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African Business

Le Gabon veut créer une nouvelle ZES

Plus que jamais, le Gabon mise sur les Zones économiques spéciales pour stimuler les investissements étrangers et la création d’emplois. Reste à préciser quelle place sera accordée aux entreprises gabonaises.

 

Par Léo Komminoth

Une nouvelle zone économique spéciale, la ZES Mpassa-Lebombi, verra le jour dans la province du Haut-Ogooué. Cette région du sud-est du Gabon, largement exploitée pour son sous-sol riche en minerais, est destinée à accueillir de lourds investissements dans les secteurs agricoles et forestiers. Le gouvernement mise sur l’arrivée de capitaux étrangers pour accélérer l’industrialisation de ces deux branches de l’économie, qui ont rapporté au pays 61 millions de dollars pour l’agriculture et 537 millions $ pour la forêt, en 2020.

« Copier les modèles de ZES qui ont réussi fonctionne rarement car il est impossible de reproduire les conditions qui ont conduit à leurs succès », indique un récent rapport de la Cnuced.

Tout comme les deux ZES déjà en activités dans le pays, Mpassa-Lebombi sera un partenariat entre le gouvernement gabonais et la société singapourienne Olam International, actionnaire principal, avec 40,5% des parts. L’Africa Finance Corp. détient 21,5% du projet, 38,5% revenant à l’État. Mpassa-Lebombi sera développée sur le même modèle que la première ZES du Gabon, Nkok, créée en 2011, qui emploie aujourd’hui 4000 personnes, dont 80% de Gabonais.

Nkok représente près de 40% des exportations du pays. Pour s’installer dans ses zones économiques spéciales, les entreprises s’engagent à exporter au moins les trois quarts de leur production. En contrepartie, le gouvernement promet des exonérations fiscales, des infrastructures efficaces et un accès aux ressources du pays.

« Dans les pays d’Afrique de l’Ouest, particulièrement au Bénin, Togo, Côte d’Ivoire ou en Mauritanie, les ZES sont conçues principalement pour l’exportation », explique l’économiste gabonais Mays Mouissi. « Les entreprises étrangères viennent pour la transformation locale des matières premières, qui sont ensuite facilement exportées car la plupart des ZES sont construites à côté de grandes zones portuaires. »

L’économiste nuance : malgré la capacité des ZES à développer le secteur industriel, les conditions optimales n’ont pas encore été trouvées pour que les entreprises locales en bénéficient pleinement.

Mays Mouissi

 

« Aujourd’hui, les ZES présentes sur le continent sont faites pour attirer les actifs étrangers de telle sorte que les entrepreneurs locaux sont laissés-pour-compte », juge-t-il. « Les entreprises africaines ont difficilement accès aux ZES car cela demande un apport financier considérable que seules les multinationales peuvent se permettre. » Selon l’économiste, la solution est dans les mains des gouvernements et des institutions financières panafricaines.

« Un soutien financier individuel envers les petites entreprises doit être fourni par ces institutions locales », argumente l’économiste. Selon qui « des privilèges spéciaux tels qu’un accès moins cher à l’utilisation des terres devrait être accordés aux entreprises nationales ».

 

Quel rôle pour les ZES en Afrique ?

Sur le continent africain, les zones franches ont largement été adoptées au cours des années 1990-2000, après avoir reconnu leurs impacts positifs sur l’économie asiatique.

Les ZES étaient un moyen pour les pays en développement de dynamiser leurs secteurs industriels et augmenter considérablement leurs exportations. En 2019, 189 ZES réparties dans 47 pays étaient opérationnelles en Afrique. Les ZES « établies par la loi » se trouvent en nombre important dans des pays comme le Kenya, le Nigeria et l’Éthiopie.

 

 

Le Kenya comptait 61 ZES en 2019, selon la Cnuced

 

Malgré les avantages économiques évidents qui en découlent, l’Afrique n’a pas connu de succès majeur avec l’ouverture de ZES. Prenant pour modèle la Zone de Shenzhen, en Chine, qui a acquis une renommée internationale pour son impact sur l’économie chinoise, les ZES à travers le continent africain sont restées très largement sous-développées et sous-utilisées.

« Copier les modèles de ZES qui ont réussi fonctionne rarement car il est impossible de reproduire les conditions qui ont conduit à leurs succès », indique un récent rapport de la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement). En 2021, une enquête réalisée par l’organisme onusien sur 39 ZES à travers le continent africain a révélé que « seulement 15% d’entre elles fonctionnent actuellement à pleine capacité ». Selon le rapport, « la sous-utilisation et la sous-performance des ZES africaines appellent à l’adoption immédiate de nouvelles approches ».

Parmi d’autres méthodes innovantes, la Cnuced insiste pour que les pays africains prennent en considération trois tendances lors de la mise en place de nouvelles ZES : les objectifs de développement durable, la numérisation croissante de l’industrie et le rôle du régionalisme africain.

@AB

 

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