. En effet, les perspectives de production de gaz semblent plus favorables que celles du pétrole. « Les synergies sont possibles entre l’Europe et le Nigeria », juge-t-il.

 

Une lourde facture

Bien qu’il existe deux projets distincts de gazoducs pour relier directement le Nigeria au marché européen, Uwa Osadiaye estime que l’exportation de gaz sous forme liquide (GNL) est l’« option la plus évidente ». En effet, l’un des tracés proposés pour le gazoduc, qui passerait par le Niger, semble aujourd’hui encore moins viable à la suite du coup d’État de l’année dernière dans ce pays.

En fin de compte, le Nigeria a clairement l’opportunité de devenir un fournisseur majeur du marché européen. Uwa Osadiaye estime qu’il pourrait fournir 10% à 20 % des volumes qui provenaient auparavant de Russie. À plus long terme, cependant, l’Europe se détourne du gaz ; le Nigeria devra agir rapidement pour développer des projets d’exportation de GNL afin de profiter de la période actuelle de forte demande.

Alors que la réduction de la production a empêché le Nigeria d’augmenter ses recettes pétrolières en 2022, le gouvernement a également dû payer une facture très lourde pour subventionner le coût des carburants raffinés importés. Le coût des subventions a placé le premier producteur de pétrole d’Afrique dans la position étrange de souffrir économiquement pendant la flambée des prix du pétrole.

L’incapacité du Nigeria à raffiner localement des volumes importants de pétrole explique en partie pourquoi le régime de subventions, aujourd’hui aboli, s’est avéré si préjudiciable. Le pays exporte du brut, mais importe ensuite le produit raffiné, qui a plus de valeur. L’ouverture de la très attendue raffinerie Dangote – l’une des plus grandes au monde – contribuera à résoudre ce problème. Cette installation de 19 milliards de dollars située aux environs de Lagos a reçu sa première livraison de brut en décembre.

Il convient de gérer les attentes en ce qui concerne l’impact de la raffinerie. Le carburant raffiné par le groupe Dangote sera vendu aux prix du marché. Le raffinage local réduira les coûts de transport qui, selon Uwa Osadiaye, représentent 15 % à 20 % du coût total du produit vendu aux consommateurs.

L’impact positif de la raffinerie ne compensera pas la hausse massive des prix des carburants, qui ont triplé presque du jour au lendemain à la suite de la suppression des subventions. En fait, l’augmentation considérable des coûts du carburant soulève des questions sur l’avenir à long terme des véhicules à combustion interne au Nigeria.

 

Le pari des véhicules électriques

« Tout d’un coup, toutes les options deviennent envisageables », commente Olu Adeosun, ancien PDG du détaillant de carburant Ardova et président de la Major Oil Marketers Association of Nigeria (Association des négociants en pétrole du Nigeria). Alors que le gouvernement souhaite promouvoir le gaz naturel comprimé (GNC) comme alternative à long terme au pétrole, Olu Adeosun est sceptique quant à la viabilité de cette stratégie. Le GNC n’est « pas naturellement adapté à l’usage automobile » et nécessiterait des investissements importants et très complexes tout au long de la chaîne de valeur.

Olu Adeosun est beaucoup plus optimiste quant aux perspectives des véhicules électriques : « j’observe beaucoup d’intérêt pour ce type de véhicules ». À première vue, il s’agit d’une déclaration surprenante. Après tout, il n’y a pratiquement pas de véhicules électriques (VE) sur les routes du Nigeria aujourd’hui, et l’infrastructure de recharge publique est presque totalement absente.

Pourtant, Olu Adeosun affirme que le marché pourrait décoller assez rapidement, notamment en ce qui concerne les motos électriques, qui, selon lui, pourraient constituer une amélioration par rapport aux bicyclettes pour des millions d’usagers de la route à Lagos. La ville a également lancé ses deux premiers bus électriques l’année dernière. Un partenariat entre la société énergétique Oando Clean Energy et le fabricant chinois de bus Yutong promet un total de 12 000 véhicules de ce type.

Certes, o observe actuellement un « jeu de la poule et de l’œuf », les entreprises hésitant à être les premières à installer des infrastructures de recharge en l’absence d’une directive claire. Dans le même temps, les incitations gouvernementales seront nécessaires. Pour autant, Olu Adeosun, optimiste, juge que le marché des VE finira par percer. « Je suis fermement convaincu que cela va arriver. C’est imminent. »

 

Déploiement des énergies renouvelables

Le Nigeria est également confronté à d’énormes défis dans son secteur de l’électricité. Quelque 90 millions de Nigérians n’ont pas accès à l’électricité, selon le plan de transition énergétique du pays, tandis que 80 % de l’électricité produite dans le pays provient de générateurs diesel ou à essence.

Des progrès limités ont été réalisés dans l’installation d’énergies renouvelables à grande échelle qui alimentent le réseau électrique. Le plus grand projet solaire du pays, mis en service l’année dernière, a une capacité installée de seulement 10 MW – la plus grande centrale solaire d’Afrique du Sud a une capacité de 175 MW.

La situation est plus prometteuse pour l’énergie solaire hors réseau. De nombreuses entreprises sont entrées sur le marché pour fournir des systèmes solaires aux entreprises ou aux ménages, tandis que les mini-réseaux qui produisent de l’électricité à partir de panneaux solaires et qui desservent généralement les communautés rurales sont également de plus en plus populaires.

