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Le Gabon entre le marteau et l’enclume

Le Gabon entre le marteau et l’enclume
  • Publiéjuillet 5, 2024

Poussé par les institutions de financement de limiter ses dépenses et d’honorer ses engagements, le gouvernement de transition souhaite poursuivre ses coûteux chantiers de développement.

 

« Le retard dans le règlement des échéances dues à la Banque mondiale est lié à des raisons techniques, qui n’ont pas permis d’honorer la totalité des engagements à la date du 30 juin 2024. » Ainsi le gouvernement gabonais a-t-il réagi, dans un communiqué, après les informations de presse faisant état d’une suspension des décaissements de la BIRD (Banque mondiale) vers le pays.

Le communiqué précise qu’à la date du 4 juillet 2024 « la Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor a déjà procédé au paiement de ces impayés ».

La pression des institutions financières internationales est d’autant plus forte qu’un pays comme le Gabon ne peut pas se tourner vers d’autres sources de financement, compte tenu de l’étroitesse du marché de la dette en Afrique centrale.

Et le gouvernement de préciser le contexte des difficultés du pays : « Le gouvernement de la Transition, au lendemain du 30 août 2023, a hérité d’une situation d’endettement considérable, dont les importants arriérés accumulés n’ont pu être intégralement apurés. »

C’est pourquoi l’État a adopté « toutes les démarches relatives au règlement progressif de cette dette, selon une stratégie de désintéressement progressif de chaque catégorie de créancier : les multilatéraux, les bilatéraux, les commerciaux et les créanciers intérieurs. »

Et le gouvernement de préciser que pour le seul mois de juin 2024, le Trésor a réglé quelque 136 milliards de F.CFA de dettes (207 millions d’euros). « Le gouvernement réitère sa ferme volonté d’honorer tous ses engagements en payant régulièrement les échéances dues aux créanciers », insiste le communiqué.

Dans une note du 30 juin 2024 qui a « fuité » dans la presse, le vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, annonçait la suspension des décaissements de la banque au profit du Gabon. Il reproche à l’État gabonais d’avoir accumulé des arriérés de paiement d’une valeur d’environ 10 milliards de F.CFA (15,2 millions d’euros). Une somme finalement modeste, à l’échelle d’un État. Techniquement, cela signifie que le Gabon n’a plus le droit de procéder à des retraits au titre des prêts accordés par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), filiale de la Banque mondiale.

 

Risque de dérapage budgétaire

Si le gouvernement plaide pour la difficulté de faire face à des arriérés, la réalité semble plus complexe. Dès son arrivée au pouvoir, la « Transition » a promis la mise en œuvre de nombreux chantiers économiques. Augmentation de certains budgets sociaux, reprise des subventions aux carburants, augmentation de la masse salariale, etc.

Les économistes s’inquiètent également de l’avenir de plusieurs projets en cours. Tels des chantiers de modernisation des villes, via la construction des routes pavées, les programmes de formation des jeunes dans les métiers techniques, l’extension de la fibre optique vers les pays voisins. Sans oublier le projet eGabon qui vise à numériser l’administration.

Autant de mesures qui pèsent sur un budget déjà fragile et qui ne sont pas du goût des institutions financières internationales. Une problématique que rencontrent de nombreux pays africains.

Fin mai, les administrateurs du FMI alertaient les autorités gabonaises (et le public) d’une « aggravation considérable des déséquilibres budgétaires ». Les importants déficits hors pétrole en 2022-2023 ont conduit à une accumulation rapide d’arriérés, et ont porté la dette publique à environ 70,5 % du PIB.

Compte tenu de perspectives de croissance économique médiocres à court et moyen termes– environ 2,5% l’an –, « les déséquilibres budgétaires créeront des risques de liquidité à court terme et des risques de viabilité de la dette à long terme, pouvant déstabiliser les perspectives macroéconomiques », prévenait le FMI.

S’ils saluaient la rigueur des autorités gabonaises en matière de gestion, les administrateurs du FMI prévenaient : « Le caractère actuellement expansionniste de la politique budgétaire et la persistance de faiblesses structurelles et de gouvernance, amplifiés par les risques externes, posent des défis significatifs pour l’économie. » Et appelaient le gouvernement à « une consolidation budgétaire décisive pour garantir la viabilité des finances publiques ».

On le voit, la pression des institutions financières internationales est d’autant plus forte qu’un pays comme le Gabon ne peut pas se tourner vers d’autres sources de financement, compte tenu de l’étroitesse du marché de la dette en Afrique centrale. Le président Brice Oligui Nguema se trouve face à une équation complexe : satisfaire à la fois les attentes de sa population et celles des institutions de Bretton Woods.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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