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Le Niger commercialisera du pétrole brut dès janvier 2024

Le Niger commercialisera du pétrole brut dès janvier 2024
  • Publiédécembre 12, 2023

Une part du pétrole brut produit par le Niger sera acheminée au Bénin depuis Agadem, via le nouvel oléoduc de près de 2 000 kilomètres, malgré les sanctions internationales. Le pays entend construire de nouvelles usines afin d’exporter, à terme, du pétrole raffiné.

 

Dès le mois de janvier 2024, le Niger entamera la commercialisation de pétrole brut sur le marché international, a révélé le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte militaire au pouvoir. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, le Niger subit les sanctions de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest).

« Le transport du brut est en cours jusqu’à l’océan Atlantique » et « en janvier prochain, nous pouvons espérer les premières sorties de barils du brut nigérien », a déclaré le chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) dans un entretien télévisé. Le gouvernement prévoit 90 000 barils produits par jour acheminés vers le Bénin ; le Niger touchera 25,4 % des recettes, soit l’équivalent de 22 860 bpj.

Le ministre béninois de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, avait officiellement confirmé, mi-octobre, que l’oléoduc devant exporter le pétrole brut nigérien serait mis en service malgré les sanctions.

Le pétrole brut sera acheminé depuis Agadem, à l’est du pays, jusqu’au Bénin voisin par le nouvel oléoduc géant mis en service début novembre. Ce projet de pipeline qui lie le Niger au Bénin est l’un des projets phares de Niamey. Il a débuté voici plusieurs années de cela. Le Niger avait initialement envisagé d’évacuer son brut par le port camerounais de Kribi via le Tchad voisin, avant d’opter pour le corridor béninois. Grâce à cet oléoduc long de près de 2 000 kilomètres, le Niger pourra écouler pour la première fois son brut sur le marché international, via le port de Sèmè-Podji au Bénin.

Pourtant, les frontières entre le Niger et le Bénin sont fermées depuis l’application des sanctions régionales imposées par la CEDEAO..

Le gisement d’Agadem qui fournit la production du Niger a nécessité plus de 6 milliards de dollars d’investissements, dont 4 milliards $ pour développer les champs pétroliers et 2,3 milliards $ pour la construction de l’oléoduc, selon le gouvernement nigérien. L’effort n’a pas été vain : la production pétrolière du Niger se hisse à 110 000 bpj, dont 90 000 barils doivent être exportés.

 

Des retombées pour la population ?

Le pétrole brut est extrait par la China National Petroleum Corporation (CNPC). Le Niger raffine depuis 2011 quelque 20 000 barils par jour, essentiellement du gasoil et de l’essence, à Zinder, dans le centre du pays. Le Niger est producteur de pétrole depuis 2011.

De plus, le général Tiani a annoncé la construction d’une seconde raffinerie, avec l’appui de partenaires extérieurs, sans donner davantage de détails sur ses intentions. Officiellement, les réserves du Niger tournent autour de 2 milliards de barils et le pays pourrait produire 200 000 bpj en 2026.

Le général Abdourahamane Tiani
Le général Abdourahamane Tiani

Abdourahamane Tiani a précisé qu’à court terme, l’objectif du pays sera de mettre en place un système local de raffinage du brut afin que les populations locales puissent profiter pleinement des fruits de cette source de revenus. « Notre volonté n’est pas de commercialiser du pétrole brut. Nous voulons aller vers une raffinerie qui traitera le brut nigérien sur le sol nigérien.»

Malgré les efforts de la plupart des pays dans le monde vers la transition énergétique, les énergies fossiles continuent d’occuper une place importante. Des pays comme le Niger, qui revendique d’importantes réserves pétrolières, entendent exploiter leurs ressources en hydrocarbures. Le Niger pourrait se placer comme un acteur important de la production du pétrole sur le continent africain dans les années à venir.

Cette décision revêt aussi un enjeu diplomatique et politique, tandis que le Niger, soucieux de son indépendance, tourne le dos à ses partenaires traditionnels, notamment la France. Le pays vient ainsi de nationaliser son service de distribution d’eau, géré par le géant français Véolia. En dépit des sanctions, le Bénin, réputé plus proche de la France, a donc accepté de passer outre les consignes de fermeté de la CEDEAO.

Le ministre béninois de l’Économie et des finances, Romuald Wadagni, avait officiellement confirmé, mi-octobre, que l’oléoduc devant exporter le pétrole brut nigérien serait mis en service malgré les sanctions.

Au plan intérieur, la manne pétrolière représente un enjeu crucial pour le gouvernement. On se souvient que le putch qui a renversé Mohamed Bazoum s’est déroulé précisément le jour où devait se tenir un Conseil des ministres devant porter la création d’une société nationale de gestion des ressources pétrolières du pays.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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