Tout comme le coût du plein d’une voiture a augmenté massivement l’année dernière, le coût de l’utilisation de générateurs diesel a également bondi à la suite de la suppression des subventions. Selon Theophilus Nweke, directeur général du fournisseur de systèmes solaires Cloud Energy, l’absence d’une alimentation électrique fiable nuit considérablement à la productivité. Les entreprises qui n’ont pas les moyens d’acheter de l’électricité souffrent d’un « énorme gaspillage d’heures de travail, de capital et de ressources humaines ».

Selon lui, les systèmes solaires peuvent faire une grande différence, par exemple pour les entreprises agroalimentaires qui ont besoin d’une électricité abordable pour leurs entrepôts frigorifiques. Cloud Energy a installé des mini-réseaux solaires alimentant en électricité des rizeries dans les États d’Adamawa et d’Anambra, ce qui permet à ces entreprises d’améliorer leur productivité.

 

L’essor de l’énergie solaire ?

Il y a au moins des signes timides d’une augmentation de la demande d’énergie solaire. Chioma Ome est la directrice nationale pour le Nigeria de Solar Sister, une entreprise qui soutient les femmes entrepreneurs dans la vente de produits d’énergie propre, y compris des dispositifs solaires de différents types, dans les communautés rurales. Elle rapporte que la hausse des prix du diesel a eu un impact majeur sur le marché.

« La demande d’énergies alternatives a considérablement augmenté ; nos femmes entrepreneures ont en fait vendu plus, gagné plus d’argent… il y a eu un impact positif sur leurs entreprises. »

Nigerian Arnergy makes Bill Gates's top 5 cleantech companies that will  help save the world - NairametricsMalgré les vents contraires qui soufflent sur le marché de l’énergie solaire, le paysage de l’énergie solaire au Nigeria est contrasté. Arnergy, basée à Lagos, qui a reçu un investissement de Break-through Energy de Bill Gates lors de son cycle de financement 2019, est l’un des acteurs les plus importants du secteur solaire. La hausse du coût du diesel a été « très positive » pour l’entreprise, déclare son directeur financier James Fabola. Toutefois, ajoute-t-il, « le revers de la médaille, c’est que les revenus disponibles sont touchés ».

En d’autres termes, bien que les raisons d’investir dans l’énergie solaire, éventuellement associée à des batteries de stockage, pour remplacer les générateurs diesel soient plus claires que jamais, les clients potentiels en difficulté ne peuvent tout simplement pas se permettre le coût initial. Cela conduit les entreprises à envisager de nouveaux modèles commerciaux. « Vous devez repenser votre modèle avec votre approche d’engagement », déclare James Fabola.

Il note que les clients résidentiels préfèrent généralement la location avec option d’achat, dans le cadre de laquelle ils paient le système sur une période donnée. Les clients commerciaux et industriels, quant à eux, préfèrent un modèle « d’énergie en tant que service », dans lequel ils paient simplement pour l’électricité sans jamais devenir propriétaires du système.

Le fait que les clients doivent être en mesure de répartir le coût d’un investissement solaire signifie que les entreprises sont confrontées à de nouvelles complications liées à l’évaluation de la capacité de paiement de leurs clients.

 

Fluidifier la chaîne d’approvisionnements

« Étant donné la direction que nous prenons, nous devons trouver le moyen de minimiser les risques de crédit », commente James Fabola.

Theophilus Nweke abonde dans ce sens, notant que Cloud Energy est en train de lancer des systèmes solaires résidentiels que les clients peuvent payer sur une période de 18 à 36 mois. Il est crucial, précise-t-il, de pouvoir évaluer les documents des clients ; dans certains cas, l’entreprise compte sur ses partenaires communautaires pour collecter les documents et les données biométriques d’autres membres de la communauté à des fins de connaissance du client.

Les goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement constituent un autre défi. Les entreprises du secteur de l’énergie solaire dépendent de composants importés, dont la plupart proviennent de Chine. Olu Aruike, directeur national du promoteur de mini-réseaux Husk Power, affirme que les problèmes de logistique et de chaîne d’approvisionnement constituent actuellement le défi le plus important pour l’entreprise, qui vise à installer 1 000 mini-réseaux au cours des cinq prochaines années.

Visuel commercial de Auxano Solar.
Visuel commercial de Auxano Solar.

Si l’amélioration des délais d’approvisionnement dans les ports et la résolution d’autres problèmes logistiques font partie de la solution, le développement d’une capacité locale de fabrication de panneaux solaires suscite un intérêt croissant. En fait, la société nigériane Auxano Solar dispose déjà d’une installation de fabrication à petite échelle à Lagos, d’une capacité de 110 MW par an.

Une chaîne d’approvisionnement plus fiable est essentielle si l’on veut que les mini-réseaux, et plus généralement les programmes d’énergie renouvelable, contribuent de manière significative à résoudre les problèmes d’électricité du Nigeria. « Nous avons besoin de mise à l’échelle », relève Olu Aruike ; « nous avons besoin d’entreprises capables de réaliser des centaines de mini-réseaux chaque année ».

Il note que les mini-réseaux sont un élément important de l’objectif 30:30:30 du gouvernement, qui consiste à déployer 30 GW d’électricité d’ici à 2030, dont 30 % doivent provenir de sources renouvelables.

Personne ne peut affirmer que le développement des énergies renouvelables au Nigeria se fera rapidement ou facilement. Le pétrole et le gaz domineront inévitablement l’économie pendant de nombreuses années.

Il est difficile de contester la logique fondamentale qui consiste à utiliser les excellentes conditions du Nigeria en matière d’énergie renouvelable, en particulier son ensoleillement abondant pour produire de l’énergie solaire. Le défi consiste maintenant à surmonter les vents contraires auxquels le secteur est confronté et à faire en sorte que le filet d’eau des énergies renouvelables devienne un déluge.

@AB 

Écrit par
Ben Payton

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