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African Business Spécial ODD

Le littoral, un écosystème à préserver

Le littoral, un écosystème à préserver
  • Publiéoctobre 31, 2023

L’initiative de la Grande Muraille bleue vise à créer, côté océan Indien, une côte respectueuse de la nature, qui inversera la tendance à la perte de biodiversité et favorisera le développement durable. Un exemple pour l’Afrique de l’Ouest.

 

L’élévation du niveau des mers, les températures élevées des océans, les cyclones, les inondations et la salinisation accrue de l’eau de mer provoquent chaque année sur le continent des pertes de vies humaines et de moyens de subsistance, la faim, la malnutrition, la perte de biens et des déplacements humains, en frappant tout particulièrement les communautés côtières du continent.

Reconnaissant le besoin urgent d’agir pour contrer ces effets du changement climatique, la Grande Muraille Bleue (GBW), une initiative à l’avant-garde de la promotion de l’économie bleue, de l’adaptation au climat et de la résilience de l’Afrique, a vu le jour lors de la COP26 en 2021 à Glasgow, en Écosse.

Lorsque les écosystèmes côtiers, qui comprennent les mangroves, les marais salants et les herbiers marins, sont dégradés au niveau mondial, perdus ou convertis, des quantités massives de dioxyde de carbone sont libérées dans l’atmosphère ou dans l’océan.

Les États de l’océan Indien occidental (OIO) comprennent les nations côtières d’Afrique de l’Est, à savoir la Somalie, le Kenya, la Tanzanie, le Mozambique et l’Afrique du Sud, ainsi que les États insulaires des Comores, de Madagascar, de Maurice, des Seychelles et les territoires français d’outre-mer de Mayotte et de la Réunion.

Ces nations, en partenariat avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ont lancé le GBW en tant que réseau d’aires marines et côtières conservées pour favoriser la biodiversité et les moyens de subsistance locaux et donner aux communautés les moyens de devenir les gardiennes de l’océan.

Il s’agit d’un mouvement qui a été lancé pour conserver et restaurer la biodiversité marine et côtière tout en exploitant le développement d’une économie bleue durable et régénératrice.

La GBW s’inspire de la Grande Muraille Verte d’Afrique, créée en 2007 pour lutter contre la désertification des pays sahéliens, notamment.

Nassim Oulmane, de la CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique), explique que la région concernée abrite des récifs coralliens intacts, des forêts de mangroves riches en carbone et des herbiers marins abrités. Ces milieux abritent une vie marine abondante, notamment d’importantes espèces de poissons, de requins et de raies, de tortues, d’oiseaux de mer et de mammifères marins.

 

Les ressources océaniques menacées

Cependant, en raison du changement climatique et d’autres facteurs, explique-t-il, la détérioration de l’écosystème de l’Océan Indien s’accélère, entraînant des conséquences dramatiques pour la biodiversité et les sociétés humaines.

« Les menaces se multiplient en raison du développement côtier incontrôlé, de la déforestation des mangroves, de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, du trafic maritime, de la surexploitation des ressources, des pratiques de pêche destructrices, du tourisme non réglementé, de l’exploration pétrolière et gazière et de l’exploitation des sables lourds », note Nassim Oulmane. Une problématique bien connue en Afrique de l’Ouest.

Le projet GBW vise à créer une côte africaine favorable à la nature qui renforce la résilience des sociétés en inversant la tendance à la perte de la nature d’ici à 2030.

L’initiative vise à créer des zones marines interconnectées, protégées et conservées pour contrer les effets du changement climatique et du réchauffement de la planète dans la zone, qui abrite 38 % des espèces de récifs coralliens du monde.

Les eaux de Tanga Pemba, en Tanzanie.
Les eaux de Tanga Pemba, en Tanzanie.

 

Elle vise également à libérer le potentiel de l’économie bleue pour qu’elle devienne un moteur essentiel de la conservation de la nature et du développement durable, alors que seuls 7 % de l’environnement côtier et marin de la région bénéficient d’une forme de protection.

Alors que l’initiative GBW vise à protéger 30 % des océans d’ici à 2030, la surpêche, la pollution, le changement climatique et les industries extractives font des ravages dans les écosystèmes clés.

Selon l’Unesco, seuls 5% à 8 % des zones marines de l’océan Indien font l’objet d’une forme de protection juridique, ce qui est bien en deçà de l’objectif de 30 %.

Une étude publiée par l’Université d’Oxford en janvier indique que les Seychelles étouffent sous les débris plastiques qui se sont accumulés sur 27 sites de son littoral, ces plastiques provenant d’aussi loin que l’Indonésie, l’Inde et le Sri Lanka.

