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African Business

Le défi de la transition énergétique

Une étude menée par l’université d’Oxford prévoit un doublement de la production d’électricité en Afrique, d’ici à 2030. Les combustibles fossiles continueront de dominer, ce qui présente un risque quant aux engagements en matière de changement climatique.

Par Marie-Anne Lubin

Un consensus sur la transition énergétique sera-t-il remis en cause ? Tandis que la puissance électrique de l’Afrique doublera d’ici à 2030, – 269 GW de centrales à venir –, les énergies fossiles fourniront encore près des deux tiers de l’électricité consommée, pronostique une étude conduite par l’université d’Oxford. Plus de 300 projets énergétiques sont en chantier, sur l’ensemble du continent, pour les dix prochaines années.

L’étude « A machine-learning approach to predicting Africa’s electricity mix based on planned power plants and their chances of success », réalisée par l’université d’Oxford, est publiée dans Nature Energy.

Cette étude a utilisé une technique innovante de prospective pour analyser l’activité potentielle de plus de 2 500 centrales électriques actuellement prévues, et leurs chances d’être mises en service avec succès. Elle montre que la part des énergies renouvelables non hydroélectriques dans la production d’électricité en Afrique (environ 17% des projets) devrait rester inférieure à 10% en 2030, avec des différences notables selon les régions.

 « La demande d’électricité de l’Afrique est appelée à augmenter considérablement à mesure que le continent s’efforce de s’industrialiser et d’améliorer le bien-être de sa population, ce qui offre une opportunité d’alimenter ce développement économique grâce aux énergies renouvelables », estime Galina Alova, auteure principale de l’étude.

Il existe un consensus, chez les spécialistes de la planification énergétique, selon lequel le continent sera en mesure de tirer parti de ses vastes ressources d’énergie renouvelable et de la baisse rapide des prix des technologies propres pour passer aux énergies renouvelables d’ici à 2030. « Or, notre analyse montre que dans l’ensemble, il n’est pas actuellement positionné pour faire cela », prévient l’universitaire. Toutefois, la part des énergies fossiles, de 80% aujourd’hui du « mix-énergétique », diminuera progressivement d’ici à 2030.

L’Afrique australe en pointe

À cet horizon, les combustibles fossiles représenteront donc 60%-65% de toute l’électricité produite en Afrique. Alors que 18% supplémentaires de la production devraient provenir de projets hydro-énergétiques, ceux-ci ont leurs propres défis, comme le fait d’être vulnérables aux sécheresses causées par le dérèglement climatique.

La recherche met également en évidence les différences régionales dans le rythme de la transition vers les énergies renouvelables, l’Afrique australe étant en tête. L’Afrique du Sud à, elle seule, devrait ajouter près de 40% de la nouvelle capacité solaire totale prévue de l’Afrique d’ici à 2030.

Par exemple, la Namibie devra générer 70% de ses besoins en électricité à partir de sources renouvelables. Tels sont les engagements du pays prévus par l’accord de Paris. Calle Schlettwein, ministre namibien de l’Eau, salue l’étude de l’université d’Oxford. Laquelle « soutiendra l’affinement des stratégies d’augmentation de la capacité de production à partir de sources renouvelables en Afrique et facilitera les investissements réussis et plus efficaces des secteurs public et privé dans le secteur des énergies renouvelables ».

Le ministre fait observer que « plus une recherche basée sur des données et des analyses avancées est disponible pour comprendre les risques associés aux projets de production d’électricité, mieux c’est ». L’étude distingue certains risques qu’il pourrait être utile d’explorer à l’avenir, comme les les incertitudes dans les conditions hydrologiques et les régimes éoliens liés au changement climatique.

Sans oublier, à court terme, les conséquences du ralentissement économique engendré par la crise pandémique de la Covid-19.

Un nécessaire retour d’expérience

« La communauté du développement et les décideurs africains doivent agir rapidement si le continent veut éviter de s’enfermer dans un avenir énergétique à forte intensité de carbone », prévient Philipp Trotter, auteur de l’étude et chercheur à la Smith School. « Les réorientations immédiates du financement du développement des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables sont un levier important pour accroître le retour d’expérience des projets d’énergie solaire et éolienne à travers le continent, à court terme. »

Il est d’autant plus urgent pour l’Afrique de prendre conscience de cette réalité que les pays occidentaux, de leur côté, sont engagés dans une vaste politique de transition énergétique. Laquelle a aussi pour objectif de réduire les taxes, à terme, sur les productions polluantes, donc de bâtir une industrie plus compétitive à l’échelle mondiale.

L’Afrique risque de garder sur les bras des centrales de plus en plus coûteuses à entretenir, fournissant une énergie coûteuse à ses entreprises.

L’étude identifie les moyens par lesquels les projets d’énergie renouvelable planifiés peuvent être conçus pour améliorer leurs chances de succès. Par exemple, une taille plus petite, une structure de propriété adaptée et la disponibilité du financement du développement.

ML 

 

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