En ce qui concerne les questions liées au changement climatique, le ministre seychellois des affaires étrangères et du tourisme, Sylvestre Radegonde, a pu déclarer, en 2022 : « Les Seychelles ne sont pas responsables de l’élévation du niveau de la mer, pas du tout, mais nous en souffrons. »

Même l’atoll d’Aldabra, le deuxième plus grand atoll corallien du monde, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, réserve spéciale des Seychelles et abritant la plus grande population de tortues géantes au monde, est menacé de façon imminente par le changement climatique.

 

La déclaration de Moroni

Pour y remédier, le président du pays, Wavel Ramkalawan, s’est engagé à protéger 100 % des écosystèmes d’herbes marines et de mangroves de son pays d’ici à 2023, dans le cadre de l’initiative GBW.

L’île Maurice, située dans un bassin cyclonique tropical actif, enregistre déjà un taux d’élévation du niveau de la mer plus rapide que les moyennes mondiales, tout en étant confrontée à une érosion côtière accélérée et au blanchiment des coraux. Pour y remédier, le gouvernement a élaboré une politique climatique décennale.

Mais les nations insulaires restent confrontées à un problème de financement. Selon Jean-Paul Adam, directeur chargé de la politique, du suivi et du plaidoyer aux Nations unies, ces pays devraient être prioritaires dans le financement de la lutte contre le changement climatique. « Ces pays doivent souvent emprunter à des coûts élevés et accepter des cadres qui ne sont pas nécessairement adaptés à leurs besoins. Il n’y a guère de pays dans le monde qui soient aussi vulnérables au changement climatique que les petits États insulaires. »

Le changement climatique devrait également rendre la vie encore plus difficile aux habitants de l’archipel des Comores, l’un des pays les plus pauvres du monde. En juin de cette année, la déclaration de Moroni pour l’action océanique et climatique en Afrique a été signée par les membres de la Semaine mondiale de la protection de l’environnement.

Elle appelle à la création d’un réseau de paysages marins côtiers régénérateurs et inclusifs dans le cadre de l’initiative GBW. Elle appelle également à une augmentation des investissements publics et privés dans les chaînes de valeur côtières et marines durables, la pêche responsable, les infrastructures vertes, l’écotourisme, les énergies renouvelables et l’innovation bleue.

Et pourtant, la pêche artisanale et commerciale est essentielle pour la sécurité alimentaire et l’économie de plus de 70 millions de personnes vivant le long des côtes, tandis que la pêche dans la région contribue à 4,8 % des prises mondiales de poisson, soit environ 4,5 millions de tonnes de poisson par an.

Les ressources marines de la région de l’océan Indien occidental sont évaluées à 333 milliards de dollars et apportent au moins 21 milliards $ par an à l’économie régionale grâce au tourisme marin et côtier, à la séquestration du carbone et à la pêche.

 

Détérioration des écosystèmes océaniques

Une étude récente de l’UICN, par exemple, révèle que tous les récifs coralliens de l’océan Indien occidental risquent fort de s’effondrer au cours des cinquante prochaines années. Les récifs des nations insulaires de la région sont particulièrement menacés. Les chercheurs ont détecté une surpêche des prédateurs supérieurs sur tous les récifs pour lesquels ils ont obtenu des données.

La détérioration de ces écosystèmes océaniques a également des implications mondiales plus larges. L’UICN note que lorsque les écosystèmes côtiers, qui comprennent également les mangroves, les marais salants et les herbiers marins, sont dégradés au niveau mondial, perdus ou convertis, des quantités massives de dioxyde de carbone (estimées entre 0,15 et 1,02 milliard de tonnes chaque année) sont libérées dans l’atmosphère ou dans l’océan, ce qui équivaut à environ 19 % des émissions mondiales de carbone dues à la déforestation.

Deux paysages marins ont été officiellement désignés : le paysage marin de Tanga Pemba en Tanzanie, une aire marine protégée de l’UICN, et le paysage marin des Quirimbas au Mozambique.

L’« ambition du GBW est de protéger deux millions de kilomètres carrés d’aires marines, de restaurer deux millions d’hectares d’écosystèmes côtiers et marins critiques, et de contribuer ainsi à la séquestration de 100 millions de tonnes de dioxyde de carbone et à la création d’un million d’emplois bleus d’ici à 2030 », explique Nassim Oulmane.

La réserve de biosphère de Quirimbas, au Mozambique, sous l'œil de l'Unesco.
La réserve de biosphère de Quirimbas, au Mozambique, sous l’œil de l’Unesco.

 

 

Cet article rejoint la problématique de notre dossier spécial sur les ODD (Objectifs de développement durable des Nations unies), en partenariat avec la CEA. Retrouvez l’ensemble des articles en cliquant sur les boutons « Spécial ODD »

@AB

Écrit par
Faustine Ngila

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